Au boulot à vélo : un peloton encore clairsemé

Au boulot à vélo : un peloton encore clairsemé

Mobilité. Le peloton des cyclistes qui mouillent le maillot pour se déplacer au quotidien est encore clairsemé. En cause, le manque d’aménagements, la circulation et le risque de se faire voler son deux-roues.

L’ambition du Plan vélo adopté en juin 2019 à l’Assemblée nationale est de multiplier par trois la part modale du vélo pour atteindre, en 2024, les 9 %. Le seuil est déjà franchi à Chambéry, au 2e rang national dans sa catégorie (ville de 50 000 à 100 000 habitants) dans le dernier baromètre des villes cyclables publié en mars 2018 par la Fédération française des usagers de la bicyclette (Fub) avec une note de 3,73 sur 6 témoignant d’un « climat plutôt favorable au vélo ».

Le grand braquet à Chambéry

« Nous avons une politique ancienne d’aménagements cyclables et un programme ambitieux de poursuite de nos investissements en la matière », indique Josiane Beaud, première adjointe au maire. Les chiffres montrent de fait une certaine avance de la préfecture savoyarde : les compteurs installés sur différents secteurs enregistrent des pointes à plus de 3 000 passages par jour ; la vélostation loue 6 000 vélos par an et compte 220 abonnés pour 500 places de consignes gérées. « Le nombre de pratiquants a augmenté en 2008 avec la hausse du prix du pétrole puis de nouveau en 2015. Il est aussi influencé par la bonne desserte du territoire en aménagements cyclables et services associés », confirme Julien Gallet, l’un des deux salariés de Roue Libre. Créée en 1992 pour représenter les usagers et leur apporter des services (initiation, remise en selle, réparation, entretien, liens avec les collectivités pour les aménagements…), l’association dispose d’un budget annuel de 100 000 euros. Elle s’appuie sur 120 bénévoles et 800 adhérents pour rayonner sur l’ensemble de la Savoie à travers quatre agences (Chambéry, Aix-les-Bains, Albertville, Montmélian).

Des marges de progrès

Chambéry fait figure de bon élève sur un territoire où, ailleurs, les marges de progrès sont fortes. « Il y a des améliorations avec plus de pistes cyclables et davantage de cyclistes, mais les points noirs restent importants », résume Alvine Bissery, coordinatrice de Roule & Co. Fondée en 2010, cette association hébergée à Cran Gevrier dans des locaux mis à disposition par la mairie compte plus de 3 000 adhérents et trois salariés. Son budget (32 000 euros en 2018) provient des cotisations et des prestations (animation, initiation, remise en selle, petites réparations, entretien…) délivrées auprès d’entreprises et collectivités. Face à la mobilisation des pratiquants qui jugent la place accordée au vélo insuffisante, les aménagements et services commencent à s’étoffer.

À Annecy, l’accent est mis sur le stationnement des deux roues. « Trois parkings vont être équipés de consignes, sur le modèle de celles existantes à la gare. Nous réfléchissons aussi à l’installation de consignes sur les parcs relais à Pringy et Annecy-le-Vieux », indique Gilles Bernard, adjoint au maire. À Bonneville, des aides financières sont désormais allouées pour l’achat ou la location de vélos ou vélos à assistance électrique (VAE). Une vingtaine de demandes a été enregistrée en moins de deux mois. « Ces dernières années, nous avons poursuivi les aménagements afin de relier le centre-ville, le centre nautique et la commune voisine de Saint-Pierre-en-Faucigny », ajoute le maire Stéphane Valli. Complétées par un plan de déplacement, un schéma cyclable et le développement de services, ces mesures visent à sécuriser les déplacements à vélo, sur une distance de 3 à 5 kilomètres, entre le domicile et les parkings relais ou la gare.

À Annemasse, la voie verte inaugurée en mai 2018 offre une alternative sécurisée aux déplacements motorisés. Longue de 12 kilomètres entre Bonne et la frontière suisse, elle se poursuivra à terme jusqu’à Saint-Genis-Pouilly (Ain). En parallèle, Annemasse Agglo développe les services : atelier de réparation, marquage, vélostations. « La mise en place de ces modes de déplacement alternatifs à la voiture individuelle – bus à haut niveau de service, tram, voie verte – nous a conduits sur un terrain inconnu. Les comptages montrent que c’est une vraie réussite : en semaine, les déplacements se concentrent le matin et le soir, aux heures de travail ; le week-end, le trafic est beaucoup plus important en milieu d’après-midi », observe Alain Letessier, premier conseiller communautaire délégué aux transports urbains et à la mobilité douce. La communauté d’agglomération va s’attacher, dans les prochains mois, à mieux décrypter le comportement et les attentes des cyclistes du quotidien.

L’agence écomobilité Savoie Mont- Blanc gère, entre autres, le service chambérien du vélobulle.

Le bon coup de pédale de l’agence Écomobilité

Accompagnement. L’agence Écomobilité Savoie Mont Blanc intervient sur onze localités pour promouvoir les alternatives à la voiture individuelle. «Le développement du vélo pour les déplacements domicile-travail impose trois conditions : il faut des voies cyclables où les usagers peuvent rouler en toute sécurité ; des parkings, consignes, arceaux où ils puissent stationner leur vélo sans crainte de se le faire voler ; et des services de location, entretien, réparation, apprentissage… », martèle Julien Manniez, le directeur général de l’agence écomobilité Savoie Mont Blanc.

Implantée à Chambéry et Annecy, cette société publique locale intervient auprès de onze collectivités de Savoie et Haute-Savoie pour promouvoir des modes de déplacement alternatifs à la voiture individuelle. « La part modale du vélo est de 4 % à 5 % sur les villes et agglomérations les plus importantes. Elle tombe entre 1 % et 2 % sur les collectivités rurales les moins avancées, mais la dynamique actuelle est plutôt intéressante », poursuit Julien Manniez.

La promotion du vélo passe, entre autres, par une batterie de mesures comme la mise en place d’une vélo-école afin de transmettre le b.a.-ba des déplacements à vélo. Autre levier d’action, les aides financières accordées par les collectivités, notamment pour encourager les usagers à investir dans un vélo à assistance électrique (VAE). Alors que le déplacement moyen avec un vélo classique avoisine les 4 kilomètres, la distance double avec un VAE.

Les cyclistes qui font l’essai sont généralement surpris, et durablement conquis. Sur le périmètre de Grand Chambéry et Grand Lac, une expérimentation est conduite avec une flotte de 15 vélos à hydrogène. Cette technologie présente l’intérêt d’offrir une autonomie plus grande et une recharge plus rapide des vélos. Deux bornes de recharge sont déjà déployées, en centre-ville de Chambéry et à Savoie Technolac.

GGB France encourage ses salariés à pédaler

Initiative. À Annecy, plus d’une cinquantaine de salariés de GGB France utilisent le vélo pour se rendre quotidiennement au travail. En 2018, ils ont parcouru plus de 35 000 kilomètres.Le garage à vélo de GGB France, à Annecy, est plein à craquer, à l’image du ballet de salariés, qui franchissent les portes de l’entreprise en pédalant. Le fabricant de paliers et sous-ensembles pour l’automobile et l’industrie a mis en place, en avril 2016, une indemnité kilométrique vélo (IK vélo).

L’indemnité kilométrique a eu un effet déclencheur, mais les motivations des salariés vont au-delà.

« Avec plusieurs collègues du comité d’entreprise, nous suivions de près l’actualité relative aux deux-roues. En février 2016, la loi a autorisé les entreprises à accorder une IK vélo. Nous en avons tout de suite parlé à la direction qui nous a donné son accord », raconte Florence Gentil-Perret, assistante de direction dans la société.

Très motivés, les salariés ont élaboré un fichier sur lequel ils renseignent les kilomètres parcourus à vélo. Ce document est utilisé par la comptabilité pour le versement de l’indemnité dont le montant est de 0,25 euro par kilomètre avec un plafond fixé à 200 euros par an. Les 230 collaborateurs qui travaillent sur le site mais aussi les intérimaires du site qui viennent à vélo peuvent bénéficier de cette IK soumise chaque année à un vote.

Le compteur grimpe

Le compteur a atteint les 32 500 kilomètres en 2017, pour grimper à 35 000 en 2018. En 2019, la cinquantaine de salariés qui vient régulièrement à deux-roues a déjà dépassé les 22 000 kilomètres. Les raisons de cet engouement ? La prime et les économies réalisées par rapport à un déplacement en voiture ne sont pas négligeables, mais les salariés apprécient aussi le gain de temps, la forme physique, la sérénité et le bien-être. Pour accompagner le mouvement, l’association annécienne Roule & Co est intervenue dans l’enceinte de l’entreprise avec un atelier de réparation.

Une formation axée sur la pratique du vélo en ville a aussi été proposée dans le cadre d’une demi-journée sécurité. Le challenge de la mobilité, organisé le 6 juin dernier, a lui été l’occasion de fédérer près de 95 salariés venus à bicyclette. Un score plutôt honorable pour une première participation.

« Auto, train, vélo » pour travailler en Tarentaise

Témoignage. Animatrice dans l’environnement, Elsa a partiellement abandonné sa voiture pour relier, chaque jour, son domicile à Cevins et son lieu de travail à Seez. Pour relier les 45 kilomètres qui séparent son domicile de son bureau, Elsa a commencé par prendre sa voiture. Mais le budget englouti dans ses déplacements, la fatigue et ses convictions environnementales l’ont amené à envisager d’autres options.

Faute d’offres en matière de covoiturage, elle a finalement opté pour le triptyque « auto, train, vélo ». La trentenaire, animatrice en environnement, part de chez elle en voiture pour rejoindre la gare de Moûtiers. Un trajet de 10 minutes et 15 kilomètres dont elle n’a pas réussi à se passer compte tenu des horaires de desserte de la gare de Cevins. La liaison Moûtiers-Bourg- Saint-Maurice s’effectue en train ou en bus : « Ce trajet est très confortable, il me permet de me reposer, de lire ou d’échanger avec d’autres voyageurs. »

Un vélo électrique pliant

Pour parcourir les trois derniers kilomètres séparant la gare de Bourg-Saint- Maurice de son lieu de travail, à Seez, la jeune femme a investi dans un vélo électrique pliant qu’elle stationne dans une consigne. Et qu’elle peut rapatrier facilement chez elle pour l’entretenir. Sur cette portion qui n’est pas équipée en pistes ou bandes cyclables, elle emprunte les voies secondaires afin d’éviter les flux de véhicules.

L’achat de pneus très cloutés et d’équipements lui permet de circuler par tous les temps, y compris sur la neige. « Bien sûr que le bilan est positif. Il a fallu se pencher sérieusement sur la question et étudier toutes les possibilités pour parvenir à cette organisation. Mais la seule chose que je regrette, c’est de devoir encore prendre la voiture pour une partie du trajet.»


* Réalisé sur la base de 113 000 contributions et 26 questions.

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ANNONCES LÉGALES : CONSULTEZ ET PUBLIEZ !

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

PUBLICITÉ

ARTICLES LES PLUS LUS

PUBLICITÉ