Même si elles ont soulagé les nappes phréatiques et réduit les besoins en arrosage, les fortes pluies des derniers jours ne bouleversent pas la donne. La sécheresse reste d’actualité et prive 120 communes françaises d’eau potable. Dans son bulletin du 24 juillet, Eaufrance, le service public de l’eau, annonce 70 départements concernés par des restrictions d’usage de l’eau et 16 ayant mis en œuvre des mesures de crise.
En Haute-Savoie, le niveau des débits des cours d’eau et des nappes phréatiques continue de reculer, plus ou moins fortement selon les secteurs. L’humidité des sols se dégrade aussi, avec un déficit compris entre 20 et 40 % par rapport à la normale. Dans ce contexte, les niveaux d’alerte, et les restrictions qui les accompagnent, sont au mieux conservés, au pire renforcés.
Même constat en Savoie, où l’état de vigilance est maintenu, à l’exception des bassins-versants du lac du Bourget et de la Combe de Savoie, où les tensions se sont accrues. Face à une baisse des ressources, les prélèvements directs sont interdits pour des usages domestiques. L’arrosage et l’irrigation agricoles sont bannis à certaines heures de la journée ainsi que le lavage des véhicules et le remplissage complet des piscines privées à usage familial. Proscrit encore, le nettoyage des surfaces imperméabilisées, sauf raisons sanitaires ou de sécurité.
Le même état de lieux est dressé chaque été depuis cinq ans, avec un triste record atteint en 2022, où le manque de pluie et les températures élevées ont conduit à la sécheresse la plus sévère depuis au moins un demi-siècle en Europe et en France. Malgré un bon remplissage des nappes et des ruisseaux à la fin de l’hiver 2021-2022, plus de 1 200 cours d’eau étaient totalement asséchés. Des dispositifs exceptionnels comme l’acheminement par camion ou la distribution de bouteilles d’eau aux habitants ont dû être mis en place dans un millier de communes. La sécheresse s’était traduite, en France, par des mesures de restriction dans 93 départements, une baisse de 10 à 30 % des rendements agricoles (selon les filières) et un recul de 20 % de la production d’énergie hydraulique.
L’instauration d’outils permettant d’évaluer l’impact de la sécheresse sur la fourniture d’eau potable, les milieux naturels et les activités économiques est l’une des recommandations du rapport ministériel publié au printemps dernier pour mieux gérer le phénomène. La lecture de ce rapport est instructive. On y apprend par exemple que, pour 2022, le risque a été sous-évalué malgré des projections et modélisations plutôt bonnes.
Le recueil et le partage des données se heurtent à une insuffisance de moyens humains et à des lacunes techniques, le suivi de la sécheresse reposant paradoxalement sur des outils destinés aux inondations. Difficile d’effectuer des relevés quand le niveau de l’eau n’atteint pas celui de l’échelle de crue !
Il est encore demandé que les arrêtés de restrictions pris par les préfets (plus de 600 en 2022) soient rédigés de manière lisible, compréhensible et qu’ils soient contrôlables. Compte tenu de l’ampleur des restrictions imposées en 2022, une campagne massive de vérification à visée pédagogique avait été engagée sur le territoire national. Les 13 000 contrôles réalisés ont permis de détecter 13 % de situations non conformes. Mais le taux de sanctions effectivement prononcées a été tout aussi faible que le montant des amendes.
Autant dire que la marge de progrès est grande pour mieux gérer une ressource ô combien précieuse. Selon l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, si la demande reste stable, 2 milliards de mètres cubes d’eau manqueront d’ici 2050.







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