Le glas a sonné pour les préaux bétonnés et tristes des établissements scolaires. Face au réchauffement climatique, la végétalisation de ces espaces est une tendance mondiale afin de les transformer en îlots de fraîcheur et en espaces de biodiversité.
Face à la multiplication des épisodes climatiques extrêmes, comme les vagues de chaleur ou les fortes pluies, l’intégration des enjeux environnementaux devient une priorité dans les espaces urbains. Les écoles, qui se caractérisent souvent par leur minéralité avec de larges surfaces bétonnées, peuvent tirer parti de la végétalisation et de la désimperméabilisation des sols pour répondre à ces défis.
Cette démarche favorise la biodiversité et l’adaptation au climat, améliore le cadre de vie et la santé des élèves tout en sensibilisant les jeunes générations à l’importance de la nature. De plus, cette végétalisation et la désimperméabilisation des surfaces minérales participent à la création et au renforcement de corridors écologiques dans les zones construites.
À partir des dannées 2020, la Ville de Genève s’est engagée dans cette voie, menant plusieurs projets, allant de la plantation d’arbres isolés au réaménagement complet afin d’arboriser et ombrager ces lieux, mais aussi de proposer des jeux différents, favorisant l’inclusion et la cohésion sociale, en remplaçant progressivement les surfaces imperméables par des zones en pleine terre et des revêtements perméables favorisant l’infiltration des eaux pluviales.

Dès 2023, le programme Cour verte a donc pris forme de manière concrète. Ainsi, quatre préaux ont déjà été transformés, avec des plantations, de l’ombre et une végétalisation progressive des sols ainsi qu’une désimperméabilisation partielle des surfaces minérales pour créer des espaces plus agréables et adaptés aux élèves. Ces premières réalisations ont été soutenues par la Fondation pour la santé Radix et la Fondation Roger Federer.
Parallèlement, la Ville de Genève a identifié neuf préaux prioritaires pour des travaux d’envergure, sélectionnés par la direction du patrimoine bâti en fonction de leur état et du potentiel de végétalisation et de désimperméabilisation. Pour ces sites, un crédit d’étude de 3,4 millions de francs a été voté en 2024 par le Conseil municipal, afin de préparer la reconfiguration et la végétalisation des cours ainsi que la suppression progressive des revêtements imperméables.
Ces travaux, qui vont se dérouler progressivement dans les prochaines années, visent à terme une rénovation et une végétalisation de la quasi-totalité des préaux d’écoles primaires de la Ville de Genève. Pour certains établissements, comme l’école des Pâquis-Centre, le préau a déjà été rénové et végétalisé avant même le lancement officiel de Cour verte. Bien qu’il ne fasse pas partie des quatre premiers projets de 2023, il illustre parfaitement l’esprit du programme.
Le préau côté lac est devenu un préau-jardin avec des zones en pleine terre, des plantations adaptées, des sols perméables issus d’un processus de désimperméabilisation, et des éléments de mobilier intégrés. Ces aménagements permettent aux enfants de se rapprocher de la nature, tout en créant des espaces frais et agréables pendant les périodes de chaleur.
Une démarche participative
La transformation des préaux s’appuie sur une démarche participative structurée qui implique activement les élèves, les enseignants, les parents, le personnel parascolaire ainsi que les associations de quartier. Cette approche permet de coconcevoir les espaces selon les besoins réels des enfants, de choisir les plantations, matériaux et aménagements, et de déterminer comment ces lieux peuvent être utilisés au quotidien pour favoriser la santé, la convivialité et l’apprentissage.
La Ville de Genève valorise ainsi la voix des enfants et des familles dans les décisions qui les concernent, en cohérence avec son label “Commune amie des enfants” de l’Unicef. Les préaux végétalisés offrent également des espaces de jeux inclusifs et variés.
Les zones de sol perméables et les espaces verts, rendus possibles par la désimperméabilisation des anciennes surfaces bétonnées, servent de terrain de jeu libre, favorisant l’exploration sensorielle et les activités spontanées. Les jeux de ballon traditionnels sont volontairement limités pour que tous les enfants, filles et garçons, puissent profiter des lieux de manière équitable.

Annemasse : végétalisation et upcylcling
Inspirée par les cours d’école « oasis » lancées à Paris, la municipalité d’Annemasse a engagé dès 2020 un vaste programme de désimperméabilisation et de végétalisation de ses 14 cours d’école à raison d’une à deux par année. L’idée a pris forme dans un contexte de réflexion sur les îlots de chaleur et l’adaptation au changement climatique. Les études ont débuté en 2021 pour une réalisation en 2024 portant sur les écoles Marianne Cohn et La Fontaine.
Le montant des travaux était, respectivement, 410 000 et 302 000 euros haut taxe. Le choix des établissements reposait largement sur l’envie des équipes pédagogiques, la municipalité ayant fait un appel d’offre interne. Plus récemment, deux autres cours d’école ont été réaménagées dans un format plus resserré intégrant aussi une démarche de réemploi de matériaux, comme les blocs de granit d’une fontaine ou des bordures de trottoir transformées en bancs ou en jardinières.
Les jeux sont aussi repensés pour favoriser les interactions garçons- filles avec, par exemple, un mur d’escalade et des cabanes en osier. Si, au début, il a fallu convaincre, certains enseignants redoutant une surveillance plus complexe dans des espaces moins uniformes que les anciennes cours bétonnées, le bilan est aujourd’hui positif.
Odile Habel
Photo de Luke van Zyl sur Unsplash
Cet article est issu de notre magazine L’Extension Printemps 2026, disponible gratuitement au format liseuse en ligne.









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