Interview | Fabienne Chognard : « Beaucoup de lieux culturels seront en déficit en 2022 »

par | 20 Jan 2023

Déléguée régionale du Syndicat des entreprises artistiques et culturelles, et directrice du Dôme Théâtre albertvillois, Fabienne Chognard alerte sur les conséquences qu’aurait une nouvelle baisse des subventions des collectivités territoriales. Interview.

Vous êtes, depuis novembre 2021, la déléguée régionale du Syndeac et vous siégez également au bureau national du syndicat. Pouvez‑vous d’abord nous présenter cet organisme ?

Il s’agit d’un syndicat d’employeurs rassemblant des scènes nationales, des centres dramatiques, des centres chorégraphiques, des scènes conventionnées, des centres d’arts du cirque, des équipes artistiques, etc. Il représente 40 % de tout le secteur du spectacle vivant et compte environ 500 adhérents au niveau national. La délégation Auvergne- Rhône-Alpes a 90 adhérents. C’est la plus grosse délégation après l’Île-de-France.

Le Dôme Théâtre albertvillois, que vous dirigez, en est donc membre ?

Oui. Il l’était déjà en 2014, lorsque j’ai pris mes fonctions de directrice. Le Dôme est une scène conventionnée d’intérêt national. Dans les Savoie, le Syndeac rassemble notamment l’Espace Malraux (Chambéry), Bonlieu Scène nationale (Annecy), Château rouge (Annemasse), et une compagnie de jazz.

-25 % : c’est, depuis une décennie, la perte de capacités d’investissement dans le soutien à la production et à la diffusion des oeuvres, supportée par les structures publiques de la culture. Une baisse due, selon le Syndeac, à l’absence de prise en compte de l’augmentation des charges.

Source : www.profedim.org/note-usepsv-pour-un-valois-des-salaires/

Qu’est‑ce qui vous a amenée à vous y investir ?

Je l’ai fait à la suite d’une formation en sciences politiques, que j’ai suivie en 2021. Selon moi, un lieu culturel dans une ville, c’est politique. Au même titre qu’un maire est au conseil d’administration d’un hôpital, nos comités de suivi comprennent également des élus. Il est important de partager les enjeux politiques du territoire. Nous ne sommes pas juste des endroits d’offre, nous sommes aussi dans la coconstruction d’une politique territoriale. Nous avons ainsi des liens avec le social, l’Éducation nationale, la santé, la petite enfance, les seniors, et même parfois, comme nous au Dôme, avec la justice, à travers les ateliers et spectacles que nous donnons à la maison d’arrêt d’Aiton. Nous ne sommes pas des lieux de consommation, mais sommes un service public au même titre que les autres.

D’autant plus que vous êtes majoritairement financés par des subventions…

« Au cours de l’exercice 2022, certains d’entre nous ont appris que la Région Auvergne- Rhône-Alpes allait baisser sa subvention de 11 %. L’ensemble de nos adhérents a perdu 900 000 euros suite à cette décision. Sur nos territoires, l’Espace Malraux, Château rouge et le Dôme Théâtre ont été concernés par cette baisse qui est arrivée sans concertation ni explication. »

C’est exact. Au Dôme par exemple, nous disposons d’un budget de 1,2 million d’euros. L’autofinancement représente environ 20 %. 480 000 euros proviennent de l’agglomération Arlysère, 168 550 euros du Département de la Savoie, 103 000 euros de la Région et 110 000 de l’État. Pour autant, il faut savoir qu’un euro investi dans nos structures en génère quatre pour le territoire. C’est plus que le sport !

En ce début d’année, le Syndeac redoute pourtant une baisse de l’engagement des collectivités. Pour quelles raisons ?

Au cours de l’exercice 2022, certains d’entre nous ont appris que la Région Auvergne- Rhône-Alpes allait baisser sa subvention de 11 %. L’ensemble de nos adhérents a perdu 900 000 euros suite à cette décision. Sur nos territoires, l’Espace Malraux, Château rouge et le Dôme Théâtre ont été concernés par cette baisse qui est arrivée sans concertation ni explication. Au Dôme, nous n’avons pas pu la compenser car elle nous a été annoncée en juin. Elle va occasionner un déficit d’environ 15 000 euros, bien que nous ayons fait une année record en termes de billetterie (157 000 euros). Ce sera la première fois, depuis 2014, que nous afficherons une perte.

Comment s’annonce 2023 ?

Nous n’avons pas de visibilité sur ce que fera la Région. C’est la raison pour laquelle nous tenons à alerter tous nos partenaires et financeurs. La reconduction de ces baisses signerait probablement une cessation partielle d’activité pour certains d’entre nous. D’autant qu’elle interviendrait dans un contexte inflationniste inquiétant… Tout a augmenté pour nous aussi : l’électricité, le gaz, les transports. Le contexte était déjà tendu au deuxième semestre 2022, il devient désormais intenable. Sans un soutien accru des financeurs publics, de nombreux lieux seront contraints de supprimer de l’activité (et donc de l’emploi), voire d’envisager des fermetures temporaires.

-26 % : un rapport de la Cour des comptes indique que les professionnels de la culture « perçoivent des revenus inférieurs de 26 % à ceux des autres actifs en emploi ».

Source : ccomptes.fr/fr/documents/60008

Quels choix seront‑ils faits au Dôme ?

Il n’est pas question de continuer à faire du déficit. Sur la saison en cours, nous avons déjà un spectacle en moins. Je pense que nous allons essayer de maintenir cette offre en pariant sur la hausse de la billetterie. Des discussions sont également en cours avec le bureau pour augmenter nos tarifs. Mon souhait serait plutôt d’étoffer notre club de mécènes et sponsors.

Quel est l’apport de ce club ?

Il est composé de trois mécènes et six sponsors, qui nous apportent environ 16 500 euros, ce qui correspond à l’accueil d’au moins un spectacle. Les lieux comme le vôtre ont aussi vocation à soutenir la création en aidant des compagnies.

Ce volet est-il également impacté par la baisse de la subvention régionale et l’inflation ?

Bien sûr. Au Dôme, par exemple, nous y consacrions en moyenne entre 35 000 et 50 000 euros par an. En 2023, notre budget prévisionnel est plutôt sur une base de 25 000 euros. Et cela, c’est de l’emploi, ce sont des gens qui travaillent ou non en fonction de nous. Ce ne sont pas des paillettes !


Propos recueillis par Sylvie Bollard

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez également :

JOP 2030 : des ambitions et des actes

Ce contenu est réservé à nos abonné.e.s Digital Premium Vous avez déjà un compte Digital Premium ? Je me connecte >> Vous souhaitez vous abonner ? Paiement CB sécurisé, mensuel ou annuel. Abonnement résiliable à tout moment. Je m'abonne >> Testez...

LIRE LA SUITE

Publicité