L’épisode de gel qui a frappé les exploitations agricoles est lourd de conséquences pour les producteurs locaux de poires et de pommes.
Dans la nuit du 8 au 9 avril, un froid vif (le thermomètre est tombé jusqu’à -7 °C) a frappé une grande partie de l’Europe et de la France. Outre sa vigueur, son ampleur et sa durée, le phénomène intervient au pire moment, après trois semaines de températures élevées ou douces qui ont accéléré la floraison de certaines variétés.
« Dans les vergers les plus exposés, la casse peut atteindre 80 à 90 % de jeunes poires noires ou de fleurs grillées pour lesquelles il n’y aura pas de pollinisation possible. La pomme est un peu moins sensible mais on peut trouver jusqu’à 50 à 60 % de fleurs grillées sur les variétés les plus précoces, de 30 % à presque 60 % sur les plus tardives », observe Jean-David Baisamy, troisième vice-président à la chambre d’agriculture Savoie Mont‑Blanc et arboriculteur dans le Genevois.
La vigne a été aussi frappée par le gel, avec une proportion de bourgeons grillés oscillant entre 20 et 70 % selon les vignobles. Parmi les secteurs géographiques les plus touchés : la Combe de Savoie et Frangy.
Comme les arboricultureurs, les viticulteurs ont tenté de combattre le gel. En vain.
Des situations hétérogènes
Difficile, pour l’heure, d’établir un bilan précis car les situations sont très hétérogènes selon les variétés, les coteaux, les secteurs… Les conséquences du pic de froid risquent d’être aggravées, dans certaines zones, par des gelées moins fortes survenues les jours suivants. S’ajoute la bise qui gêne la pollinisation, dessèche et ralentit les végétaux. En Savoie Mont-Blanc, quelques producteurs seulement sont équipés de matériels pour lutter contre les gelées.
« Pour les brûlots, on considère qu’il faut habituellement allumer 400 pots de paraffine à l’hectare. Pour compenser un tel froid, il en aurait fallu 600. Les exploitations ont du mal à supporter le coût et la manutention générés. Les stocks sont par ailleurs quasiment vides, et on ne trouve plus de brûlot sur le marché », continue Jean-David Baisamy.
À cette question des moyens insuffisants face à de tels épisodes de gel, s’ajoute celle des assurances. Les professionnels rappellent que pour l’arboriculture, elles ne sont pas obligatoires et coûtent tellement cher que beaucoup de producteurs renoncent à s’assurer. Ils espèrent une remise à plat nationale du système et une meilleure mutualisation des risques.
1 milliard d’euros : c’est le montant estimé des mesures annoncées par l’État pour venir en aide au monde agricole et viticole français. Il comprend des aides d’urgence aux producteurs mais aussi pour les entreprises aval de la filière.
La filière en chiffres
Si l’agriculture est dominée, en Savoie Mont-Blanc, par la production laitière, le végétal a aussi façonné les vallées et les paysages. Selon les derniers chiffres publiés par la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc (2018), la viticulture représente une production annuelle de 120 000 hectolitres réalisée par 540 producteurs et générant un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros. L’arboriculture se déploie sur 600 hectares exploités par 110 producteurs. Le gel, malgré les brûlots allumés pour le contrer (photo), a principalement touché la production de pommes (13 000 tonnes) et poires (3 000 tonnes).
Par Sophie Boutrelle









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