Dans un contexte d’inflation, la hausse des salaires est en passe de devenir un des sujets de cette fin d’annรฉe.
ยซ Chez nous, il y a des salariรฉs qui vivent dans leur voiture ! ยป Vรชtus de leur gilet rouge estampillรฉ CGT, Olivier et Sonia, employรฉs chez Carrefour, ont tenu ร participer ร la manifestation du 18 octobre ร Annecy. Olivier, six ans dโanciennetรฉ, gagne entre 1 250 et 1 300 euros par mois, pour 35 heures par semaine. ยซ Je suis obligรฉ de demander de lโargent ร mes parents en fin de mois ยป, raconte le trentenaire. Sonia plafonne quant ร elle ร 1 000 euros mensuels pour 30 heures hebdomadaires, avec huit ans dโanciennetรฉ. ยซ Ce nโest plus possible ยป, assรจne cette mรจre de famille.
Comme eux, 600 personnes environ brandissaient drapeaux de leur syndicat (CGT, Force ouvriรจre et syndicats dโenseignants) ou slogans pour rรฉclamer plus de pouvoir dโachat. La manifestation nโa certes pas rassemblรฉ les foules, mais elle a eu le mรฉrite de mettre en lumiรจre la rรฉalitรฉ de situations sociales rendues encore plus difficiles dans un dรฉpartement oรน la vie est particuliรจrement chรจre. Des situations personnelles qui se conjuguent souvent, aux dires des salariรฉs, avec la dรฉgradation des conditions de travail et lโimpossibilitรฉ de faire son mรฉtier dans de bonnes conditions.
ยซ On est lร pour demander une revalorisation de nos salaires, explique Franรงoise Coudert, secrรฉtaire dรฉpartementale FO de lโaction sociale en Haute-Savoie, mais aussi pour dรฉnoncer le manque de moyens dans nos structures, le manque de personnel, en bref, la destruction de notre secteur, orchestrรฉe par le gouvernement. ยป
Autour dโelle, cinq salariรฉes de lโADIMC 74 (Association dรฉpartementale des infirmes moteurs cรฉrรฉbraux de Haute- Savoie) confirment ses propos : obligation, pour bon nombre dโรฉducateurs spรฉcialisรฉs, dโavoir un double emploi afin de boucler les fins de mois ; charge de travail en constante augmentation face au manque de personnel, ce qui entraรฎne des situations qui ยซ frรดlent la maltraitance ยป des rรฉsidents ; disparitรฉ dans lโoctroi des avancรฉes du Sรฉgur de la santรฉโฆ
+6 % : cโest lโaugmentation moyenne des salaires qui est rรฉclamรฉe par les syndicats pour faire face ร lโinflation qui, elle, se situe pour l’instant ร environ 5,6 %.
ยซ Grosse pression ยป
Des entreprises, autrefois rรฉputรฉes pour leurs conditions de travail attractives, font aussi lโobjet de critiques. Un employรฉ de Salomon dรฉnonce ainsi la ยซ grosse pression pour augmenter la profitabilitรฉ et compresser les coรปts ยป qui serait mise sur le personnel. ยซ Cela a un impact sur la santรฉ mentale des gens ยป, dit-il. La grogne est-elle rรฉellement en train de monter au sein des entreprises des Savoie ? Les syndicats les plus revendicatifs veulent y croire, mais la rรฉalitรฉ est bien diffรฉrente dโune sociรฉtรฉ ร lโautre. Un certain nombre dโentre elles ont dโailleurs dรฉjร nรฉgociรฉ des augmentations ou des primes.
ยซ Niche Fused Alumina [ร La Bรขthie], vient de signer un accord dโaugmentation de 5 % des salaires ; Framatome [ร Ugine] octroie lโรฉquivalent de 4,5 % de hausse de la rรฉmunรฉration, plus une prime โMacronโ ; MSSA [ร Saint-Marcel] vient dโajouter 2 % aux salaires, en plus des 2,9 % signรฉs en dรฉbut dโannรฉe ยป, cite Pierre Didio, secrรฉtaire gรฉnรฉral de lโUnion dรฉpartementale Force ouvriรจre de la Savoie.
En Haute-Savoie, Delpharm (ร Gaillard), qui cet รฉtรฉ, au terme de la nรฉgociation annuelle obligatoire (NAO), avait dรฉjร signรฉ 3 % dโaugmentation individuelle et 1 % de prime transport, a dรฉcidรฉ rรฉcemment, ร la demande de la CGT, de donner une prime ยซ partage de valeur ยป (โMacronโ) aux plus de 450 salariรฉs du site (de 400 ร 300 euros selon les revenus).
ยซLes salariรฉs ont conscience des difficultรฉs auxquelles sont confrontรฉes les entreprises ยป
Christophe Coriou, dรฉlรฉguรฉ gรฉnรฉral du Medef 74
Pour dโautres entreprises, la NAO dรฉbutera fin 2022, voire dรฉbut 2023. Chacun affรปte donc dโores et dรฉjร ses arguments. Pour les syndicats, il est surtout question dโinflation et dโaugmentation du coรปt de la vie. Pour les sociรฉtรฉs, lโinflation est cependant bien prรฉsente aussi et se rรฉpercute sur le coรปt des matiรจres premiรจres et de lโรฉnergie. ยซ Chacune va calculer sa pรฉrennitรฉ avant de dรฉcider dโaugmenter ou non les salaires ยป, dรฉtaille Christophe Coriou, dรฉlรฉguรฉ gรฉnรฉral du Medef de Haute-Savoie, qui craint que la seule hausse du coรปt de lโรฉnergie mette en pรฉril quelques structures de petite ou moyenne taille.
Pour autant, le Medef ยซ incite les entreprises ร agir pour les salariรฉs ยป. Cela peut passer par des augmentations de salaires ou par la fameuse prime โMacronโ. Reste quโil faut รชtre en capacitรฉ de le faire. ยซ Celles qui nโont pas de hausse de chiffre dโaffaires mais qui devront faire face ร une hausse de lโรฉnergie pour produire cette mรชme quantitรฉ de CA ยป auront moins de marge de manoeuvre.
Une situation qui, selon Christophe Coriou, semble comprise par les salariรฉs : ยซ Il est normal quโils veuillent รชtre augmentรฉs, mais globalement, ils ont conscience de ce qui se passe : leur entreprise, aprรจs avoir passรฉ le cap de la crise covid, doit affronter lโaugmentation du prix des matiรจres premiรจres et de lโรฉnergie. Chacun le comprend. De mรชme, lโentreprise nโa pas envie de voir ses salariรฉs la quitter. Je ne ressens pas particuliรจrement de zone de tension en ce moment. ยป
Un avis qui nโest รฉvidemment pas partagรฉ par les syndicats de salariรฉs organisateurs de la manifestation du 18 octobre. Tous prรฉdisent dโรขpres discussions ร venir et appellent les salariรฉs ร se mobiliser. Reste ร savoir sโils seront entendus.
La menace de la grรจve
ยซ Chez Tefal, les gens sont prรชts ร redรฉbrayer sโils nโobtiennent pas gain de cause. ยป Pour Riad Boulassel, secrรฉtaire du syndicat FO au sein de lโentreprise de Rumilly, il ne fait pas de doute que les salariรฉs feront grรจve si la direction ne signe pas les 6 % dโaugmentation qui seront rรฉclamรฉs par le syndicat lors de la NAO de fin dโannรฉe. Lโan dernier, une grรจve avait dรฉjร perturbรฉ la production pendant une semaine, dรฉbouchant sur 3 % dโaugmentation.
Chez Dassault aviation (ร Argonay), la grรจve est dรฉjร une rรฉalitรฉ, alors que le site est sorti de cinq mois de conflit, en avril 2022, avec un accord permettant ร tous les non-cadres de bรฉnรฉficier dโune augmentation de 140 euros bruts et du paiement ร 80 % des heures de grรจve. ยซ Depuis le 11 octobre, nous avons relancรฉ un mouvement โvendredis aprรจs-midi usine videโ et โsamedis en grรจveโ pour demander lโouverture de la NAO avant le mois de janvier ยป, explique Aurรฉlien Danioux, รฉlu CGT. Niveau des salaires, difficultรฉs de recrutement et projet dโinstallation de camรฉras au sein des ateliers attisent le mรฉcontentement.
Sylvie Bollard








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