Facteur, métier à haut risque

par | 18 Oct 2018

La direction de la plateforme de distribution de Bourgoin-Jallieu avait invité ses postiers à une journée dédiée à la prévention sur les risques du métier, somme toute nombreux.

Morsures de chien, boîtes à lettres inatteignables, routes à sillonner par tous les temps.., l’activité d’un facteur est parfois plus assimilable à James Bond qu’au Petit Travail Tranquille (PTT, l’ancien nom !). Si on ajoute à cela des tournées de 1700 lettres et colis/jour à effectuer en quelques heures seulement, on comprend mieux pourquoi le management est peut-être plus important ici qu’ailleurs. Ces difficultés quotidiennes n’ont pas échappé à la Plateforme de Préparation et de Distribution du Courrier (PPDC) de Bourgoin-Jallieu qui organisait tout récemment une journée de prévention des risques.

192 employés sur les 232 que compte la structure avaient d’ailleurs répondu présent (les autres étant en tournée). Avec deux facteurs victimes de morsures de chien depuis le début de l’année (11 en Isère), les responsables de la plateforme centrale d’où dépendent les sites de distribution de Bourgoin- Jallieu, St-Quentin/La Verpillière, St-Georges-d’Espéranche et St-Jean-de- Bournay aimeraient voir le nombre en rester là… Une prise de conscience générale a donc eu lieu en interne, et, on l’espère, bientôt en externe.

« Nos facteurs vont sur des points de distribution où il n’y a pas de clôture. Notre rôle, c’est de sensibiliser aussi nos clients. Installer une clôture, c’est se protéger, mais quand on possède un chien, c’est aussi protéger son facteur ! » martèle Carine Sobol, directrice de la Plateforme de Bourgoin-Jallieu. Forts de cette opération organisée insitu et grâce, notamment, à l’équipe cynophile des gendarmes de Villefontaine, les facteurs auront au moins appris les principales consignes pour tenter de maîtriser leur peur et adopter un comportement permettant de ne pas engager leur sécurité. C’est déjà ça !

Postier, métier d’avenir ?

Bien que, fort regrettable, le nombre de ces accidents animaliers n’est rien à comparer de la multitude de tous ceux liés aux aléas de la route : cinq décès en un an en France. Comme pour le commun des mortels, la ceinture de sécurité est en cause dans trois de ces décès. Pris dans le feu de l’action, de l’aveu même de certains facteurs, faire et défaire sa ceinture sans arrêt est une contrainte. Tous sont tentés de passer outre. Une réaction qui peut se comprendre mais qui demeure dangereuse et répréhensible. « Il n’y a pas de règle spécifique pour le facteur qui doit porter sa ceinture de sécurité. En cas de choc, elle le protègera, comme tout le monde ! » affirme Carine Sobol.

Ainsi, pour sensibiliser ses postiers aux risques de rouler sans, la Poste avait installé un simulateur leur permettant de se rendre compte des effets de la vitesse. Rappelons qu’en cas de choc entre deux véhicules, les vitesses s’additionnent. Encore que, de ceinture de sécurité, il n’en est plus tellement question quand on est à deux-roues. La mobylette s’avère en effet des plus pratique pour exercer le métier, avec des records de vitesse de distribution. Hélas, avec de chaque côté du porte-bagages un sac lourd, les accidents se sont multipliés.

« NOUS SOMMES LA SEULE ENTREPRISE DE FRANCE QUI PERD 500 MILLIONS D’EUROS PAR AN ET QUI NE LICENCIE PAS ! »

La Poste a donc mis nouvellement à la disposition de ses employés un troisroues révolutionnaire, plus stable et répondant au nom évocateur de « staby ». Pratique, maniable, il tient droit à l’arrêt, sans la béquille. Avec tout cela, on en viendrait à douter de l’avenir même du métier de facteur, pas parmi les mieux payés et présentant tous les risques déjà évoqués. D’ailleurs, est-ce seulement un métier d’avenir, avec l’avènement du numérique et des envois de courriers dématérialisés ? « C’est non seulement un métier d’avenir, mais aussi en pleine transformation, avec de nouvelles opportunités, de nouveaux services, comme Veiller sur mes parents… »

Un dernier lancé il y a un peu plus d’an et à propos duquel de fins observateurs ont cru voir une marchandisation du lien social, sûrement après avoir été attendris par l’inénarrable facteur du Ch’ti. « Au contraire ! La Poste garde ses collaborateurs et met en place tous ces services pour les conserver. Elle est multi-métiers et vit de ses propres services », rappelle consciencieusement Carine Sobol. Multi-métiers, et multirisques aussi !

Des véhicules mieux adaptés ont été mis en service pour réduire le nombre de chutes. Ils sont le moyen le plus efficace pour la distribution en ville. Deux facteurs effectuent encore leur tournée à pieds.

Une baisse générale du courrier de 8 à 9 % par an

Malgré la baisse constante du nombre de courriers et la perte de 500 millions d’euros par an, le groupe La Poste continue
d’embaucher. Comme tous les autres secteurs, La Poste subit de plein fouet la concurrence des nouvelles technologies. Nombre de courriers postaux se sont transformés aujourd’hui en de simples emails. Heureusement, elle conserve le monopole de la distribution du courrier affranchi, mais elle ne peut plus en dire autant en ce qui concerne les colis. Au niveau national, l’entreprise enregistre chaque année une baisse de 8 à 9 % de courriers à la distribution : 18 milliards de lettres distribuées en 2008, 10 Mds en 2018 et 6 Mds prévus en 2023.

Pendant ce temps, avec le boum du e-commerce, les colis, eux, sont en augmentation : 250 millions en 2010 pour 317 millions en 2018.

Pendant ce temps, avec le boum du e-commerce, les colis, eux, sont en augmentation : 250 millions en 2010 pour 317 millions en 2018. Pour autant, la balance revenus/recettes continue à pencher dans le négatif, sans qu’il n’y ait de plan social. Ce qui fait dire bravement à son directeur régional, Eric Clavod : « Nous sommes la seule entreprise de France qui perd 500 millions d’euros par an et qui ne licencie pas ! »

« Nous sommes le 1er recruteur de France ! »

Pas de licenciement, certes mais une obligation de se réorganiser qui ne passe pas toujours très bien. Après celui de La Mure, c’est au tour du centre courrier de Saint-Marcellin de s’être mis en grève mardi 2 octobre contre la réorganisation de ses services. On s’oppose à la suppression de trois tournées et à la coupure de midi imposée au personnel. « À cause de la baisse d’activité, nous avons la nécessité de nous réorganiser tous les deux ans. Pour autant, nous gardons notre personnel sur les mêmes postes et Une baisse générale du courrier de 8 à 9 % par an sur le même site ! En région, on a même engagé 350 personnes cette année et on espère la même chose l’an prochain. Nous sommes le premier recruteur de France ! », martèle à qui veut l’entendre Eric Clavod.


Par Eliséo Mucciante


Cet article est paru dans votre magazine ECO Nord-Isère du 19 octobre 2018. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, et pour soutenir la presse, vous pouvez vous abonner ici.

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