Augmentation des salaires : une inflation de demandes en Savoie Mont Blanc

par | 21 Oct 2022

Dans un contexte d’inflation, la hausse des salaires est en passe de devenir un des sujets de cette fin d’année.

« Chez nous, il y a des salariés qui vivent dans leur voiture ! » Vêtus de leur gilet rouge estampillé CGT, Olivier et Sonia, employés chez Carrefour, ont tenu à participer à la manifestation du 18 octobre à Annecy. Olivier, six ans d’ancienneté, gagne entre 1 250 et 1 300 euros par mois, pour 35 heures par semaine. « Je suis obligé de demander de l’argent à mes parents en fin de mois », raconte le trentenaire. Sonia plafonne quant à elle à 1 000 euros mensuels pour 30 heures hebdomadaires, avec huit ans d’ancienneté. « Ce n’est plus possible », assène cette mère de famille.

Comme eux, 600 personnes environ brandissaient drapeaux de leur syndicat (CGT, Force ouvrière et syndicats d’enseignants) ou slogans pour réclamer plus de pouvoir d’achat. La manifestation n’a certes pas rassemblé les foules, mais elle a eu le mérite de mettre en lumière la réalité de situations sociales rendues encore plus difficiles dans un département où la vie est particulièrement chère. Des situations personnelles qui se conjuguent souvent, aux dires des salariés, avec la dégradation des conditions de travail et l’impossibilité de faire son métier dans de bonnes conditions.

« On est là pour demander une revalorisation de nos salaires, explique Françoise Coudert, secrétaire départementale FO de l’action sociale en Haute-Savoie, mais aussi pour dénoncer le manque de moyens dans nos structures, le manque de personnel, en bref, la destruction de notre secteur, orchestrée par le gouvernement. »

Autour d’elle, cinq salariées de l’ADIMC 74 (Association départementale des infirmes moteurs cérébraux de Haute- Savoie) confirment ses propos : obligation, pour bon nombre d’éducateurs spécialisés, d’avoir un double emploi afin de boucler les fins de mois ; charge de travail en constante augmentation face au manque de personnel, ce qui entraîne des situations qui « frôlent la maltraitance » des résidents ; disparité dans l’octroi des avancées du Ségur de la santé…

+6 % : c’est l’augmentation moyenne des salaires qui est réclamée par les syndicats pour faire face à l’inflation qui, elle, se situe pour l’instant à environ 5,6 %.

« Grosse pression »

Des entreprises, autrefois réputées pour leurs conditions de travail attractives, font aussi l’objet de critiques. Un employé de Salomon dénonce ainsi la « grosse pression pour augmenter la profitabilité et compresser les coûts » qui serait mise sur le personnel. « Cela a un impact sur la santé mentale des gens », dit-il. La grogne est-elle réellement en train de monter au sein des entreprises des Savoie ? Les syndicats les plus revendicatifs veulent y croire, mais la réalité est bien différente d’une société à l’autre. Un certain nombre d’entre elles ont d’ailleurs déjà négocié des augmentations ou des primes.

« Niche Fused Alumina [à La Bâthie], vient de signer un accord d’augmentation de 5 % des salaires ; Framatome [à Ugine] octroie l’équivalent de 4,5 % de hausse de la rémunération, plus une prime “Macron” ; MSSA [à Saint-Marcel] vient d’ajouter 2 % aux salaires, en plus des 2,9 % signés en début d’année », cite Pierre Didio, secrétaire général de l’Union départementale Force ouvrière de la Savoie.

En Haute-Savoie, Delpharm (à Gaillard), qui cet été, au terme de la négociation annuelle obligatoire (NAO), avait déjà signé 3 % d’augmentation individuelle et 1 % de prime transport, a décidé récemment, à la demande de la CGT, de donner une prime « partage de valeur » (“Macron”) aux plus de 450 salariés du site (de 400 à 300 euros selon les revenus).

«Les salariés ont conscience des difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises »

Christophe Coriou, délégué général du Medef 74

Pour d’autres entreprises, la NAO débutera fin 2022, voire début 2023. Chacun affûte donc d’ores et déjà ses arguments. Pour les syndicats, il est surtout question d’inflation et d’augmentation du coût de la vie. Pour les sociétés, l’inflation est cependant bien présente aussi et se répercute sur le coût des matières premières et de l’énergie. « Chacune va calculer sa pérennité avant de décider d’augmenter ou non les salaires », détaille Christophe Coriou, délégué général du Medef de Haute-Savoie, qui craint que la seule hausse du coût de l’énergie mette en péril quelques structures de petite ou moyenne taille.

Pour autant, le Medef « incite les entreprises à agir pour les salariés ». Cela peut passer par des augmentations de salaires ou par la fameuse prime “Macron”. Reste qu’il faut être en capacité de le faire. « Celles qui n’ont pas de hausse de chiffre d’affaires mais qui devront faire face à une hausse de l’énergie pour produire cette même quantité de CA » auront moins de marge de manoeuvre.

Une situation qui, selon Christophe Coriou, semble comprise par les salariés : « Il est normal qu’ils veuillent être augmentés, mais globalement, ils ont conscience de ce qui se passe : leur entreprise, après avoir passé le cap de la crise covid, doit affronter l’augmentation du prix des matières premières et de l’énergie. Chacun le comprend. De même, l’entreprise n’a pas envie de voir ses salariés la quitter. Je ne ressens pas particulièrement de zone de tension en ce moment. »

Un avis qui n’est évidemment pas partagé par les syndicats de salariés organisateurs de la manifestation du 18 octobre. Tous prédisent d’âpres discussions à venir et appellent les salariés à se mobiliser. Reste à savoir s’ils seront entendus.

La menace de la grève

« Chez Tefal, les gens sont prêts à redébrayer s’ils n’obtiennent pas gain de cause. » Pour Riad Boulassel, secrétaire du syndicat FO au sein de l’entreprise de Rumilly, il ne fait pas de doute que les salariés feront grève si la direction ne signe pas les 6 % d’augmentation qui seront réclamés par le syndicat lors de la NAO de fin d’année. L’an dernier, une grève avait déjà perturbé la production pendant une semaine, débouchant sur 3 % d’augmentation.

Chez Dassault aviation (à Argonay), la grève est déjà une réalité, alors que le site est sorti de cinq mois de conflit, en avril 2022, avec un accord permettant à tous les non-cadres de bénéficier d’une augmentation de 140 euros bruts et du paiement à 80 % des heures de grève. « Depuis le 11 octobre, nous avons relancé un mouvement “vendredis après-midi usine vide” et “samedis en grève” pour demander l’ouverture de la NAO avant le mois de janvier », explique Aurélien Danioux, élu CGT. Niveau des salaires, difficultés de recrutement et projet d’installation de caméras au sein des ateliers attisent le mécontentement.


Sylvie Bollard


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