Votations : un vent progressiste souffle sur Genève et la Confédération

par | 1 Oct 2020

Rejet de l’initiative dite « de limitation » de la libre circulation, adoption d’un salaire minimum et d’un véritable congé paternité, initiative en faveur d’une nouvelle mobilité… Les Suisses s’ouvrent franchement au progrès social.

Les résultats des votations du dimanche 27 septembre 2020 traduisent une évolution sensible de la population helvète en général, et genevoise en particulier, sur plusieurs sujets “de société”. Focus résolument subjectif sur les résultats de quatre des dix “objets” (cinq fédéraux et cinq cantonaux) soumis aux suffrages.

La libre circulation plébiscitée

Les frontaliers et ceux qui aspirent à le devenir peuvent se rassurer. La libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne (UE), en vigueur depuis la signature d’un accord bilatéral ad hoc en 1999, continuera de prévaloir. Avec une majorité de 61,71 % des suffrages (59,47 % de taux de participation), le peuple helvète a en effet nettement rejeté l’initiative de l’Union démocratique du centre (UDC, parti populiste) « Pour une immigration modérée », dite « de limitation », qui entendait redonner à la Confédération sa pleine souveraineté en matière d’immigration. Si ce résultat entérine la voie bilatérale que la Suisse entretient avec son voisin européen depuis vingt ans, il contraint également le Conseil fédéral à s’attaquer – enfin – à un épineux dossier sur lequel il n’a eu de cesse de tergiverser : l’accord-cadre institutionnel qui doit chapeauter les quelque 120 accords bilatéraux conclus avec l’UE. Cela fait dix ans que l’Europe presse son partenaire d’avancer sur le sujet, et deux ans qu’un projet d’accord est sur la table. Si la Commission européenne avait accepté de mettre ces discussions en pause jusqu’à la votation, elle a salué dès dimanche soir, par la voix de sa présidente, le vote suisse sur la libre circulation, qualifié de « signal positif pour continuer à consolider et approfondir notre relation ». Ursula von der Leyen a ajouté s’attendre « maintenant à ce que le Conseil fédéral fasse rapidement ratifier l’accordcadre négocié en 2018 ».

Enfin un véritable congé paternité

C’est la fin d’un archaïsme. Les pères salariés en Suisse vont enfin pouvoir bénéficier d’un congé paternité digne de ce nom. Le peuple helvète s’est, en effet, très majoritairement (60,34 %) prononcé en faveur de la création d’un congé paternité fédéral de deux semaines (dix jours ouvrés), contre seulement un à deux jours actuellement. Au bout du lac, la proposition est encore plus plébiscitée puisque 79,36 % des Genevois(es) ont voté pour. Selon l’Office fédéral des assurances sociales, le coût de ce nouveau droit pourrait se chiffrer à 230 millions de francs suisses (213 M€) par an.

Un salaire minimum genevois à 4 186 francs

Encore une révolution culturelle au bout du Léman. Les Genevois viennent de se prononcer très majoritairement (58,15 %) pour l’instauration d’un salaire horaire minimum brut de 23 francs suisses, soit 4 186 francs (3 877 euros) brut par mois pour un temps de travail hebdomadaire de 42 heures. Genève devient le quatrième canton suisse à se doter d’un tel instrument, après Neuchâtel, le Jura et le Tessin. Selon les statistiques, 10 % des salariés genevois perçoivent actuellement une rémunération horaire inférieure à ce nouveau plancher, ce qui représente environ 30 000 personnes travaillant principalement dans l’hôtellerie-restauration, le nettoyage, l’économie domestique, la coiffure, la blanchisserie ou le commerce de détail.

Moins de place(s) pour les voitures

En adoptant, avec une majorité confortable (58,55 %), la loi sur la compensation des places de stationnement, les Genevois viennent d’accepter de supprimer 4 000 places de stationnement dans les rues de leur cité. Ce projet porte non seulement sur le stationnement, mais aussi sur une redistribution des voies de circulation. De quoi faire davantage de place aux transports publics et aux projets de mobilité douce. Une avancée qui intervient après la pérennisation – dans la douleur – de plusieurs “coronapistes” cyclables. Et si Genève était en train de faire sa vélorution ?


Par Matthieu Challier

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