Le groupe DeSavoie, via sa filiale Altitude Resort Development, officialise l’acquisition de Lodge & Spa Mountain pour un montant proche de 140 millions d’euros.
Grâce à cette opération, le groupe DeSavoie peut se targuer d’être le plus grand groupe hôtelier de luxe dans les Alpes françaises avec vingt établissements, et autant de chalets et de résidences, auxquels il convient d’ajouter la trentaine d’autres en cours d’acquisition.

La holding de détention et de contrôle des activités de Guerlain Chicherit, ancien champion de freeride devenu businessman, détiendrait au global 800 millions d’euros d’actifs immobiliers dans les Alpes au travers de ses véhicules financiers. Avec un chiffre d’affaires consolidé qui dépasse les 60 millions pour 1 000 salariés. Des chiffres qui donnent le tournis.
La transaction, réalisée par Altitude Resort Development dirigée par Nicolas Chatillon (il est aussi associé), comprend dans son périmètre quatre hôtels de luxe – Taj I Mah à Arc 2000, Koh I Nor à Val Thorens, Daria I Nor à l’Alpe d’Huez, L’Incomparable sur les hauteurs du lac du Bourget – et trois résidences de tourisme de standing (murs ou fonds de commerce) attenantes rachetés à Thierry Schoenauer (cf. encadré) et à son associé dans l’affaire Frédéric Peltier (Cimehotel). Ce rachat ne concerne pas les résidences La Source des Arcs 5* (Arc 2000) et Plein Sud 4* (Val Thorens), dont le groupe Chalet des Neiges, détenu également par Thierry Schoenauer, s’est porté acquéreur. Tous les salariés, qui ont souhaité rester, ont été repris.

Le groupe lève 400 M€

Pour financer cette acquisition proche de 140 millions d’euros, DeSavoie a anticipé et levé 400 M€ : 150 millions en capital auprès du fonds britannique Roundshield et 250 millions en dette bancaire. « Nous allons monter les résidences en gamme et apporter beaucoup plus de services », détaille Guerlain Chicherit, fondateur et actionnaire majoritaire du groupe DeSavoie (comme dans les 120 sociétés qu’il gère) au côté de Philippe Lutz, qui prévoit aussi d’investir dix millions supplémentaires dans les travaux. Les 250 millions restants serviront à différents rachats notamment en Suisse, pour le moment tenus secrets. Ces établissements, à l’instar des autres hôtels du groupe, seront exploités par Les Étincelles. Avec l’intégration de ces actifs, la marque gère désormais un parc de 5 000 lits dans les grandes stations d’altitude, principalement en Savoie Mont Blanc.
Réhabiliter plutôt que construire
Et ce n’est pas fini. Guerlain Chicherit, qui vit à 100 à l’heure, multiplie les projets, comme celui de créer des complexes hôteliers de montagne qu’il veut écologiques, avec l’ambition affichée d’« assurer la pérennité économique des stations en créant des lits chauds. » Son leitmotiv. Le premier WOM (du nom de la marque, lire encadré) verra le jour à Tignes Les Brévières fin 2023, en lieu et place de l’hôtel Le Rocher Blanc, sur 35 000 m2 dont 16 500 habitables. Et quatre autres sont attendus dans les Alpes, notamment à La Plagne, à Val Thorens – où le groupe s’est positionné sur la nouvelle Zac – et à l’Alpe d’Huez (Isère).

Des resorts de 800 à 1 000 lits hôteliers déclinés en hôtels, chalets et résidences, agrémentés de commerces, qu’il va déployer, depuis qu’il a trouvé le soutien d’un gros partenaire financier, comme pour chacun de ses projets. Et ce, en évitant d’investir dans de nouveaux fonciers.
« Notre volonté n’est pas de construire sur un foncier contraint, et par définition très cher, mais de réhabiliter, voire de reconstruire quand ce n’est pas possible, afin de limiter notre empreinte environnementale », insiste Guerlain Chicherit, rappelant que 85 % des projets engagés ou à venir s’inscrivent dans cette logique. Et l’homme d’affaires de certifier aussi : « En 2026, tous nos hébergements existants ou en cours de réalisation seront alimentés en énergies renouvelables (Ndlr, via sa société GCK, dédiée aux technologies vertes). Les montants investis seront colossaux.» Tous ou presque intègreront des logements pour les saisonniers, souvent dans des bâtiments à l’abandon que le groupe rénove et modernise pour accueillir décemment ses employés .
« Ce sont des investissements lourds et on ne peut pas le faire partout, faute de terrain à des prix raisonnables. Il est donc primordial d’avoir le soutien des collectivités si l’on veut s’engager dans une dynamique commune », pointe Guerlain Chicherit
Thierry Schoenauer joue la diversification
De son côté, Thierry Schoenauer, à la tête de la holding Chalet des Neiges Participation (siège à Tours-en-Savoie) – pour qui la vente de Lodge & Spa Mountain constitue « une belle opportunité dotée d’une belle valorisation » –, compte développer ses Base Camp Lodge (un mix entre hôtel traditionnel et auberge de jeunesse), avec son associé principal Michel Porcel (Restoleil). Après celui de Bourg-Saint-Maurice, un autre a ouvert aux Deux-Alpes. Récemment, il a racheté L’Arpette, un restaurant d’altitude aux Arcs qu’il va transformer en lieu festif avec une scène. Par ailleurs, et parce qu’il ne met jamais tous ses œufs dans le même panier, l’entrepreneur va lancer, à l’automne, un fonds d’investissement en private equity dédié aux start-up du numérique, de la biotech santé et de la transition énergétique. « Un moyen de diversifier nos activités et nos avoirs », conclut Thierry Schoenauer, qui est aussi actionnaire à 20 % d’Antidots Group, spécialiste savoyard des solutions numériques numérique.
Patricia Rey
Photo Une l’hôtel 5* Koh I Nor à Val-Thorens – DR








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