Les festivals, une vitrine pour les territoires

Les festivals, une vitrine pour les territoires

Avec l’été revient la saison des festivals. Manifestations culturelles mais aussi produits touristiques, ils profitent à tous : artistes, public, organisateurs, territoires…

Combien y a-t-il de festivals en France ? Serge Kancel, chargé l’été dernier par la ministre de la Culture d’alors, Françoise Nyssen, d’élaborer un outil d’évaluation, se le demande : « 8 000, 10 000 peut-être ? Personne ne peut le dire : localement, il en naît et il en disparaît chaque année des dizaines, voire des centaines ». Le Panorama des festivals en a tout de même identifié 3 037 d’une certaine taille pour 2019, l’essentiel d’entre eux ayant lieu l’été. Il y en a pour tous les goûts : 1 667 festivals de musiques actuelles, 220 sur le cinéma et l’audiovisuel, 217 pour le cirque et les arts de la rue, 203 pour les musiques classiques, 198 pour le spectacle vivant et pluridisciplinaire, 177 autour du livre et de la littérature, 118 transdisciplinaires, 47 de danse, 46 autour des arts plastiques et visuels, 30 de théâtre… Un classement qui, dans ses approximations, traduit bien un fantastique foisonnement culturel.

Combien dans nos départements ? C’est tout aussi impossible à dire. Le même Panorama des festivals en indique 29 pour l’Ain, 59 pour l’Isère, 24 pour la Savoie, 54 pour la Haute-Savoie. C’est-à-dire des chiffres chaque fois largement en-dessous de la réalité.

Une offre pléthorique, donc. Comment expliquer ce succès des festivals ? Ces manifestations, résumait en 2012 Nathalie Fabry, économiste, maître de conférences à Paris-est (in Juristourisme n° 143), sont une combinaison entre trois éléments : un lieu, un produit culturel, un public. À Ambronay, en Tarentaise, à Vienne, les festivals sont d’abord une manière de valoriser un patrimoine architectural remarquable. Il s’agit parfois d’honorer une figure locale (Hector Berlioz à la Côte Saint- André, par exemple). Parfois aussi, la proposition n’a rien à voir avec le lieu et est à comprendre dans une stricte logique touristique. Ainsi du festival de musique celtique Celti’Cimes, à Albiez- Montrond (qui fête sa dixième édition), créé par des bénévoles mais qui constitue un évident point fort de la saison d’été. Ainsi Guitares en scènes, à Saint-Julien-en-Genevois, porté par un passionné.

Initiatives majoritairement associatives (70 % des festivals selon la Sacem, contre 16 % portés par des structures publiques et seulement 6 % par des sociétés commerciales), ils n’en sont pas moins suivis de près par les collectivités publiques, très présentes dans le financement. Selon une étude de 2017 de l’association France Festivals, 60 à 70 % des recettes des festivals de la région Grand Est provenaient de financements publics. Plus que la billetterie ou le mécénat, même si ce dernier se développe (en 2012 selon Nathalie Fabry, il avait progressé de 40 % en six ans).

C’est que les festivals sont bel et bien des produits touristiques en même temps que des outils de valorisation, et à ce titre s’intègrent dans des stratégies territoriales. Si les deux-tiers (étude de la Sacem de 2011) ont lieu en été, le dernier tiers se répartit, à parts à peu près égales, entre l’automne (16 %) et le printemps (15 %) pour mieux étirer la saison en amont et en aval. C’est le cas des Nuits romantiques autour du lac du Bourget à l’automne, du festival Barbara à Saint-Marcellin en mai, du Bonheur des Mômes au Grand-Bornand fin août, etc.

Les bienfaits des festivals se mesurent pour une part en espèces sonnantes et trébuchantes : celles que laissent les festivaliers en billetterie, notes de restaurant, nuit d’hôtel, visites annexes, taxes de séjour, etc. Celles que laissent les organisateurs aux entreprises locales, également. Sur 70 millions d’euros de recettes globales, les adhérents de France Festival déclarent leur acheter pour vingt millions de biens et services. Mais l’essentiel, toujours selon Nathalie Fabry, est ailleurs : « les enjeux les plus importants pour un territoire sont en matière d’image, de renommée mais aussi de réputation ». Des communes comme Avignon ou Montreux, chez nous Vienne ou Ambronay, leur doivent une grande part de leur notoriété. Du coup, nombre de collectivités ont estimé dans le passé devoir porter leur propre manifestation, question de standing en quelque sorte. La crise de 2008 puis celle des financements publics semble avoir stoppé cette inflation et finalement permis de se concentrer sur l’essentiel : la qualité de la proposition artistique. À toute chose malheur est bon !

Mais place au plaisir : c’est une chaude soirée d’été, vous vous installez confortablement, votre groupe préféré entre en scène… profitez !


Florence Verney-Carron, « Un grand principe : l’équité territoriale »

Florence Verney-Carron ©M. Peres« Depuis le début du mandat, nous avons, certes, accordé plus d’argent aux festivals régionaux, mais avec un grand principe : l’équité territoriale ! » assure Florence Verney-Carron, vice-présidente du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, en charge de la culture et du patrimoine. Avec 4,60 millions d’euros pour 330 festivals en 2015, puis 7 millions en 2018 (469 festivals), la courbe des subventions accordées au festival est, en effet, ascendante.

En outre, si l’élue prône « l’équité territoriale », c’est parce qu’elle estime qu’elle rejaillit directement, au travers du patrimoine et de la culture, sur la bonne marche des communes. « C’est, pour elles, une manière d’être vue et d’espérer ensuite plus de retombées touristiques », déclare-t-elle. « Il est vrai, aussi, que les festivals aujourd’hui vivent de plus en plus tout le long de l’année », ajoute-t-elle.

Et la Région semble avoir l’oreille musicale, si l’on en croit le nombre de festivals, 130, qui font la part belle à la musique classique et qu’elle subventionne à hauteur de deux millions d’euros. L’exécutif se veut strict sur le financement. En effet, il examine une bonne dizaine de critères avant d’attribuer une enveloppe à un festival. Le contexte artistique d’abord, le professionnalisme des organisateurs, la programmation et la qualité des créations, ensuite, figurent parmi ces critères, sans oublier un autre, naissant : les actions de médiation envers les jeunes publics et les publics dits “empêchés” (malades, personnes à mobilité réduite, personnes très âgées, etc.). « Il y va tout simplement du bon rayonnement culturel régional ! Pas moins de huit festivals dépassent la barre des 100 000 spectateurs », se félicite Florence Verney-Carron.


« Les festivals, une carte de visite du territoire »

Printemps de Pérouges 2019

Les festivals peuvent se révéler être une véritable bénédiction pour un territoire, notamment en termes de retombées économiques, et pas uniquement d’une manière immédiatement palpable : les bénéfices sur l’image de marque sont nombreux, confirme Jean-Louis Guyader, président de la communauté de communes de la Plaine de l’Ain. Cette collectivité soutient depuis une vingtaine d’années le désormais très connu Printemps de Pérouges, un festival drainant des milliers de visiteurs sur la Plaine de l’Ain.

« Le Printemps est un festival populaire d’une grande qualité qui s’adresse à tous, commente Jean-Louis Guyader. Il est leader dans le département de l’Ain : la visibilité qu’il offre est liée à l’excellence et à l’ambition du festival. Cet événement est remarqué, notamment depuis la métropole lyonnaise. La Plaine de l’Ain a la particularité d’être très dynamique économiquement et d’être proche de Lyon. Cette proximité avec la métropole nous oblige également à travailler notre visibilité et il est important de faire monter en gamme notre territoire. Or, une activité culturelle dynamique est un marqueur du territoire, c’est primordial pour notre image de marque. »

De plus, l’événement inclut les entreprises locales. « On note une implication importante du milieu industriel avec le soutien financier d’entreprises, qui peuvent voir, via le festival, une excellente occasion de créer un événement avec leurs collaborateurs, leurs clients, leurs fournisseurs… »


Par Philippe Claret, Éliséo Mucciante et Myriam Denis

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ANNONCES LÉGALES : CONSULTEZ ET PUBLIEZ !

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

PUBLICITÉ

ARTICLES LES PLUS LUS

PUBLICITÉ