Rythmes scolaires : de nouvelles règles

par | 4 Sep 2017

Les écoles primaires connaîtront cette année des régimes variés du fait des dérogations possibles à la semaine de 4 jours et demi. Tour d’horizon des politiques mises en place en Pays de Savoie.

Environ 30 % des écoles reviennent à la rentrée à la semaine de quatre jours, abandonnant le rythme des quatre jours et demi, instauré en 2013 dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. Précisée dans un décret publié le 28 juin dernier au Bulletin officiel, la procédure vise à donner « davantage de souplesse aux acteurs de terrain afin de répondre le mieux possible aux singularités de chaque contexte local », précise l’Éducation nationale.

Globalement, les villes ont plutôt choisi de conserver l’organisation sur 5 jours tandis que les communes rurales ont plus volontiers demandé une dérogation. Une bonne centaine de communes repassent aux 4 jours en Savoie et abandonnent donc les 3 heures hebdomadaires consacrées aux temps d’activités périscolaires (TAP).

C’est le cas, par exemple, d’Entrelacs où 78 % des parents et 70 % des enseignants interrogés lors d’une enquête (80 % de participation) souhaitaient la fin de l’expérimentation. « Les TAP que nous proposions autour de multiples thématiques comme le jardinage, le foot, le judo étaient de qualité et très appréciés des familles. Mais les enfants qui devaient se lever cinq matins de suite étaient fatigués », analyse son maire Bernard Marin. La commune, qui demandait une participation aux familles en fonction du quotient familial, consacrait environ 120 000 euros par an aux TAP pour un effectif de 600 enfants.

Des situations disparates

Même analyse à Montmélian où les écoles reviennent à un rythme de 4 jours. L’organisation mise en place autour d’un comité de pilotage associant parents, enseignants et élus avait permis de proposer un grand nombre d’activités (sports, langue, cuisine, musique…). Gratuit pour les familles qui devaient s’inscrire au trimestre, le dispositif était plébiscité à plus de 90 %.

« Nous avons eu beaucoup de plaisir à instaurer ces ateliers péri-éducatifs, aussi variés qu’intéressants, avec l’appui de nos différents services (école de musique, médiathèque, espaces verts…). Mais la quasi-totalité des enseignants et 80 % des parents ont souhaité revenir à un rythme de 4 jours, moins fatiguant pour les enfants », souligne Béatrice Santais, le maire de la commune.

La collectivité prévoit de transférer une partie du budget qui était alloué aux TAP (100 000 euros, avec 20 000 euros d’aides de l’État) à la poursuite de disciplines comme la musique à l’école. « Dans le cadre de l’élaboration de notre plan local d’urbanisme, nous avions organisé un atelier d’urbanisme et travaillé avec les enfants sur la manière dont ils envisageaient leur ville dans le futur. Au-delà des apprentissages fondamentaux, aborder des sujets comme celui-ci permettait d’ouvrir l’esprit de chacun », poursuit Béatrice Santais.

Albertville a également décidé de suivre les avis rendus dans les conseils d’école pour revenir à la semaine de quatre jours. « Parents et enseignants ont jugé que les enfants étaient trop fatigués. Beaucoup avaient d’ailleurs stoppé les pratiques en milieu associatif », estime Valérie Rougeron, adjointe au maire chargée des affaires scolaires. Certaines activités ludiques vont tout de même être conservées pour être transférées sur la garderie du soir tandis qu’une partie des postes contractuels supprimés sera déplacée sur l’accueil de loisir.

Statu Quo

À l’inverse, le dispositif en place se maintient dans une grande majorité des écoles comme à La Ravoire où la commune avait fortement investi dans les TAP. Animés par des professionnels diplômés, les ateliers gratuits pour les familles enregistrent une forte participation et vont continuer de s’étoffer. Pour sa part, La Motte-Servolex a décidé de maintenir la semaine de cinq jours et de prendre une année de réflexion. « Le décret autorisant les demandes de dérogation a été publié le 28 juin, alors que nous avions déjà travaillé sur les activités déployées de septembre à octobre, souligne son maire Luc Berthoud. Nous allons discuter avec les enseignants, les parents, les associations avant d’arrêter une décision, sans céder à la précipitation ».

Une quarantaine de propositions, dont l’escrime, sont faites à La Ravoire dans le cadre des temps d’activités périscolaires.

89 communes de haute-savoie reviennent aux 4 jours

Jugés inadaptés, les temps d’activité périscolaires (TAP) sont abandonnés dans environ un tiers des collectivités. «Faite dans la précipitation, cette réforme était mal adaptée à la réalité de nos communes et a suscité beaucoup de mécontentement. Le retour à 4 jours a fait l’unanimité tant chez les familles que les enseignants. » Bernard Saillant, le vice-président chargé des affaires scolaires à la communauté de communes du pays de Cruseilles résume là le sentiment des 89 communes de Haute-Savoie qui abandonnent la semaine de 5 jours.

« La plus grande des difficultés était de trouver des intervenants s’engageant à venir à l’année pour des activités d’une durée de 45 minutes. Avec de très jeunes enfants, ce temps était par ailleurs trop court pour travailler de manière intéressante. Au bout de trois ans, se renouveler devenait également compliqué », renchérit Évelyne Viguier, la vice-présidente de la communauté de communes de la vallée verte qui gérait les TAP pour les écoles maternelles du secteur.

La collectivité avait augmenté le temps de travail des agents territoriaux des écoles maternelles (Atsems) de manière à ce qu’ils puissent assurer, sur le terrain, la coordination des activités et faire le lien avec les enfants dans la classe. Elle va désormais réfléchir à une nouvelle organisation. « Les Atsems ont fait un travail extraordinaire, il n’est pas question de réduire brutalement les temps de travail des personnes qui ne le souhaitent pas, poursuit Évelyne Viguier. Nous allons discuter et trouver en douceur des solutions. »

Pour Denise Rasera, adjointe au maire chargée de l’éducation et de la restauration scolaire à Sallanches, la mise en place des TAP avait fortement compliqué une organisation qui fonctionnait bien auparavant autour de la garderie et de l’espace éducatif de loisirs (EEL). « Ils avaient également conduit à une baisse du sport à l’école dans le cadre de l’Usep et de la fréquentation des stations de ski le mercredi », ajoute l’élue. L’information diffusée aux familles a déjà conduit à une hausse des inscriptions à l’EEL qui propose, depuis 2003, de multiples activités avec l’appui des services municipaux et du milieu associatif. Ce développement des effectifs va, du coup, conduire à l’embauche de nouveaux animateurs.

Les parents d’élèves inquiets en Savoie

De son côté, Anne-Marie Poncet, la présidente de la fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP) en Savoie s’inquiète de la baisse du nombre d’emplois aidés annoncée par le gouvernement : « ces emplois permettent notamment à des enfants en situation de handicap d’être scolarisés en milieu ordinaire, explique-t-elle. Nous allons faire le maximum pour chercher des solutions lorsque ce sera nécessaire mais la rentrée s’annonce très confuse. » Le système d’admission post bac (APB) est également dans la ligne de la mire de la PEEP : « Des bacheliers qui ont décroché leur diplôme avec mention se retrouvent sans formation pour la rentrée. Le problème touche également des étudiants en licence plutôt brillants qui ne parviennent pas à décrocher une place en master. »

Effectifs en hausse en Haute-Savoie

En Haute-Savoie, 154 945 élèves devraient être accueillis à la rentrée. Cet effectif prévisionnel se répartit entre premier degré (85 678), second degré (66 711) et post bac (2 556). La tendance générale est orientée à la hausse avec 1 608 élèves supplémentaires (1 184 dans le public, 424 dans le privé). « Sur le plan local, la rentrée se déroule dans de bonnes conditions, avec un nombre de postes suffisant pour répondre à la croissance démographique. Nous procéderons aux ajustements nécessaires après les comptages réalisés les premiers jours », souligne Christophe Dasseux, inspecteur adjoint à l’inspecteur d’académie. Le retour annoncé des classes bilangues devrait se faire progressivement avec l’élaboration d’une carte linguistique cohérente à l’échelle du territoire.


Par Sophie Boutrelle

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