Confrontés à une crise totalement inédite, et qui a d’ailleurs démarré en Haute-Savoie, les systèmes hospitaliers public et privé et la médecine de ville ont fait front, et réussi à contenir l’épidémie.

Petit à petit, la pression retombe. Après trois mois de plan blanc (déprogrammation des activités non urgentes, fermeture de services, réaffectation des personnels), les hôpitaux et cliniques de Savoie Mont Blanc commencent à souffler. Au 10 juin, il n’y a plus de malade covid en réanimation à Chambéry et seulement un seul à Annecy. Mais on revient de loin.

« C’est du jamais vu reconnaît Florent Chambaz, directeur du centre hospitalier Métropole Savoie ». « Pourtant, ajoute Vincent Delivet, directeur du centre hospitalier Annecy Genevois, nous avons testé l’arrivée du covid en avant-première avec le cluster des Contamines dès le 7 février, puis celui de la Balme Sillingy le 24. » Avec déjà un changement d’échelle. Un foyer rapidement circonscrit aux Contamines, tandis que celui de la Balme s’étendait, la campagne électorale ayant facilité la dissémination du virus.

Un énorme chantier

Cela a permis à l’équipe du Change de tester les organisations, et de constater que la propagation de l’épidémie allait la contraindre à adapter sans cesse son dispositif. L’occasion aussi de travailler avec Chambéry, certains patients de la Balme y ayant été évacués pour éviter la saturation de la réanimation. « Nous étions quasiment en stade 3 avant que celui-ci ne soit déclaré sur l’ensemble du territoire, analyse Vincent Delivet. L’organisation des réponses covid a été un énorme chantier poursuit- il. »

À la Balme par exemple, il a fallu au début doubler le nombre de lignes téléphoniques du 15. À l’hôpital, la réactivité a été le maître mot, avec une adaptation des locaux au fur et à mesure que le nombre de patients augmentait. « On a déménagé plusieurs fois des services, et transféré la gériatrie court séjour en dehors de l’hôpital pour protéger les patients ». À Chambéry aussi, l’organisation a été chamboulée. « Nous avons fermé 2 unités de chirurgie sur 5 explique Florent Chambaz ». Les deux directeurs saluent la coopération entre établissements publics et privés pour mutualiser personnel et matériel. À Chambéry (incluant Aix), et à Annecy (incluant St-Julien-en- Genevois), les cellules de crise ont travaillé 7 jours sur 7 et il y a eu des téléréunions hebdomadaires avec les autres établissements, l’ARS, ou encore les Ehpad.

« Le travail a aussi été énorme avec les médecins de ville qui se sont retrouvés en première ligne lors du passage au stade 3 observe Vincent Delivet. C’est l’un des enseignements de cette crise ; nous avons appris à travailler en commun, à nous décloisonner et il faut absolument poursuivre cette coopération ». Les deux directeurs confirment aussi la réussite du confinement. « Il a permis d’éviter que la courbe de malades ne devienne exponentielle assure Florent Chambaz. Et si les stations de ski n’avaient pas fermé dès le 15 mars, cela aurait été dévastateur ». La crise s’éloigne, mais on est encore loin d’un retour à la normale car la vigilance est toujours extrême.

« Nous avons mis des capacités de réanimation en réserve, commente Vincent Delivet et la priorité est désormais de juguler toute reprise ». Il n’y a pas eu pour le moment de rebond, mais en revanche un flux anormal de patients non covid en réanimation, dû notamment à des tentatives de suicide. Surtout, il n’est pas possible de retrouver du jour au lendemain l’activité habituelle.

Retour à la normale progressif

Les deux centres hospitaliers ont relancé à peu près 60 % de leur capacité en chirurgie. Il faut retransférer les personnels, réattribuer les moyens et monter en puissance progressivement, tout en allégeant aussi peu à peu les mesures de sécurité comme la limitation des visites. Le retour à la normale est plutôt prévu pour la rentrée. Ce qui donnera aussi le temps à un personnel éprouvé de se reposer.

En attendant les résultats très attendus par tous du Ségur de la santé. Et quid du coût de la crise ? Au Change, Vincent Delivet estime la perte à 6 millions d’euros. « Sans compter les effets collatéraux sur les gros chantiers que nous avions en cours et qui risquent d’être décalés ». Mais malgré les difficultés et les incertitudes sur une éventuelle deuxième vague, Florent Chambaz et Vincent Delivet sont unanimes : « cette crise a montré de quoi nous étions capables collectivement ».

Florent Chambaz, Directeur du Centre Hospitalier Métropole Savoie

« NOUS AVONS RÉUSSI COLLECTIVEMENT. »

« Après trois mois d’une crise sans précédent et d’une réorganisation hospitalière dans le cadre du passage au plan blanc, ce qui me frappe c’est que nous avons pu tenir grâce à l’effort du collectif. De tout le personnel d’abord et pas seulement des médecins, infirmiers, ou encore aide-soignants mais de l’ensemble de la centaine de métiers qui interviennent dans un hôpital. La mobilisation ensuite de tous les établissements du territoire de la Savoie et de Belley, qu’il s’agisse des hôpitaux, de l’hôpital spécialisé en psychiatrie, ou des établissements privés. Cette mobilisation exemplaire nous a permis de coordonner nos activités, de mutualiser du personnel et du matériel, par exemple des respirateurs, et de ne jamais arriver à la saturation de nos capacités. C’est aussi grâce à elle que nous avons pu atteindre un objectif primordial : ne jamais avoir à sélectionner de patient. Nous avons été inquiets, particulièrement au moment du pic de l’épidémie à la fin mars mais nous avons collectivement relevé le défi. Désormais tout en restant extrêmement vigilants, l’enjeu est de reprendre progressivement une activité normale. »

Vincent Delivet, Directeur du Centre Hospitalier Annecy Gevenois

« PRÉVENIR UNE REPRISE DE L’ÉPIDÉMIE. »

« Depuis le déconfinement, nous sommes extrêmement vigilants car l’enjeu, maintenant, c’est la détection de nouveaux cas. Nous sommes comme dans un incendie en train de s’éteindre, à l’image de pompiers traquant la moindre reprise de foyer. Nous sommes en train de formaliser une organisation sur la Haute-Savoie en nous appuyant sur tous les personnels médicaux ; médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, sage-femmes, pharmaciens.., l’ARS et la CPAM pour le “contact tracing ”pour éviter la formation de clusters et les collectivités comme la ville d’Annecy. On a travaillé sur tous ces sujets de dépistage, par exemple avec un logiciel décisionnel pour les médecins avec un arbre de décisions leur permettant d’orienter un patient covid vers l’hôpital ou un dispositif d’isolement. La stratégie, c’est de détecter les cas au plus tôt pour éviter la propagation du virus. Et s’il y a constitution d’un cluster, l’objectif est d’intervenir massivement comme on l’a fait d’ailleurs dans un foyer social à Annecy. Après on verra ce qui se passera à l’automne, mais objectivement nous sommes prêts, y compris en médecine de ville. »


Par Sophie Guillaud


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