« En dix ans, Agrati a investi plus de 30 M€ en Savoie »

par | 28 juillet 2021

Le fabricant savoyard de vis et fixations pour l’automobile Agrati lance la troisième et dernière tranche de son site de Val Guiers, où il rassemblera l’ensemble de ses activités en 2022. Les explications de son directeur, Dominique Douchain.

Vous avez posé, le 23 juillet, la première pierre du nouveau site Agrati de Val Guiers. Quels sont les contours de cette opération ?

C’est le dernier chantier de transfert de l’installation du site historique de La Bridoire vers le parc d’activités Val Guiers, à Avressieux. Après la construction d’un bâtiment logistique de 3 000 mètres carrés (m2) en 2014, nous avons réalisé en 2017-2018 un site de 7 000 m2 abritant les activités liées aux traitements thermiques et traitement de surface. Ces premières étapes nous ont permis de porter notre chiffre d’affaires (CA) 2019 à une quarantaine de millions d’euros (M€) alors que nous étions à 20 M€ en 2012. Nous avons toujours des objectifs de croissance. C’est pourquoi nous avons acté, en avril dernier, le lancement de cette troisième tranche qui figurait dans nos projets initiaux. Nous avons commencé à travailler en 2017 sur le projet, avec l’appui des collectivités dont le soutien est important en ces temps difficiles.

Quelles sont les caractéristiques de l’opération ?

Nous créons un atelier de 7 000 m2 pour accueillir les activités de frappe et roulage, ainsi que 1 600 m2 de bureaux et locaux sociaux pour tous les services supports (direction ressources humaines, méthode, qualité…). Nous lançons des boîtes à idées de manière à associer au maximum les salariés à la définition des espaces de travail. Au final, nous aurons un ensemble de 17 000 m² pour la production et 1 600 m² de locaux sociaux et administratifs. La livraison est prévue pour juillet 2022, puis nous commencerons notre emménagement. Nous prévoyons trois à quatre mois pour transférer et coordonner le déplacement de 120 machines, 80 personnes. Nous devrons gérer en simultané un déménagement et un emménagement.

Pourquoi cette opération ?

En rassemblant toutes les équipes et les activités sur Val Guiers, nous pourrons avoir un fonctionnement beaucoup plus rationnel. Tous les jours, nous avons deux camions sur la route pour transporter les pièces d’un site à l’autre. Le transfert complet va améliorer notre bilan carbone et supprimer les déplacements au cœur du village de La Bridoire.

Quel est le montant de l’investissement que vous lancez ?

Il s’élève à 8 M€ pour le bâtiment et 13 M€ au global avec les investissements industriels associés. Nous étions à 3 M€ pour la première tranche, 10 M€ pour la deuxième. En moins de dix ans, le groupe Agrati a ainsi investi plus de 30 M€ en Savoie, ce qui est une preuve de confiance du groupe. Plus de 80 % des intervenants sont des entreprises de la région. Nous travaillons en lien avec la Société d’aménagement de la Savoie (SAS) qui construit pour nous, la finalité étant que nous soyons, à terme, propriétaires de nos locaux.

Comment s’explique la forte croissance que vous avez enregistrée ces dernières années ?

La crise de 2008-2009 s’est traduite par une restructuration importante et une rationalisation de l’ensemble de la filière. En rejoignant le groupe Agrati, le site de La Bridoire a par ailleurs eu la capacité de développer de nouveaux produits, d’atteindre de nouveaux marchés et clients… Nous avons par exemple pu nous positionner sur le marché allemand, auprès de groupes comme Bosch, Daimler ou BMW, devenu l’un de nos principaux clients.

Quelle est la conjoncture actuelle ?

Nous avons eu de fortes inquiétudes au printemps 2020, avant de connaître une fin d’année mieux orientée. Nos résultats traduisent évidemment ces difficultés liées au repli de l’automobile qui représente l’essentiel de nos marchés. Pour 2021, nous sommes très impactés par la crise des semi-conducteurs. Au mieux, notre activité atteindra le niveau de 2020. Mais ce n’est pas pour autant que nous renonçons à investir, car les perspectives restent bonnes à moyen et long terme. Les systèmes de fixation que nous produisons sont très peu utilisés sur les motorisations et boîtes de vitesses probablement appelées à disparaître avec l’essor des motorisations électriques. Nous avons l’avantage de fabriquer de petites pièces que l’on retrouve dans l’habitacle des véhicules et dans les modules électriques.

Et pour le groupe Agrati ?

Il n’est pas épargné par la crise, mais il s’organise pour la traverser et en ressortir plus fort qu’avant. Le groupe a une certaine solidité financière et s’inscrit dans le cadre d’une stratégie industrielle à long terme.

Quelle est l’évolution de vos effectifs en Savoie ?

Nous avons déjà renforcé tous nos services techniques. En production, l’activité est calme actuellement, mais nous recrutons régulièrement pour former les personnels dont nous avons besoin. Pour accroître notre CA de 25 %, nos effectifs devront atteindre les 210/215 personnes d’ici cinq à six ans. Nous rencontrons beaucoup de difficultés de recrutement sur les métiers industriels traditionnellement en tension, comme la maintenance, mais aussi sur des savoir-faire spécifiques à notre process.

Quels sont ces savoir-faire ?

Il faut plus d’un an pour former, par le biais du tutorat, nos opérateurs de frappe à froid. Nous utilisons les méthodes de recrutement par simulation, axées non pas sur les compétences techniques mais sur le savoir être et les aptitudes. D’ici fin 2021, nous développerons un système de formation sur site, avec un formateur et des machines dédiés.

Quelle est la moyenne d’âge de vos équipes ?

Elle est de l’ordre de 41 ans, car beaucoup de jeunes ont été intégrés ces dernières années.

Le transfert d’activité entre La Bridoire et Val Guiers risque-t-il de provoquer des démissions ?

Non. Les collaborateurs habitent pour la plupart dans le même périmètre. Nous constatons déjà moins de turnover à Val Guiers qu’à La Bridoire. Nos nouveaux locaux seront, au contraire, un plus pour le confort de travail et, bien sûr, la production. Ils vont nous permettre d’augmenter nos capacités pour atteindre, dans les cinq à dix ans, un CA de l’ordre de 50 M€. Notre positionnement sur les véhicules électriques – voitures mais aussi deux-roues – va porter notre croissance.

crédit photo : SAS Patrimoine

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Bio express

1968

Naissance

1988

DUT Génie mécanique et productique (Amiens)

1996

Intègre le groupe Agrati en tant que responsable qualité sur le site d’Amiens

2009

Prend la direction du site Agrati d’Amiens

2012

Prend la direction d’Agrati La Bridoire

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Repères

1919 : Création de l’activité au sein de la société PTB (Produits tréfilés de la Bridoire)

1996 : Rachat par le groupe Textron

2006 : Rachat par le fonds d’investissement Acument

2010 : Rachat par le groupe Agrati, l’un des leaders mondiaux de l’industrie des systèmes de fixation

Effectifs : 185 personnes

CA 2020 : 31 M€

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