Véritable prouesse technologique, le téléphérique de l’Aiguille du Midi, à Chamonix, propulse, depuis 1955, des touristes et alpinistes du monde entier au coeur de la haute montagne.
« Nous avons su trouver le bon équilibre en conservant l’âme de ce site mythique, porte d’entrée de la haute montagne, et en élevant le niveau de l’accueil touristique pour répondre aux exigences d’une clientèle mondiale », se félicite Mathieu Dechavanne, PDG de la Compagnie du Mont-Blanc (CMB), qui avait convié, le 13 juin, quelque 400 invités pour célébrer les 70 ans du téléphérique de l’Aiguille-du-Midi.
L’opportunité aussi de rappeler la prouesse d’ingénierie de ce téléporté – le plus haut téléphérique du monde, à l’époque, à 3 777 m d’altitude – et d’honorer la mémoire des hommes et des femmes qui ont participé à sa construction et à son histoire.

Le projet d’un visionnaire

C’est en 1951 que Dino Lora Totino, industriel et ingénieur piémontais, concrétise le projet fou de relier Chamonix à Courmayeur, la France à l’Italie, par les cimes. Après avoir construit un téléphérique entre Courmayeur (Entrèves) et la pointe Helbronner en 1947, il s’attelle à raccorder Chamonix à l’aiguille du Midi (3 842 m d’altitude), avec l’objectif double de rendre la haute montagne accessible au grand public et d’ouvrir un accès rapide aux alpinistes.
Pour la petite histoire, un « téléférique des Glaciers » avait vu le jour pour les JO de 1924 (deux premiers tronçons jusqu’à 2 317 m), après que la commune de Chamonix eut obtenu une première concession en 1909. En 1951, l’équipement, qui présente de graves défauts structurels, sera abandonné. Les travaux, financés par l’industriel italien avec le soutien du conseiller général Philippe-Edmond Désailloud, dureront quatre ans pour s’achever en juin 1955. Plus d’une centaine d’ouvriers, surnommés les « araignées du ciel », travailleront à ce chantier titanesque.
Rappelons également que c’est suite à l’ouverture du téléphérique (permettant d’économiser ainsi des heures de marche et de ski pour accéder au secteur du Tacul) que le célèbre alpiniste annécien et guide Louis Lachenal trouva la mort le 25 novembre 1955, tombé à skis dans une crevasse en haut de la Vallée blanche, au pied de ce qu’on appellera plus tard la Pointe Lachenal.
Dino Lora Totino vendra la Compagnie du téléphérique de l’Aiguille-du-Midi (CTAM) en 1972. Dans les décennies qui suivront, plusieurs aménagements viseront à moderniser le site. À commencer par la réhabilitation de la gare d’arrivée et l’ouverture, en 1966, d’un ascenseur creusé dans le granit du sommet central pour accéder à la terrasse sommitale, à 3 842 m. S’ensuivra, en 1991, la rénovation complète du téléphérique (un seul câble tracteur au lieu de trois).
En 2005, l’appareil, qui compte trois pylônes sur 2 747 m de dénivelée, transporte 600 passagers par heure. D’importants investissements seront réalisés entre 2010 et 2023 par la Compagnie du Mont-Blanc, qui gère la totalité des remontées mécaniques dans la vallée de Chamonix : rénovation du bâtiment sommital et des restaurants, création (en 2013) du “Pas dans le vide” et du Tube (galerie d’acier de 32 m de long avec fenêtres panoramiques) pour faire le tour du piton central (16 M€ au total), scénographie, changement des cabines…

Aujourd’hui, l’aiguille du Midi, avec son panorama grandiose sur le massif du Mont-Blanc, est un haut lieu touristique en France (le premier en Auvergne-Rhône-Alpes) et en Europe. En 2024, sa fréquentation a atteint un record : 640 000 personnes (contre 100 000 la première année d’exploitation), dont 90 % de contemplatifs et 10 % d’alpinistes en provenance du monde entier (70 % d’étrangers). Dorénavant, un système de réservation obligatoire des cabines, mis en place post-covid, permet de lisser les flux et de limiter les files d’attente afin d’offrir une meilleure expérience aux passagers.
« Les pics à 5 800 visiteurs par jour, c’est fini. Aujourd’hui, nous enregistrons jusqu’à 5 000 passages journaliers maximum et 1 200 les jours de faible affluence au lieu de 800 auparavant », explique Mathieu Dechavanne, qui affiche un chiffre d’affaires 2023-2024 qui culmine à 27 M€ (soit 18 % du CA total de la CMB, qui s’établit à 150 M€) et une excellente rentabilité, avec 95 salariés en été.
» Mais c’est sans compter les effets du réchauffement climatique. « L’exploitation du site (onze mois sur douze) devient de plus en plus compliquée, avec davantage de tempêtes, de givre… », reconnaît le dirigeant. La délégation de service public arrivant à son terme en 2028, la CMB s’est engagée à des investissements conséquents et à d’autres, plus courants, qui porteront sur l’entretien des bâtiments et le renouvellement des câbles.
Patricia Rey
Photo de Thibault Lam Tran sur Unsplash









0 commentaires