Les entrepreneuses de leurs succès

Elles œuvrent dans le BTP, à la tête d’une unité de gendarmerie de 700 personnes, ou dirigent un établissement consulaire. Elles représentent un échantillon de la réussite féminine dans notre département. Témoignages.

« Au sein de la gendarmerie, il n’existe plus, aujourd’hui, de postes interdits aux femmes et les parcours de carrières sont identiques. » Florence Guillaume, colonelle de la gendarmerie de l’Ain, seule femme de France à diriger un groupement de gendarmerie départemental, peut largement témoigner sur le sujet. Dans certains métiers, la mixité ne va pas de soi depuis très longtemps. Sur certains postes, également. « La mixité est pourtant mieux prise en compte avec un plan d’égalité professionnelle qui fait avancer les choses vers un meilleur équilibre de vie personnelle/vie professionnelle pour les femmes comme pour les hommes », poursuit-elle, arguant de sa propre expérience. Comment parvenir à davantage d’équité, notamment sur des métiers réputés masculins ? « Au-delà de la gendarmerie, je suis convaincue que les sujets de féminisation ne doivent pas être portés uniquement par les femmes, ajoute Florence Guillaume. Il faut rechercher l’adhésion des hommes en les intégrant dans ces sujets sous un angle d’intérêt de la mixité, en termes de performance et de complémentarité. En outre, il est vrai que certains plafonds de verre demeurent, considère la colonelle. Cependant, il ne faut pas sous-estimer non plus les effets d’autocensure chez les femmes et d’interrogation sur leur légitimité. D’où l’utilité de ne pas compter que sur les candidatures spontanées mais de mettre en place les leviers RH pour susciter l’envie, aller chercher des candidatures. »

De la chambre…

« La mixité est fondamentale pour la complémentarité des équipes. Elle permet de gommer les rivalités, de forcer l’entraide entre collaborateurs, d’ouvrir l’esprit d’initiative et de détendre les situations, si chacun joue le jeu », considère Florence Pradel, DG de la CCI de l’Ain. Il est révolu, le temps de son tout premier poste dans l’industrie, où il lui était demandé de se couper les cheveux, si elle souhaitait évoluer dans sa carrière. « Dans les salons professionnels dédiés à la métallurgie, mes interlocuteurs ne s’adressaient généralement pas directement à moi, n’imaginant pas que je pouvais occuper un poste à responsabilités », se souvient-elle.

Au chantier

Dans la (pas suffisamment nombreuse) famille des entrepreneures (ou entrepreneuses, les deux termes étant couramment acceptés, bien que le second, seul, figure dans le dictionnaire), Karine Druguet codirige avec son époux et son beau-frère la société éponyme de BTP. « Je suis en charge depuis 2006 de la gestion, de la comptabilité et des ressources humaines », témoigne celle qui préside également le groupe femmes à la fédération du BTP de l’Ain, à la suite de Véronique Fontenat. Sur quels leviers cette femme d’action imagine qu’il serait primordial d’interagir ? « Il faut continuer à promouvoir la mixité des métiers du BTP, notamment à travers une opération d’accueil des collégiennes au CFA du BTP, ou la présence de professionnelles dans les salons ou à Ain’Formations métiers, par exemple. Il ne faut pas hésiter à ouvrir le champ des possibles pour les femmes, mais également pour les hommes ! Un sage-femme homme peut sans doute et parfois se sentir bien seul dans une promotion quasi exclusivement féminine ! »

Effectivement, l’apprentissage globalement, et pour les filles en particulier, peut se révéler être un levier fort utile. « Voilà plus de dix ans que l’on ouvre le CFA du BTP de l’Ain aux jeunes filles qui ont ainsi l’occasion d’échanger avec des apprenti(e)s, avance Véronique Fontenat. Nous avons par ailleurs le CFA de la région qui accueille le plus de femmes dans le BTP, avec environ 10 % des effectifs. Avec la reprise, on constate un réel besoin dans les entreprises, à tous niveaux. Je déplore que l’on se heurte encore aujourd’hui à certains parents qui n’imaginent pas leur fille dans le BTP. Pourtant, nos métiers ont largement su évoluer ! »

Ces exemples de réussites féminines illustrent combien elles ont su conjuguer talent et détermination. Aucune de ces femmes ne s’est retrouvée à son poste par le plus pur hasard ou l’alignement des astres. Toutes, ont cependant un point commun : celui d’avoir fait leurs preuves, de par leur formation poussée et/ou leur expérience professionnelle. Enfin, la journée internationale des droits des femmes du 8 mars est passée, certes. Mais elle a eu le mérite d’offrir l’occasion de s’interroger sur la condition féminine actuelle, et notamment au regard de sa place dans l’économie, a fortiori locale.

« Rien n’est jamais définitivement acquis. Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez rester vigilantes », disait Simone de Beauvoir. Une citation toujours d’actualité.

22 %

Dans l’Ain, sur 25 000 chefs d’entreprises ressortissants de la chambre de commerce et d’industrie, 22 % sont des femmes, et elles sont 20 % en région Auvergne Rhône-Alpes. Un peu mieux, donc, même si ce n’est pas la panacée.

Selon un récent sondage OpinionWay intitulé “Viser haut”, 66 % des femmes âgées de 25 à 30 ans affirment être ambitieuses contre 45 % pour la génération précédente.

L’art et la manière

Les femmes ont-elles une façon différente de manager de leurs homologues masculins ? « Plus qu’une question de genre, je pense qu’il s’agit plutôt d’une question de personnalité, de vécu, d’histoire et d’expérience », considère Florence Pradel, DG de la chambre de commerce et d’industrie de l’Ain. Un établissement qui comprend par ailleurs un tiers de femmes dans ses membres bénévoles.


Et du côté de l’industrie ?

« La représentation du grand public n’est pas forcément de s’orienter d’emblée vers nos métiers et c’est d’autant plus vrai pour les femmes, regrette Marie-Hélène Lebranchu, secrétaire générale de l’UIMM de l’Ain. Dans notre branche, 22 % de femmes travaillent dans nos entreprises. En région Auvergne Rhône-Alpes, elles sont 23 %, dans l’Ain, 24 %. Elles ne représentent que 20 % des ingénieurs et des cadres. Pourtant, les postes dans l’industrie, à l’image du BTP, sont largement ouverts aux femmes. Nous avons d’ailleurs inauguré récemment un campus qui permet tout à fait leur accueil et leur intégration en apprentissage. Nous sommes également attentifs à notre communication : l’image est importante, nous veillons à ce que des hommes comme des femmes soient mis en avant pour représenter nos métiers. Les questions de salaires sont également des sujets pour lesquels nous avons des accords et nous sensibilisons les entreprises. »


L’égalité dans l’Ain : réalité ou fantasme ?

Comment être « le grain de sable dans la chaussure du stéréotype », pour reprendre l’expression de Pascale Guillet, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité ?

Entrepreneures du BTP©Fotolia

Les femmes investissent encore trop peu les chantiers.

Le tour de France de l’égalité, lancé début octobre par le Premier ministre et Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, s’est conclu le 8 mars dernier. Les priorités thématiques annuelles concernant l’égalité entre hommes et femmes sont alors définies dans le cadre de feuilles de route ministérielle. Ceci, avec un double objectif : recueillir la parole des femmes et des hommes sur l’égalité au quotidien, les difficultés rencontrées et les propositions formulées, et faire partager les bonnes pratiques et les dispositifs innovants existants au sein des territoires. C’est dans cette démarche « ascendante et participative » que s’est lancée la préfecture de l’Ain. Des ateliers thématiques ont été organisés un peu partout dans le département, pour identifier les besoins et les demandes des femmes. Coordonnées par Pascale Guillet, ces recherches ont mis en lumière de nombreux points, concernant notamment la sphère professionnelle.

Ainsi, on apprend que certains secteurs très féminisés sont des grands secteurs de précarité au travail, et particulièrement le commerce et la grande distribution, avec leur cortège de temps partiels et de bas salaires, où, avec 80 % de femmes, il semble que le volet égalité ne soit pourtant que peu travaillé. Dans la pratique, les textes de loi visant l’égalité salariale gagneraient sans doute à être appliqués et traduits dans la réalité du terrain. Sur un autre champ, la Direccte rappelle les clauses d’insertion peuvent prévoir, dans les marchés publics, de privilégier les entreprises où l’égalité professionnelle est actée. Cet élément peut permettre de développer des actions d’insertion du public féminin.

Et il faut le faire savoir. Pascale Guillet en est convaincue : à l’heure où les jeunes générations sont taraudées par leur image et les réseaux sociaux, la représentation donnée aux différents métiers est primordiale pour attirer garçons et filles, sans discrimination d’aucune sorte. « Les jeunes filles doivent s’autoriser à être dans ces métiers. » Idem dans la politique où l’image de la fonction change, même si les stéréotypes tendance à perdurer.


Par Myriam Denis

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