Suisse : le retour du semi-confinement « light » fait grincer des dents

par | 21 Jan 2021

Alors que le situation épidémique est stable, le gouvernement fédéral suisse joue la carte de la prudence par peur des variants anglais et sud-africain. Une approche qui est loin de faire l’unanimité.

Depuis ce lundi 18 janvier, les Suisses expérimentent une nouvelle version du semi-confinement, dite « light ». Pour lutter préventivement contre la prolifération redoutée des mutants “anglais” et “sud-africain” identifiés sur son sol, le Conseil fédéral a décidé de fermer la majorité des magasins jugés « non essentiels » jusqu’au 28 février, et de prolonger l’agonie des restaurants et des lieux de culture déjà contraints de baisser le rideau. Mais cette nouvelle itération du semi-confinement semble, elle aussi, avoir subi des mutations qui lui donnent une physionomie bien singulière.

Ainsi, nos voisins helvètes peuvent-ils acheter des vis chez le quincailler, des fleurs chez le fleuriste ou des chaussettes au supermarché, mais pas de pantalon ou de robe dans un magasin de vêtements, ni de livre dans une librairie (sauf si l’ouvrage a été commandé au préalable). Ainsi, encore, peuvent-ils continuer d’aller skier – oui, les remontées mécaniques restent ouvertes –, mais restent privés de leurs musées, théâtres et cinés. Ainsi, enfin (?), sont-ils obligés de télétravailler, mais peuvent continuer à se rendre chez le coiffeur ou l’esthéticienne. Dès lors, même les moins retords s’interrogent sur la cohérence de cet inventaire à la Prévert d’exceptions qui fleurent bon l’arbitraire.

Système « Kafkaïen »

La situation provoque la grogne des milieux d’affaires, et en particulier des commerces qui restent sur le carreau. L’entrepreneur et conseiller national Marcel Dobler (PLR/Saint-Gall) se gausse, auprès de la Tribune de Genève, de cette réglementation aléatoire : « Il est connu que le virus évite les salons de coiffure pour fondre sur les magasins. » Le Centre patronal vaudois qualifie même de « kafkaïen » le système confédéral. Existe-t-il une seule raison de santé publique qui justifierait ces traitements différenciés entre magasins ? « Du point de vue épidémiologique, il n’y a aucune donnée qui montrerait qu’une librairie soit plus propice à la diffusion du virus qu’un magasin de fleurs », confirme à la Tribune Patrick Mathys, le responsable de la gestion de crise à l’Office fédéral de la santé publique.

Mais alors, pourquoi Berne a-t-elle décidé de fermer la majorité des magasins, alors même que les nouvelles sont plutôt bonnes sur le front épidémique helvétique ? « Le but est de freiner au maximum la mobilité des gens qui est encore trop élevée », se contente d’argumenter Alain Berset, le conseiller fédéral en charge de la santé. Échaudé par les critiques essuyées lors de la deuxième vague, l’exécutif s’appuie sur les recommandations des scientifiques de la task force ad hoc, pour lesquels la question n’est pas tant de savoir s’il y aura une troisième vague, mais quand elle va déferler.


Par Matthieu Challier

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