Société à mission : un modèle en devenir

par | 20 Mai 2022

Au-delà de la RSE, la qualité de Société à mission permet aux entreprises de s’engager volontairement sur des enjeux forts, sociaux et environnementaux, pour tendre vers une stratégie à impact.

Deux ans après la loi Pacte, qui a introduit le statut de société à mission, elles étaient déjà 505 entreprises françaises à avoir franchi le pas en 2021 – et 619 à ce jour –, selon le 5e baromètre de l’observatoire de la Communauté des entreprises à mission (CEM), publié en mars dernier.

Leur nombre a plus que doublé en un an, bondissant de 207 à 505. Plutôt révélateur d’un certain état d’esprit, et preuve aussi que les mentalités changent : 2 % seulement sont des grands groupes… et 50 % des microentreprises, le reste étant des PME et ETI (79 % ont moins de 50 salariés). Soit 530 000 salariés concernés dans l’Hexagone.

Si l’Île-de-France, sans surprise, concentre 51 % des sociétés à mission (256 au total), les régions se montrent particulièrement actives, avec en tête Auvergne-Rhône-Alpes, où le nombre a triplé en un an pour s’établir à 43, fin 2021. Un développement solide, si l’on en croit la CEM, quand d’autres parlent encore d’épiphénomène.

Raison d’être et objectifs stratégiques

Mais qu’entend-on réellement par société à mission ? Cette transformation de l’entreprise vers un modèle plus exigeant et participatif, qui dépasse la responsabilité sociétale, concilie performance économique et enjeux socio-environnementaux pour tendre vers une stratégie à impact. L’obtention du statut (ou qualité) peut prendre six à dix-huit mois, le temps moyen nécessaire à une entreprise pour formaliser sa mission. Elle doit inscrire, noir sur blanc, dans ses statuts sa raison d’être et ses objectifs (art. 1835 du Code civil, déposés au greffe du tribunal de commerce) et constituer un comité de mission.

« Ce qui est, en soi, un véritable engagement », fait remarquer Bruno Lhoste, président d’Inddigo (11 agences, 300 salariés, CA 2022 : 27 M€), cabinet savoyard de conseil et d’ingénierie en développement durable, pour qui devenir société à mission était une évidence. Un choix que d’autres ont fait aussi, comme le Crédit Mutuel, Greenweez, MyAum, La Foncière du Nivolet, Livraisons Écoresponsables Annecy, Circoval Habitat…, au total, une quinzaine d’entreprises en Pays de Savoie et dans l’Ain.

« Définir notre raison d’être et nos missions nous a pris du temps. Nous nous sommes posé beaucoup de questions identitaires en y associant nos salariés », assure David Merle, cofondateur et dirigeant, avec Jean Moueix, de Bonneval Émergence, qui exploite l’eau de Bonneval, en Savoie, et la commercialise. Un chantier que les deux associés avaient lancé deux ans avant le lancement même de la marque, convaincus « qu’il fallait évoluer vers une conscience au-delà de la protection de l’environnement » et « tendre vers une exemplarité en alignement avec nos valeurs ». Avec, pour y parvenir, un plan de 170 actions à réaliser sur dix ans.

Repenser la gouvernance

Quant à Inddigo qui se veut un « accélérateur de la transition par des solutions et expertises innovantes pour habiter durablement les territoires », il s’est fixé huit engagements à forte connotation environnementale, dont certains visent la décarbonation des usages, l’économie circulaire et de ressources et la préservation de la biodiversité. Dans son comité de mission, où siège un représentant des salariés (une obligation), figurent aussi des experts (comme le directeur “environnement” du CSTB) « qui nous challengent en permanence et nous font avancer », souligne Bruno Lhotse.

Car tous les dirigeants s’accordent à dire qu’être une société à mission implique de repenser sa gouvernance, dont elle devient un élément essentiel. Adopter ce statut aurait, d’ailleurs, des effets immédiats. Elle renforce la culture d’entreprise et mobilise tout un écosystème (collaborateurs, clients, fournisseurs, actionnaires…). « Ce statut nous donne plus de force et insuffle une vraie dynamique dans toute l’entreprise », confirme le président d’Inddigo. Il a aussi un effet booster sur la marque employeur, lui conférant plus de crédibilité, à une période où les entreprises sont en quête de nouveaux talents.

Ainsi Explora Project – première agence de voyage française à mission, qui prône un modèle de voyages d’aventure à impact positif pour l’homme et l’environnement – est composée de passionnés d’outdoor qui s’engagent pour la planète. « Aujourd’hui, cet engagement fort séduit les jeunes générations, qui veulent trouver un travail qui a du sens et corresponde à leurs valeurs. C’est un vrai atout de recrutement », atteste Alix Gauthier, cofondatrice et responsable des opérations d’Explora Project (22 collaborateurs), qui vient d’ouvrir sept postes.

Reste que les sociétés à mission n’ont pas de cadre de déclinaison opérationnelle de leurs objectifs imposé par la loi. Elles devront impérativement se structurer, notamment les plus petites, pour ne pas tomber dans le « missionwashing». Le rapport Rocher sur la loi Pacte préconise de les obliger à publier un rapport annuel de durabilité.

Garantir le statut
L’exécution des objectifs de la société à mission est vérifiée tous les deux ans par un organisme tiers indépendant (OTI). « En premier lieu, nous nous assurons de la cohérence de la raison d’être, des objectifs statutaires et des enjeux socio-environnementaux en lien avec le secteur d’activité », explique Edwige Rey, responsable “RSE & durabilité” chez Mazars.
« Ensuite, on vérifie la déclinaison opérationnelle des objectifs, à savoir le plan d’action et les moyens alloués (équipe, budget) pour faire vivre la mission. Il est important que l’entreprise s’inscrive dans la trajectoire qu’elle s’est fixée, en contrôlant la sincérité des indicateurs et des résultats », ajoute l’experte.
Certains OTI, comme Mazars, vont plus loin dans l’accompagnement et proposent des audits à blanc, pour inciter l’entreprise à s’inscrire dans une amélioration continue. Car l’enjeu est de taille : « Si les objectifs affichés ne sont pas atteints, elle peut perdre sa qualité de société à mission », prévient Edwige Rey.

Botanic, « une seconde nature »

Le comité de mission de Botanic ©Botanic

« Groupe familial très engagé, nous avons saisi l’opportunité du législateur pour devenir société à mission en avril 2021 », explique Luc Blanchet, cofondateur de Botanic. Le groupe haut-savoyard, propriétaire de 75 jardineries et de 52 animaleries sous la marque Medor & Compagnie en France (458 M€ de CA, 2 750 collaborateurs), veut « ensemble, retrouver le chemin de la nature » (sa raison d‘être), de manière pérenne et transparente.
Pour atteindre ses ambitions stratégiques (proposer une offre alternative et mieux-disante pour respecter la nature, garantir la cohérence environnementale de ses sites…), elle s’est dotée d’un comité de mission de quinze personnes (composé, entre autres, de spécialistes : représentant LPO, docteur en science, fournisseur végétal…) qui suit les indicateurs et fixe le cap en étant force de proposition. « Il est le miroir stratégique du comité de direction », poursuit le dirigeant. Plusieurs actions en cours ciblent la performance énergétique. Ainsi, 10 millions d’euros seront investis sur quatre ans dans des panneaux solaires qui équiperont bâtiments et parkings. Concernant le bien-être animal, l’entreprise s’est engagée à vendre uniquement des animaux d’élevage. Les animaleries seront toutes labellisées “Bien-être animal”, ce qui implique, d’ici l’automne, la formation des équipes et des investissements liés aux mises aux normes.


Patricia Rey

Photo Une ©Explora Project


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