Interview / Marc Beggiora : « La CCI Savoie va déménager à Technolac »

par | 28 Jan 2022

Élu Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Savoie, Marc Beggiora annonce le transfert de l’établissement et détaille ses ambitions pour le mandat. Interview.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Le 3 décembre 1979, j’ai été embauché en tant qu’expert-comptable par Pierre Magnin, qui était à la tête d’un cabinet comptable savoyard. C’était celui qui m’offrait la meilleure rémunération et, en plus, le cabinet se trouvait non loin de chez mes parents, à Saint-Alban-Leysse ! Voilà comment cela s’est passé et, au final, je n’ai connu qu’une seule entreprise.

Pas tout à fait : vous êtes rentré dans le cabinet Magnin mais vous avez terminé à la tête du groupe MG…

La CCI Savoie va quitter ses locaux historiques de la rue Salteur.

C’est vrai. Pierre Magnin est un “terrien”, très tourné vers l’humain. Avant d’être expert-comptable, il était comptable agréé. Je suis tombé sur un “personnage” exemplaire. Il a été mon “papa” professionnel et m’a donné ma chance : il faut toujours quelqu’un qui vous donne envie. En l’an 2000, il m’a donné les commandes de ce qui s’appelait encore Magnin-Gecors et qui est devenu ensuite le groupe MG. J’ai été le président-fondateur de cette nouvelle entité jusqu’au 20 février 2020.

Mais, depuis, vous restez actif. Qu’est-ce qui vous anime ?

Effectivement, je suis un “retraité actif”, comme on dit. Je demeure intéressé par tout ce qui touche l’économie et je reste donc chef d’entreprise avec mes “petites” sociétés de consulting. J’essaie d’aider des entrepreneurs à faire ce que j’ai réussi dans ma vie professionnelle : faire grandir leur entreprise, en embauchant beaucoup de monde et en conservant les talents. Je fais du
coaching de direction générale, du conseil et de l’assistance aux entreprises. Et malgré un Bac+8, j’aime à dire que je suis toujours un apprenti, car j’apprends tous les jours.

Quel regard portez-vous sur la conjoncture économique de ce début d’année ?

La Savoie a beaucoup souffert de la crise sanitaire. C’est l’un des départements français les plus impactés. Pourtant, aujourd’hui, j’ai le sentiment que les affaires pourraient être bonnes, mais tout le monde freine son développement. Dans les stations de ski, faute de personnels, des remontées mécaniques ne sont pas ouvertes. Dans les TP et le BTP, les commandes publiques sont à zéro, les permis de construire sont tombés très bas. Et il y a le problème des fournitures et des matières premières, qui touche aussi l’industrie.

Vous avez été élu, fin 2021, président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de la Savoie. Pourquoi cet engagement ?

Début 2021, j’ai été approché à la fois par des connaissances de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) et du Medef (Mouvement des entreprises de France). À ce moment-là, on ne savait pas encore qu’il y aurait une liste unique. Par la suite, les responsables départementaux de ces deux organisations, qui souhaitaient présenter une liste commune, ont confirmé que j’avais le profil à leurs yeux pour devenir président de la CCI, où j’étais déjà élu depuis deux mandats [ndlr : entre 2016 et 2021, il était président de la commission des services et du centre de formalités des entreprises]. J’ai pris le temps d’y réfléchir et d’échanger avec mon épouse, et j’ai fini par accepter de relever le défi d’être tête de liste. Après avoir été à la présidence d’un des plus gros cabinets comptables de France (20e par le chiffre d’affaires, sur environ 20 000), c’est un honneur pour moi d’être président des entreprises de Savoie.

Le nouveau bureau de la CCI 73 compte une seule vice-présidente (sur quatre vice-présidents) et seulement deux femmes sur neuf membres au total. C’est peu, non ?

C’est encore peu, oui. Mais sur 30 membres élus, les femmes sont au nombre de 12, ce qui est au-delà des seuils réglementaires et plus que dans la mandature précédente (10 sur 38 élus). C’était un souhait, pour cette nouvelle mandature, de rajeunir et de féminiser davantage. Mais il n’est pas simple de trouver des personnes prêtes à s’engager. Nous avons constitué la liste la plus représentative possible des 34350 ressortissants du département.

Les CCI ont-elles encore une légitimité ?

Le sujet est récurrent : À quoi servent les CCI ? En 2021, la CCI a accompagné 4 200 entreprises (contre près de 5 000 en 2020), auxquelles il faut ajouter les 563 sociétés accompagnées dans le cadre du plan France Relance. Il y a donc un réel besoin. Même si toutes les entreprises ne le ressentent pas de la même manière. Et ce n’est pas une question de taille ou de secteur d’activité : certaines PME ont l’habitude de se débrouiller toutes seules quand, à l’inverse, certains groupes de dimension internationale, dont on pourrait penser qu’ils sont mieux équipés en interne, recourent à nos services. Notre job, c’est de travailler sur l’entrepreneuriat, la transition écologique, la transition numérique, le développement économique, y compris à l’export (et, à ce titre, la Team France Export, dont font partie les CCI, est vraiment un outil extraordinaire !). Nous avons aussi un rôle de liaison avec les collectivités locales, à qui nous proposons également nos services [ndlr : études, conseil en matière d’aménagement…]. Alors, oui, plus que jamais les CCI sont légitimes pour accompagner et représenter les entreprises.

Quels sont les grands projets pour la mandature ?

L’un des nos plus importants chantiers va être le déménagement de la chambre consulaire : nous allons quitter le centre-ville de Chambéry et nous installer sur le technopôle de Savoie Technolac, dans un bâtiment que la CCI avait fait construire pour l’école supérieure de commerce [ndlr : reprise en 2012 par le groupe Inseec, qui l’a ensuite transférée dans un autre bâtiment]. Fin 2022, la chambre sera dans un bâtiment hyper moderne, avec des salles de formation, des places de parking extérieures, des bornes pour recharger les voitures électriques…. C’est important de donner une nouvelle image de la CCI Savoie… Et cela résonne sans doute aussi avec mon côté bâtisseur ! [ndlr : il avait fait construire un nouveau siège, inauguré fin 2019, pour le groupe MG.]

« Le job d’un représentant, quel que soit l’organisme, c’est de faire grandir les autres. Ce qui m’importe, c’est l’équité »

Marc Beggiora

Et sur les orientations stratégiques ?

Nous sommes la seule CCI d’AuvergneRhône-Alpes à être certifiée à la fois Iso 9001 (Qualité), Iso 14001 (environnement) et Iso 45001 (sécurité). Au passage, merci à mes prédécesseurs ! Plus qu’une mention sur un document, c’est un gage de qualité et un atout pour valoriser nos compétences. Nous en avons besoin car les CCI doivent faire face, depuis plusieurs années, à une réduction de leurs ressources fiscales. Ces ressources représentent encore, pour la CCI Savoie, 63% de nos 5,7 millions d’euros de budget global. Pour faire face à cette baisse nous devons être toujours plus efficaces et optimiser nos moyens.

Cela veut dire davantage de mutualisation avec les CCI de la Haute-Savoie et de l’Ain ?

Tout ne doit pas être mutualisé. Mais, en matière de formation, par exemple, nous travaillons main dans la main avec ces deux chambres et nous réfléchissons à un centre commun. Derrière l’Éducation nationale, les CCI sont le deuxième réseau français de formation. En Savoie, nous voulons relancer cette activité – mais de manière ciblée – et nous venons de recruter une personne dans cet objectif. La formation est un sujet essentiel pour permettre aux entreprises de trouver leurs futurs collaborateurs. Pour faire face aux évolutions, nous allons travailler sur la formation continue, nous fédérer au plan national afin de rendre obligatoire l’apprentissage, développer l’accompagnement des entreprises… Avec Savoie Initiative, on participe beaucoup à la création, à la transmission : les journées créateurs, les salons, etc. On peut utiliser notre réseau, c’est très important. Nous devons avoir un esprit d’équipe afin d’être le plus efficaces possible.

Et, selon vous, c’est ce qui permettrait de faire face à la pénurie de main d’œuvre dont se plaignent les entreprises ?

En Savoie, 30 000 emplois sont à pourvoir. Aujourd’hui, je ne connais pas une entreprise qui n’ait pas de problème de recrutement. Quand vous évoquez le sujet autour de vous, vous constatez que la carrière personnelle est devenue plus importante que la carrière professionnelle. L’impact salaire est important dans le choix mais, aujourd’hui, il n’y a plus d’évolution sociale avec le travail. Si vous n’êtes pas diplômé, vous n’êtes pas considéré. Ce qui est un non-sens, car pour moi le travail mérite d’être apprécié. Je dis toujours que le travail, c’est la seule émancipation que l’on a dans la vie lorsque l’on n’est pas né avec une cuillère dorée dans la bouche.

Vous prônez une meilleure reconnaissance de la valeur travail ?

Oui. D’ailleurs, à titre personnel je suis devenu chef d’entreprise par mon travail, non par formation. Il faudrait que l’on puisse faire une carrière avec des compétences. Lorsque j’étais dans l’expertise-comptable, j’ai connu des personnes qui sont pratiquement allées au diplôme d’expert-comptable par le travail et non par l’enseignement. En voulant formater tout le monde au même niveau, l’ascenseur social n’existe plus. On a voulu faire les 35 heures et on a oublié la valeur du temps effective. Ce n’est pas en travaillant moins que l’on va pouvoir“acheter”ses rêves. Je suis convaincu que pour donner envie aux gens d’aller travailler, il faut qu’il y ait une différence importante entre le travail et l’assistanat.


Propos recueillis par Carole Muet

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