« C’est pas brillant, papier d’argent ; C’est pas donné, papier-monnaie… » Au moment d’entamer cet éditorial je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour Régine, décédée il y a quelques jours à 92 ans mais immortelle interprète des P’tits papiers.
Pourtant, j’ai bien relu les paroles de la chanson écrite et composée par Serge Gainsbourg en 1965. Il y est question d’argent, donc ; d’amour, aussi. De papier de riz et d’Arménie, de papier chiffon, buvard, carbone… Mais pas de papier journal. Dommage, car il y a aussi de quoi dire en la matière. Surtout en ce moment.

Savez-vous, par exemple, que le prix du papier journal a bondi de 80 % en moins d’un an, après une hausse déjà marquée entre 2020 et 2021 ? Pour Intergraf, la fédération européenne de l’imprimerie, c’est carrément « une crise sans précédent » que traverse un secteur menacé par « le chaos ». Et, franchement, la formule n’est même pas exagérée tant, depuis quelques années, le « papier graphique », destiné à l’impression sous toutes ses formes, en voit de toutes les couleurs. Il y a d’abord eu les fermetures d’usine : rien qu’au cours des cinq dernières années (2016-2021), les capacités européennes de production ont chuté de plus de 25 % et le mouvement avait été entamé bien avant.
Puis la crise sanitaire, avec son effet direct (économie au ralenti) mais surtout son effet indirect : le e-commerce a fortement progressé et, avec lui, les besoins en papiers et cartons d’emballage, qui sont fabriqués à partir des mêmes matières premières que le papier graphique. Moins d’offre, plus de demande, c’était risque de pénurie et hausse des prix garantis. Comme si cela ne suffisait pas, le géant du papier, UPM, a été confronté, dans ses moulins en Finlande, qui fournissent toute l’Europe, à 112 jours de grève. Oui, plus de quatre mois ininterrompus de bras de fer – du 1er janvier à fin avril – qui ont fortement perturbé les approvisionnements européens.
Enfin, la guerre en Ukraine et ses répercussions sur les prix de l’énergie comme sur les approvisionnements en fibres de bois ont ajouté la dernière couche.
Le rapport avec Éco, vous le voyez venir : les tarifs de nos abonnements et de nos ventes en kiosque augmentent en ce début mai. La faute au papier, donc. Mais aussi au retour de l’inflation générale et aux indispensables investissements de modernisation consentis par notre entreprise ces derniers mois, tandis que nos tarifs n’avaient pas connu de hausse depuis plusieurs années.
Cette augmentation, loin d’être un cas unique dans la presse (Le Monde, Ouest-France, Le Dauphiné Libéré…, par exemple, nous ont précédé depuis le début d’année), a un double mérite. D’abord, celui de rappeler que l’information libre, indépendante et fiable, comme celle que propose notre PME à actionnariat local et familial, a un coût. Ensuite, celui de relativiser ce coût, eu égard à la somme d’informations et de données qui vous est proposée, au format papier mais aussi ici-même sur le web.
S’abonner à Éco devient plus cher, certes, mais cela reste un investissement très rentable au regard de son utilité économique et sociétale. « Laissez parler les p’tits papiers », chante Régine pour l’éternité. Puissent-ils – génial ! –, papier journal, continuer tout aussi longtemps à vous informer.









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