L’édito de Myriam Denis : « C’est petit »

par | 14 Nov 2019

De la proposition de loi contre les écrans publicitaires dans les urinoirs aux provocations des polémistes, Myriam Denis s’interroge, dans son édito, sur la vacuité de certains débats.

Myriam DenisParfois, certaines problématiques sont vraiment prises par le petit bout de la lorgnette. Peut-être que la nouvelle proposition de loi “pour uriner en paix” est-elle une métaphore sous forme de synecdoque ? Comment pourrait-il en être autrement ? Ou alors, cela signifie que dans notre pays, tout va tellement bien, que des parlementaires ont un peu de temps pour se la couler douce et ainsi, s’emparer de sujets aussi poussés… En tout cas, une proposition de loi a été enregistrée auprès de l’Assemblée nationale, le 6 novembre. Fruit d’une réflexion visiblement approfondie d’une dizaine de députés, elle vise (droit) à faire interdire les écrans de publicités présents dans les toilettes de certains établissements. Les auteurs du texte-fleuve, ont dénombré qu’en France, 2 500 écrans seraient en service, dans 1 200 urinoirs de 25 villes. Intrusive, cette publicité est jugée par les députés, gourmande en ressource électrique et ainsi, peu compatible avec les exigences actuelles en matière de préoccupation environnementale. Enfin, ils déplorent le grignotage toujours plus grand de la publicité dans nos modes de vie. La proposition sera-t-elle sérieusement examinée, au grand soulagement des députés ? Ou sera-t-elle retoquée, évacuée purement et simplement par la commission des affaires sociales, chargée de son examen ? Si la publicité envahit nos vies d’une façon incontestablement délétère, si le parfum nauséabond du consumérisme à outrance est tenace, les députés n’ont-ils pas de sujets plus sérieux à explorer ?

On peut se poser la question.

Ils pourraient, notamment, légiférer pour limiter les âneries entendues sur les chaînes d’info en continu… Bien sûr, ce n’est pas possible. Bien évidemment, notre pays garantit normalement le droit pour tout un chacun de s’exprimer. Mais enfin…

« SI LE PARFUM NAUSÉABOND DU CONSUMÉRISME À OUTRANCE EST TENACE, LES DÉPUTÉS N’ONT-ILS PAS DE SUJETS PLUS SÉRIEUX À EXPLORER ? »

Un exemple qui a dû flanquer des crises de spasmophilie à la toile, aux réseaux sociaux, et aux autres chaînes d’infos en continu, provient des dires d’une militante politique éditorialiste et chroniqueuse de TV, fervente militante de la Manif pour tout : j’ai nommé la désormais très célèbre Julie Graziani. Celle-ci s’est récemment illustrée par de très “délicats” propos, emprunts de “considération” et de “respect”, tenus à l’encontre d’une mère de famille divorcée, smicarde, ayant deux enfants à charge. Cette mère de famille rouennaise avait fait part de ses inquiétudes et de ses soucis à Emmanuel Macron, lors d’un échange populaire fin octobre. Une brochette de chroniqueurs a eu à commenter cette scène, en prélude à un échange autour de la future et potentielle grève du 5 décembre prochain.

« Je ne connais pas son parcours de vie à cette dame, a ainsi initié Julie Graziani. Qu’est-ce qu’elle a fait pour se retrouver au Smic ? Est-ce qu’elle bien travaillé à l’école ? Est-ce qu’elle a bien suivi des études ? » Et d’enchaîner, poussée sur la pente savonneuse de la bêtise : « Puis, si on est au Smic, faut peut-être pas non plus divorcer dans ces cas-là. » Je passe sous silence la suite de la séquence, d’un inintérêt abyssal. Je trouve cette prise de position particulièrement véhémente et même choquante. En fait, les gens ne passent pas fondamentalement leur temps à se victimiser ou à demander de l’aide, comme Mme Graziani semble le penser. Hélas, il lui faudrait peut-être se rapprocher un peu du terrain, des vraies personnes, de la vraie vie, pour se rendre compte que celle-ci n’est pas un long fleuve tranquille…

C’est tellement petit.

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

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