Savoie : un budget 2021 contracyclique, malgré tout

par | 18 Déc 2020

La Savoie vote un budget primitif 2021 à 593 millions d’euros, en hausse de 3,5 % sur 2019. La Savoie recourt à l’emprunt pour soutenir l’économie à un moment où ses recettes faiblissent et ses dépenses augmentent.

Au plan comptable, un budget se divise en deux sections : de fonctionnement, d’investissement. Pour décrire le budget primitif 2021, le président du conseil départemental de Savoie Hervé Gaymard sépare la première en deux. « Le fonctionnement pur, c’est-à-dire les moyens de la collectivité, dont les salaires, est contenu. Mais les dépenses sociales sont en forte hausse du fait de la crise ». De fait, elles passent de 207 à 221 millions (sur 593 en tout, rappelons-le), soit une hausse de 6,86 % imputable pour partie à la forte progression de l’enveloppe du RSA, qui passe de 38 à 44 millions, soit un bond de 14,8 % bien supérieur à celle de la moyenne des départements français (+6,5 %), tandis que l’enveloppe réservée aux chômeurs de longue durée grossit de 9,9 %. « Le nombre des bénéficiaires du RSA a augmenté de 14 % entre juin et novembre », soupire la vice-présidente Christiane Brunet, tandis que l’enveloppe attribuée à l’enfance-jeunesse grandit de 5 %.

Plus de dépenses, moins de recettes

Cette inflation des dépenses sociales est le premier effet de la crise sanitaire. Mais voilà, il se combine à un second : la diminution des recettes. « En Savoie, tout est plus ou moins lié au tourisme », explique le vice-président aux finances Michel Bouvard. Le produit prévisible des droits de mutation 2021 (dont la moitié est indexé à l’activité en montagne) est prudemment ramenée à 110 millions, contre 115 en 2020 et… 143 constatés en 2019. De même, il manque 2,6 millions dans les recettes attendues des taxes de séjour et sur les remontées mécaniques. Quant à la CVAE, elle est également en baisse de 2,5 millions, et la taxe d’aménagement devrait aussi fondre de 3 millions, tandis qu’il faut s’attendre à un manque à gagner sur les recettes domaniales, les régies départementales de la société des trois vallées et de Valmeinier n’étant pas en situation de verser des dividendes, ni pour 2020 ni sans doute pour 2021…

Et avec ça, soupire Hervé Gaymard, la collectivité ne votera plus aucun taux cette année, avec le transfert de la taxe sur le foncier bâti aux communes. Certes, les 96 millions qu’elle rapportait sont compensés par une fraction de la TVA, mais « nous perdons le dynamisme de l’assiette », regrette le président. 96 millions aujourd’hui, autant l’an prochain, et les années suivantes…

Investir quand même

Pour résumer, moins de recettes et plus de dépenses : un budget très impacté par la crise, « procyclique », résume Michel Bouvard. La collectivité ne s’y résout pourtant pas et vote une section d’investissement en hausse de 10 % (hors enveloppe hors-norme des travaux des gorges de l’Arly) à 152 millions. « Il nous fallait tenir un rôle contracyclique, participer à la relance de l’économie », assume le président. Le budget des routes progresse donc de 8 % à 55,5 millions (dont 3,5 pour les aménagements cyclables), celui de l’aménagement du territoire de 9 %, celui du tourisme de 3 %, tandis que l’enveloppe des collèges est à 17 millions, celui de la politique culturelle et patrimoniale à 9 millions…

Augmenter l’investissement quand l’argent rentre moins bien ? C’est possible parce que les fondamentaux financiers sont bons. « Nous avons remboursé 45 millions par anticipation sur trois ans », rappelle Michel Bouvard. Ce qui nous donne un ratio de désendettement (le temps théorique qu’il faudrait pour rembourser toute la dette) de 1,3 année lorsque la moyenne est 6,2 pour les départements français. Fitch rating attribue un triple A à la capacité d’endettement de la Savoie. « La qualité de notre signature nous a permis d’emprunter à taux négatif », se félicite le vice-président aux finances. Pas de beaucoup : de – 0,01 % sur sept ans. L’emprunt, il a été nécessaire pour équilibrer le budget. Le département se laisse la possibilité d’aller chercher 77 millions l’an prochain.

Hervé Gaymard et Michel Bouvard le savent bien : la structure actuelle du budget départemental ne permettra qu’un an ou deux d’assumer cette volonté interventionniste. Dommage, parce que d’autres défis, environnementaux par exemple, requièrent des fonds publics. La collectivité revendique « plusieurs dizaines de millions d’euros de crédit » en matière d’environnement et de développement durable dans des secteurs très divers (électrification progressive du parc de véhicules, déploiement de panneaux photovoltaïques, travaux d’isolation, remplacement des chaudières au fioul… des actions dont l’impact est bien réel : l’impact carbone est divisé par trois pour tous les collèges et bâtiments en cours de rénovation.

Le budget primitif était jusqu’à présent voté au cours du premier trimestre en Savoie (alors qu’il l’est toujours en décembre en Haute-Savoie), en même temps que le compte administratif (le bilan comptable de l’année précédente, en quelque sorte), ce qui permettait un document assez proche de la réalité. Des exigences de certification l’amènent à voter le document dès le mois de décembre. « Il nous faudra donc un budget modificatif plus important pour rectifier le tir », constate Hervé Gaymard. Pour 2021, ce n’est peut-être pas si mal : qui sait comment se déroulera l’année ?

Légende photo : Pour respecter les règles de distanciation, la séance du conseil départemental s’est déroulée dans la salle des Pervenches, à la Motte-Servolex.

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