Transformer les déchets nucléaires en énergie propre ?

par | 2 Sep 2020

À Genève, la jeune start-up Transmutex développe des technologies de pointe afin de transformer les déchets nucléaires en énergie propre. À terme, la durée de toxicité des déchets devrait être réduite de 1000 fois.

Franklin Servan-Schreiber, co-fondateur de Transmutex.

Fils de Jean-Jacques Servan- Schreiber, le fondateur de magazine L’Express, Franklin Servan-Schreiber cumule les casquettes : ingénieur, historien, auteur, conseiller, entrepreneur. Grand défenseur des océans menacés par les plastiques, il fait également partie des membres fondateurs du premier Odyssée autour du monde de la fondation Race for Water.

En juillet 2019, après avoir découvert les recherches sur la production d’une énergie nucléaire sans déchets à longue-vie initiées par Carlo Rubbia, ancien directeur général du CERN et prix Nobel de physique en 1984, Franklin Servan- Schreiber co-fonde Transmutex. Cette start-up, qui compte de nombreux anciens physiciens du CERN dans son comité scientifique, a pour objectif de permettre à l’énergie nucléaire de prochaine génération de devenir une solution centrale au changement climatique grâce au procédé de transmutation qui consiste à bombarder de neutrons rapides les atomes des déchets de longue vie mélangés à du thorium pour les transformer en éléments stables tout en produisant de l’énergie.

« Aujourd’hui les combustibles d’origine fossile atteignent des niveaux tels qu’ils mettent en danger l’équilibre écologique de la planète ainsi que notre santé, constate Franklin Servan-Schreiber. Parallèlement, la demande mondiale d’énergie ne cesse de progresser. Les énergies renouvelables seront de toute manière insuffisantes. Même dans un scénario optimiste, les sources d’énergie décarbonnée ne couvriront qu’un quart de tous nos besoins en énergie d’ici 2040. »

Dans ce contexte, le nucléaire est une source abondante et intense d’énergie qui ne produit pas de CO2. Mais les centrales nucléaires actuelles à uranium n’ont pas d’avenir, en raison notamment des ressources d’uranium limitées et de la gestion non résolue des déchets à longue-vie.

Première installation à l’horizon 2030

Grâce à des technologies testées au CERN et à l’Institut Paul Scherrer, Transmutex propose un design plus sûr du réacteur que ceux en fonction aujourd’hui et la faculté de réduire d’un facteur 1000 la durée de dangerosité des déchets les plus radioactifs. Le procédé de « transmutation » consiste à bombarder de neutrons rapides les atomes des déchets à longue vie pour les transformer en éléments stables tout en produisant de l’énergie. L’entreprise développe actuellement l’architecture de son futur accélérateur et du réacteur sous-critique sur des programmes de simulation. Il s’agit en particulier de démontrer la sûreté et l’efficacité du procédé.

« Notre premier prototype, qui sera probablement installé en Europe, pourrait voir le jour vers 2030. Une deuxième version, industrielle cette fois, serait envisageable pour 2035. » Le coût de la construction et du fonctionnement de l’usine est estimé à 1,5 millard de dollars pour la première installation et ensuite à 300 millions par unité. Le financement est privé.

Les fonds se montrent prudents, « le retour sur investissement étant estimé entre 10 et 20 ans pour ce type de projet. C’est une durée trop longue pour les fonds qui privilégient les retours sur investissement entre 5 et 10 ans. » Mais Franklin Servan-Schreiber rétorque que le retour sur investissements serait similaire à celui d’une start-up biotech, et que la valorisation se fera à 5-8 ans, bien en amont des revenus potentiels.


Odile Habel
Crédit photo image à la une : Frédéric Paulussen sur Unsplash


Retrouvez cet article dans notre magazine L’Extension Septembre 2020.

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