Quarante-trois cas de légionellose, dont deux mortels, ont été recensés depuis juin en Savoie. Alors que l’enquête recherche une source de contamination autour de Chambéry, la succession de deux foyers importants après des périodes caniculaires interroge plus largement l’adaptation, l’entretien et le coût de la mise aux normes des réseaux d’eau face au dérèglement climatique.
Entre le 1er juin et le 12 août, 43 cas de légionellose ont été signalés aux autorités sanitaires en Savoie. 36 malades résident dans le département et 7 y ont séjourné. 41 personnes ont été hospitalisées et 2 patients âgés de plus de 80 ans sont décédés, selon le bilan communiqué le 13 août par l’Agence régionale de santé.
Les malades ont entre 26 et 91 ans. L’ouest du département fait l’objet d’une attention particulière : 27 cas résident dans le bassin de Chambéry ou l’ont fréquenté pendant la période où une contamination a pu se produire.
Une trentaine de prélèvements ont été effectués dans des réseaux d’eau d’immeubles collectifs, des tours aéroréfrigérantes, des supermarchés et des restaurants. Les analyses doivent rechercher une concordance entre les bactéries retrouvées dans l’environnement et les souches cliniques prélevées chez les patients.
La bactérie ne suffit pas à expliquer l’épisode
La légionelle est naturellement présente, en faibles quantités, dans l’eau et les milieux humides. Elle devient dangereuse lorsqu’une installation artificielle lui permet de se multiplier puis de se diffuser sous forme de fines gouttelettes inhalables. La maladie ne se transmet pas entre personnes et boire l’eau du robinet ne constitue pas un mode de contamination.
Les réseaux sont particulièrement vulnérables lorsque l’eau demeure entre 25 et 45 °C, circule insuffisamment ou stagne dans des canalisations peu utilisées. L’entartrage, la corrosion, les « bras morts », certains systèmes de production d’eau chaude, les douches, spas, brumisateurs et tours de refroidissement peuvent alors créer des conditions favorables.
Identifier un réseau contaminé permettrait donc de retrouver la source immédiate. L’enquête devra ensuite établir les causes techniques : défaut d’entretien, température insuffisamment maîtrisée, conception inadaptée, stagnation, contrôle défaillant ou incident ponctuel. À ce stade, aucun de ces scénarios n’est démontré en Savoie.
Un 2e épisode important en moins d’un an
La situation rappelle le foyer détecté en septembre 2025 dans le secteur d’Albertville. 50 cas et 2 décès avaient alors été recensés. Malgré de nombreux prélèvements, l’origine précise de cette contamination n’avait pas été identifiée.
Aucun élément ne permet de relier les deux épisodes, séparés dans le temps et dans l’espace. Leur succession pose néanmoins la question de la surveillance d’un risque déjà élevé dans la région. En 2024, Santé publique France avait comptabilisé 304 cas de légionellose en Auvergne-Rhône-Alpes, soit 3,7 cas pour 100 000 habitants. La région présentait le deuxième taux de notification le plus élevé de France, derrière Provence-Alpes-Côte d’Azur.
La recherche de la source demeure souvent difficile. En 2024, aucun lieu d’exposition à risque n’avait été rapporté pour 60 % des cas régionaux. Une souche clinique avait pu être isolée chez seulement 26 % des malades. La responsabilité d’une installation ne peut être établie solidement qu’en comparant cette souche avec celles prélevées dans l’environnement.
Un risque économique pour les gestionnaires et le territoire
Le coût actuel de l’épisode savoyard n’est pas chiffré. Quarante et une hospitalisations représentent déjà une charge pour un système de santé déjà sous tension, à laquelle s’ajoutent les investigations, analyses de laboratoire et inspections. Pour les entreprises, syndics, bailleurs ou collectivités concernés, une contamination peut imposer des désinfections, des chocs thermiques, la pose de filtres, le remplacement d’équipements ou la restriction temporaire de certains usages.
Les établissements recevant du public doivent mesurer régulièrement la température de leurs réseaux et effectuer au moins une analyse annuelle. Le seuil réglementaire est fixé à 1 000 unités formant colonie par litre pour Legionella pneumophila. Au-delà, des mesures correctives immédiates doivent être engagées. Les hôtels, résidences de tourisme, campings, établissements thermaux, piscines, gymnases, établissements de santé et structures médico-sociales sont directement concernés.
Si l’enquête identifie un établissement, l’analyse de son carnet sanitaire sera donc déterminante : résultats des contrôles, opérations de maintenance, incidents constatés et délais de correction. Elle permettra de distinguer l’accident difficilement prévisible d’un défaut durable de gestion.
L’enjeu touche également l’image touristique du département. Sept malades avaient seulement séjourné en Savoie. Aucune restriction générale ni fermeture liée à l’épisode n’a toutefois été annoncée. Toute estimation d’un impact sur la fréquentation serait, à ce stade, prématurée.
Le dérèglement climatique, une cause de fond ?
La succession des deux épisodes savoyards intervient dans un contexte climatique exceptionnel. Le foyer d’Albertville de septembre 2025 a suivi le troisième été le plus chaud mesuré en France depuis 1900, marqué par 27 jours de vague de chaleur. Les cas recensés autour de Chambéry depuis juin 2026 coïncident, eux, avec un printemps record, le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré en France et plusieurs épisodes caniculaires.
Cette concordance ne prouve pas définitivement que le dérèglement climatique soit à l’origine directe des contaminations. Elle correspond cependant aux mécanismes désormais documentés par la recherche scientifique.
Les températures élevées réchauffent les réseaux d’eau froide, prolongent les périodes favorables à la multiplication des légionelles et sollicitent davantage les systèmes de refroidissement et de brumisation. La sécheresse et la baisse des débits peuvent favoriser la stagnation de l’eau, tandis que les épisodes pluvieux et humides facilitent, dans certaines configurations, la survie et la diffusion des aérosols.
L’installation qui a diffusé la bactérie constituera la source matérielle de l’épisode. Le dérèglement climatique agit plus en amont : il rend les réseaux plus difficiles à maintenir hors des plages de température favorables aux légionelles et augmente la probabilité qu’un défaut de conception ou d’entretien débouche sur une contamination.
Après deux foyers importants en moins d’un an, cette dimension climatique devrait être intégrée aux normes de surveillance, aux programmes d’inspection et aux investissements consacrés aux réseaux d’eau.
Sources : Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, points de situation et documentation destinée aux établissements recevant du public ; Santé publique France, bilans régional et national 2024 de la légionellose ; préfecture de la Savoie, bilan du foyer d’Albertville de septembre 2025 ; Organisation mondiale de la santé ; littérature épidémiologique européenne sur les facteurs météorologiques associés à la légionellose.
Cet article a été rédigé avec l’appui d’un outil d’intelligence artificielle générative, à partir des données collectées par ECO Savoie Mont Blanc.








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