Alors que la demande ne cesse de croître, l’Union Sociale pour l’Habitat s’inquiète de la baisse continue du taux de rotation dans le département.
Avec un taux de rotation d’à peine 5 % pour ses logements locatifs sociaux (7,4 % en Savoie, 8 % en Auvergne-Rhône-Alpes, 10 % dans les régions où le marché de l’habitat ne subit pas de tension), la Haute-Savoie connaît une situation comparable à la région parisienne.
« La crise du logement est aussi devenue celle de la mobilité résidentielle. Lorsque les ménages sont captifs et ne peuvent plus évoluer dans leur parcours, c’est l’ensemble du système qui se bloque », regrette Pierre-Yves Antras, le président de l’Union sociale pour l’habitat de Haute-Savoie (USH 74).
Un parc engorgé
Lors de son assemblée générale annuelle, le 30 juin, l’association qui fédère les bailleurs sociaux a tiré la sonnette d’alarme. S’il a toujours été très bas en Haute-Savoie, le taux de rotation qui était de 7,3 % en 2021-2022 s’est encore réduit ces dernières années et ne dépasse pas les 3,5 % sur des agglomérations comme Annemasse et Annecy, où la situation est très tendue.
« Faute d’alternatives adaptées à leurs ressources (accession ou location dans le marché privé), de nombreux locataires restent dans leur logement plus longtemps, réduisant d’autant les possibilités d’accueil pour les nouveaux demandeurs », observe Aude Poinsignon, chargée de projets à l’USH 74.
Ce ralentissement de la mobilité résidentielle intervient alors que la demande atteint un niveau inédit. Fin 2025, près de 39 000 demandeurs (dont 30 % sont déjà locataires du parc social mais attendent une mutation) étaient recensés dans le département, soit 3 000 de plus qu’un an auparavant.
« En une décennie, la demande a doublé », note Pierre-Yves Antras en rappelant que les difficultés d’accès au logement concernent une part croissante de la population puisque 58 % des demandeurs de logement social en Haute-Savoie occupent un emploi.
Selon l’USH 74, la relance des parcours résidentiels passe par des mesures comme le développement de l’accession sociale à la propriété ou la bourse d’échange facilitant la mobilité géographique et/ou l’adaptation du logement à la situation familiale. Depuis sa création en 2014, cette bourse a permis à 869 locataires d’échanger leur logement, mais les volumes ont diminué de 6 % en 2025, à l’image de la baisse de la mobilité constatée dans le parc social.

19 bailleurs, 200 M€ investis
Avec l’intégration, en 2025, de Batigère et Vilogia, l’Union sociale de l’habitat de Haute-Savoie fédère désormais 19 bailleurs actifs sur le département. Elle représente 800 salariés et un parc de 57 000 locatifs sociaux accueillant 140 000 personnes. En 2025, 4 603 attributions ont été effectuées et 1 764 nouveaux logements ont été mis en service par les bailleurs adhérents. Plus de 150 ménages ont pu accéder à la propriété via un bailleur social.
« Le montant des investissements annuels des membres de l’USH74 dépasse les 200 M€ », précise Aude Poinsignon (photo). Cet effort permet un bon état du parc qui affiche, à 57 %, une étiquette énergétique A, B ou C. À noter encore : le différentiel de loyer pour un appartement de 63 m² s’élève à 620 € par mois entre le parc social et le marché privé.

Sophie Boutrelle
Photos : Sophie Boutrelle








0 commentaires