Jeux d’argent : Tous les casinos ne sortent pas gagnants

par | 31 juillet 2026 à 11H00

Sur l’exercice 2025, les casinos français confirment leur bonne santé, avec un produit brut des jeux de 2,8 milliards d’euros, en hausse de 3 %. Mais tous les établissements ne sont pas logés à la même enseigne.

«  Sur l’exercice 2025 (clos fin octobre), les casinos français signent leur meilleure année depuis la sortie de crise, avec un produit brut de jeux (PBJ) de 2,816 milliards d’euros  », relève l’Autorité nationale des jeux (ANJ).

Une lecture que tempère Philippe Bon, délégué général du syndicat professionnel des Casinos de France, annonçant « un PBJ en deçà de 20 % du record établi en 2008. Pour renouer avec ce record historique, il faudrait générer un PBJ de 3,7 Md€ ».

Si le maillage territorial reste stable avec 203 établissements en activité (Chamonix a fermé depuis, lire ci-contre), la fréquentation, elle, progresse avec 31,65 millions d’entrées enregistrées, en hausse de 2 %. Dans le même temps, le panier moyen reste quasi inchangé, à 89 € par visiteur.

Une tendance nationale que l’on retrouve en Pays de Savoie et dans l’Ain. Les treize casinos ont généré un PBJ cumulé de 198,5 millions d’euros, contre 186,1 M€ un an plus tôt. Cette manne supplémentaire de 12,4 M€ cache néanmoins d’importants écarts, les évolutions s’échelonnant entre -17,2 % et +20,9 %.

Parmi les établissements locaux, les plus fortes hausses 2025 sont observées à Annemasse (+20,9 % avec 36,36 M€ de PBJ, ce qui le situe au 14e rang national), Divonne-les-Bains (+17,7 % ; 49,8 M€ ; 9e rang) et Hauteville-Lompnes (+9,8 % ; 4,2 M€ ; 155e).

Suivent Chamonix pour son dernier exercice complet +6,4 % (2,22 M€ ; 185e), Evian avec +4,4 % (30,16 M€ ; 18e), Annecy à +1,4 % (19,46 M€ ; 45e) et Challes-les-Eaux, dernier établissement du territoire à afficher une évolution positive (+0,6 % ; 6,75 M€ ; 121e).

Mais derrière ces belles performances, près de la moitié des établissements du territoire (soit six casinos) peinent à maintenir leur activité. C’est le cas de Saint-Gervais-les-Bains avec -2 % (4,97 M€ ; 142e rang national) et de son voisin Megève avec -2,9 % (2,66 M€ ; 181e). Mais aussi d’Aix-les- Bains Grand Cercle (-5,7 % ; 22,31 M€ ; 32e), de Saint-Julien-en- Genevois (-7,6 % ; 14,16 M€ ; 67e) et du deuxième casino aixois, le Poker Bowl (-8,7 % ; 3,80 M€ ; 163e). Brides-les-Bains affichant le plus net recul, avec -17,2 % (1,6 M€ de PBJ ; 181e).

« Force est de constater que seuls les établissements ayant la capacité financière d’engager des investissements lourds voient leur PBJ augmenter en conséquence. Investir, ça paie toujours ! », assure Philippe Bon.

À l’instar de Divonne et d’Annemasse, deux casinos du groupe Partouche (CA 2025 : 460 M€), qui ont investi respectivement 10 M€ et 9 M€, en 2024, dans des travaux de rénovation, l’enrichissement de l’offre de restauration et le renouvellement des parcs machines.

Le jackpot des machines à sous

En termes de volumes de jeux, sans surprise, ce sont les machines à sous qui raflent la mise. En 2024-2025, elles représentent 82 % du PBJ national, devançant de loin les jeux électroniques (10,5 %) et les jeux de table traditionnels (7,5 %). « Ces derniers perdent du terrain, à l’exception de quelques places fortes, comme Enghien, Cannes ou Deauville, où ils peuvent encore peser jusqu’à 20 % des recettes », observe Philippe Bon.

Les jeux électroniques, en revanche, ont de plus en plus la cote, notamment auprès d’une clientèle plus jeune, «  car ils permettent une pratique plus accessible et moins codifiée que les tables traditionnelles  ».

Les machines à sous, indétronables ©Arto, Bielsa

Pour 2026, l’activité s’annonce toutefois plus contrastée. Si quatre à cinq établissements doivent ouvrir en France, les professionnels redoutent les épisodes de canicule à répétition qui pèsent sur la fréquentation estivale. Une autre menace mobilise toujours le secteur : la concurrence illégale des casinos en ligne « qu’il ne faut surtout pas légaliser au risque de voir le PBJ des casinos terrestres chuter », alerte Philippe Bon. Sur fond de préservation de son modèle économique à l’heure où les usages numériques rebattent les cartes.

Evian : une réouverture express

Trois mois seulement après l’incendie qui a ravagé les deux tiers du bâtiment, le casino d’Evian a rouvert ses portes le 6 juillet, réalisant un véritable tour de force pour préserver sa clientèle et sauver la saison estivale.

« Les quatre restaurants, la salle de spectacle, les bureaux et la salle des jeux traditionnels ont été entièrement détruits », rappelle Christophe Pi, nommé à la direction du casino en juillet 2025.

Seule la coupole a été épargnée. « Après la sécurisation des lieux, il a fallu procéder à l’étaiement des structures fragilisées et à la décontamination du mobilier ainsi que des machines à sous… une rénovation à marche forcée ! »

Les travaux, toujours en cours, ont permis de repenser les espaces intérieurs. Un nouveau restaurant Hébrard a vu le jour dans un salon jusque-là inoccupé, et les anciennes cuisines du Savana ont été réhabilitées.

« Il était indispensable de rouvrir au public, et aux joueurs notamment, car nous ne pouvions pas nous permettre de rester fermés plus longtemps au risque de voir notre clientèle se tourner vers la concurrence », souligne le directeur, qui emploie 196 salariés.

Une stratégie qui paie : « En juillet, nous avons réalisé de meilleures performances qu’à la même période l’an dernier, avec six jours en moins. Le restaurant rencontre un réel succès. »

Christophe Pi, à la tête du casino d’Evian depuis juillet 2025, est un expert. Il a dirigé plusieurs établissements en France et à l’étranger ©Arto, Bielsa

10 M€ de chiffre d’affaires perdus

Cette interruption d’activité n’est toutefois pas sans conséquence. Le dirigeant estime le manque à gagner à 10 M€ de chiffre d’affaires : « Il faut compter, par mois, 2,7 M€ de PBJ et 700 000 € de restauration ». Sans surprise, elle a profité à plusieurs établissements concurrents, à commencer par le casino de Divonne, et dans une moindre mesure, celui d’Annemasse.

Concernant les espaces de jeux, ils ont été réorganisés sous la coupole, comme à une certaine époque : les machines à sous occupent le rez-de-chaussée et les jeux de table traditionnels et électroniques le premier étage. Sur les 216 machines à sous, les 60 détérioriées ont été remplacées.

D’ici au printemps 2029, le casino fera l’objet d’une rénovation complète. « Les parties détruites seront démolies pour être rebâties. Il accueillera trois nouveaux restaurants et une salle de spectacle, plus confortable, ouverte sur le lac », détaille Christophe Pi. Le montant de l’investissement ne devrait pas excéder le coût de la précédente rénovation (trois ans de chantier, de 2021 à 2024 ), à savoir 25 M€ TTC.


Patricia Rey

Photo Une Casino d’Evian ©Arto, C. Bielsa


A lire aussi :

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

-3,4 % : ce chiffre d’affaires des entreprises industrielles continue de reculer en 2025 en Savoie Mont Blanc et ce, pour la 3e année consécutive.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Un nouveau modèle immobilier pour les hôpitaux suisses ?

Face aux besoins croissants d’investissement dans les infrastructures de santé, un nouveau modèle immobilier se développe en Suisse, consistant à dissocier la propriété des bâtiments de l’exploitation médicale pour permettre aux hôpitaux de se concentrer sur leur...

Savoie : la station thermale de La Léchère en mauvaise forme

Dans un récent rapport, la Chambre régionale des comptes pointe la situation financière dégradée des thermes de La Léchère et des irrégularités. Les thermes de La Léchère (2 500 habitants) ont vu leur état de santé s'aggraver avec la crise sanitaire. Gérés par la...

Cédric Lieudenot, dirigeant de Cosea

Ain : Cosea toujours plus spécifique

En filialisant ses activités de transport et de stockage, l’entreprise libère de l’espace sur son site de Viriat, afin d'accompagner le développement de marchés à forte technicité. Entreprise de traitement de surface pour le nucléaire, l’industrie, les structures...

L’équipe de Didier Signalétique. © Didier Signalétique

Ain : Didier Signalétic rejoint Scadra Group

Fondé en 1975 à Bourg-en-Bresse par Norbert Didier, le leader burgien de la signalétique a officiellement changé de mains le 8 janvier dernier. À la suite de discussions engagées à l’initiative de Scadra Group, spécialisé dans les services aux industriels, Béatrice...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé