Polluants éternels : les ustensiles de cuisine échappent à la loi anti-PFAS

par | 28 Fév 2025

Ce jeudi 20 février 2025, une loi visant à protéger la population des risques liés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) a été votée.

Elle stipule qu’au 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation et la vente de certains produits cosmétiques, farts à ski et textiles sera interdite, impactant d’autant les industries concernées, notamment le marché des sports de nature, important en Savoie Mont‑Blanc.

Toutefois, les fabricants d’ustensiles de cuisine tels que Tefal, à Rumilly, sont exonérés de cette loi n° 161, qui prévoit une redevance de « 100 euros par cent grammes de rejets de PFAS dans les milieux naturels ».

Sur ce point, le député de la 6e circonscription de la Haute-Savoie, Xavier Roseren, avait déposé un amendement pour doubler le montant de cette redevance, au motif que « de nombreux sites industriels n’ont pas effectué les investissements nécessaires en matière de dépollution et de lutte contre les rejets de substances PFAS » (source : Assemblée nationale). Cet amendement, jugé recevable, n’a finalement pas été soutenu par le député haut-savoyard.

Nicolas Thierry, député écologiste et rapporteur de la loi, fait part de son « immense regret » quant aux ustensiles de cuisine, exclus de ce texte sous la pression du lobbying du groupe Seb, maison-mère de Tefal.

Une contamination mondiale généralisée

La loi s’inscrit dans la continuité de travaux entrepris par plusieurs députés en 2023 et 2024, notamment le rapport que le député Cyrille Isaac-Sibille a remis au gouvernement sur les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS).

Selon ses auteurs, la contamination par les PFAS ne se limite pas à quelques territoires particulièrement exposés, comme la Haute-Savoie, le Rhône, le Gard, le Jura ou l’Oise. Ces substances, issues de l’industrie chimique et utilisées depuis les années 1940 pour leurs propriétés anti-adhésives (poêles de cuisine par exemple), imperméabilisantes (vestes Gore-Tex, autre exemple) et résistantes aux fortes chaleurs, se retrouvent aujourd’hui dans une multitude de produits du quotidien : emballages alimentaires, textiles, cosmétiques, mousses anti-incendie, peintures ou encore pesticides.

Surnommés « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l’environnement, les PFAS représentent une menace majeure pour la santé. L’Agence européenne pour l’environnement les associe à divers troubles, notamment des maladies thyroïdiennes, une élévation du taux de cholestérol, des atteintes hépatiques, ainsi qu’à des cancers du rein et des testicules. Ils pourraient également réduire l’efficacité des vaccins et être responsables d’un faible poids à la naissance.

Face à ces dangers, l’expert estime que la réglementation actuelle, qui restreint ces substances au cas par cas, est insuffisante. Il plaide pour une interdiction généralisée des PFAS, dont le nombre est estimé entre 4 000 et 12 000. L’Union européenne a déjà pris des mesures en ce sens, interdisant le PFOS en 2009, le PFOA en 2020 et le PFHxS en 2022. Toutefois, la question d’une régulation plus large reste en suspens.

Des risques sanitaires plus que préoccupants

Cancers, infertilité, atteintes rénales et hépatiques, affaiblissement du système immunitaire… La liste des maladies associées à une exposition aux PFAS ne cesse de s’allonger. Des analyses scientifiques établissent également un lien avec des pneumonies infantiles, l’obésité et une augmentation du taux de cholestérol chez l’adulte. Chez les femmes, ces substances sont suspectées de favoriser le cancer du sein, le diabète, l’endométriose et le syndrome des ovaires polykystiques. Pourtant, les industriels fabriquant ces composés connaissent leur toxicité depuis 1961 et leur persistance dans le sang depuis 1975.

Une enquête menée par Le Monde et 29 médias partenaires met en lumière le coût astronomique de la dépollution en Europe, ainsi que l’ampleur du lobbying déployé par les industriels pour éviter toute interdiction des PFAS. Cette investigation soulève plusieurs questions cruciales : quel est l’impact financier de cette pollution pour nos sociétés ? Comment mettre en place une décontamination efficace ? Qui en assumera les coûts ? Quelle est la part de responsabilité des États ? Et comment les lobbies s’organisent-ils pour freiner les régulations censées protéger la population ? Autant d’interrogations qui restent en suspens.


Leïla Oufkir
Crédit photo à la une : © Adobe Stock


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