France / Suisse : le smartphone chassé des écoles

par | 25 mars 2026 à 14H35

Les téléphones portables à l’école sont devenus un problème. Certains cantons suisses ont choisi de les interdire, accompagnant cette mesure de sanctions graduées, tandis qu’en France, la loi de 2018 qui impose déjà l’interdiction des smartphones à l’école, est renforcée par des dispositifs concrets comme la “pause numérique”.

Suisse : interdiction… selon les cantons

En Suisse, l’usage des téléphones portables à l’école est devenu un sujet de préoccupation majeure, mais aucune interdiction générale ne s’applique à l’ensemble du pays. Chaque canton dispose de sa propre politique, reflétant la compétence cantonale en matière d’éducation. Face à l’omniprésence des écrans et aux effets négatifs constatés sur la concentration et la santé mentale des élèves, certains cantons ont choisi de passer à l’action.

Dès les années 2010, plusieurs établissements ont expérimenté des règles encadrant l’usage des smartphones, en les interdisant généralement pendant les cours. Les règles concernant les récréations variaient selon les écoles. Les premières évaluations ont montré une amélioration notable de l’attention en classe et des interactions sociales. À partir de 2020, le débat s’est élargi à l’ensemble des cantons romands.

Dans la pratique, les élèves doivent éteindre et ranger leurs téléphones dans des casiers ou dans leurs sacs, et le respect de la règle est assuré par une combinaison de contrôle ponctuel par les enseignants et surveillants, de signalements et de sanctions graduées en cas de non-respect. Dans certains cantons, l’usage des appareils reste possible uniquement dans un cadre pédagogique encadré par les enseignants.

A Genève, la mesure est entrée en vigueur dès la rentrée 2025 pour le Cycle d’orientation. Les élèves, âgés de 12 à 15 ans, doivent laisser leur téléphone éteint dans le périmètre des établissements. Dans le canton de Vaud, l’interdiction s’applique à toutes les écoles primaires et secondaires, avec des exceptions strictement encadrées pour un usage pédagogique.

En Valais, tous les élèves doivent éteindre et ranger leurs téléphones, y compris pendant les pauses et sorties scolaires, et des casiers ou zones sécurisées sont mis à disposition pour faciliter l’application de la règle à tous les niveaux scolaires. Si la majorité des acteurs salue ces décisions, des critiques subsistent.

Certains parents et enseignants craignent que l’interdiction absolue ne prive les élèves de ressources pédagogiques ou de moyens de communication utiles en cas d’urgence. D’autres s’interrogent sur l’efficacité d’une application uniforme, estimant que la gestion quotidienne peut varier selon la taille et les moyens des établissements. Enfin, certains chercheurs soulignent que l’interdiction seule ne suffit pas, l’éducation au numérique et la formation à l’autocontrôle restant indispensables.

En Suisse, il n’y a pas d’interdiction générale des smartphones à l’école.

France : contrôle renforcé des téléphones portables à l’école

Depuis 2018, l’usage des téléphones portables dans les écoles primaires et les collèges français est interdit par la loi. Les élèves doivent laisser leur appareil éteint et rangé dans un sac ou un casier, et ne peuvent l’utiliser pendant le temps scolaire, y compris lors des récréations ou des sorties organisées. L’objectif affiché étant de limiter les distractions, d’améliorer la concentration et de protéger le bien-être des jeunes.

Pendant plusieurs années, cette règle est restée relativement théorique, de nombreux collèges se contentaient d’interdire l’usage sans mettre en place de solution pour que l’élève se sépare réellement de son téléphone. Pour rendre l’interdiction plus effective, l’Éducation nationale a développé le dispositif dit de “pause numérique”, qui se traduit par la mise en place de boîtes, casiers ou pochettes individuelles où les collégiens déposent leur téléphone à l’entrée et le récupèrent à la sortie.

En France, l’usage de tout téléphone et appareil connecté dans l’enceinte scolaire est interdit

Après une période d’expérimentation en 2024-2025, ce dispositif a été généralisé à l’ensemble des collèges dès la rentrée 2025, intégrant dans les règlements intérieurs des modalités concrètes de dépôt des téléphones. L’intention est de transformer une règle abstraite en une pratique quotidienne, en concertation avec les équipes éducatives et les collectivités locales. Pour autant, la mise en oeuvre reste contrastée.

Dans certains établissements, la généralisation des dispositifs matériels est freinée par des contraintes logistiques ou financières, et certains chefs d’établissement estiment que l’interdiction de principe suffisait déjà. En réponse à ces résistances, le gouvernement a annoncé l’extension de l’interdiction aux lycées à la rentrée 2026, marquant une étape symbolique majeure.

Désormais, les élèves de seconde à terminale devront eux aussi déposer leurs téléphones ou s’abstenir de toute utilisation durant le temps scolaire. Sur le terrain, les réactions restent partagées. Une partie de la communauté éducative y voit une avancée, d’autres dénoncent une application déclarative sans moyens supplémentaires et insistent sur la nécessité d’éduquer les élèves à un usage responsable des technologies plutôt que de s’en tenir à une simple prohibition.


Odile Habel


Cet article est issu de notre magazine L’Extension Printemps 2026, disponible gratuitement au format liseuse en ligne.

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