BTP : L’Ain entre optimisme et vigilance

BTP : L’Ain entre optimisme et vigilance

Le secteur du bâtiment et des travaux publics dans l’Ain a construit une année globalement sans (trop d’) encombres. Bilan et perspectives.

« La fracture territoriale est une réalité et la conjoncture du bâtiment, globalement positive, est inégale selon les territoires. Dans l’Ain, nous ne sommes pas inscrits dans les territoires les moins bien lotis », commente Pierre Convert, président de la fédération du BTP de l’Ain. Hommes et femme de l’art se sont réunis, le 13 novembre dernier, pour faire part à la presse de la conjoncture et de l’actualité du secteur.

« Nous sommes particulièrement vigilants, notamment eu égard au projet de loi de finances discuté à l’Assemblée nationale. Et ses arbitrages nous inquiètent, poursuit-il. Entre la fin du PTZ (en zones B2 et C), la transformation du CITE (Crédit d’impôt pour la transition énergétique) en prime pour les plus modestes, la suppression progressive du gasoil non routier et, cerise sur le gâteau, le plafonnement de la déduction forfaitaire spécifique, mesure technique qui revient à une augmentation de nos charges patronales… On nous fait les poches dans ce projet ! »

Et l’entrepreneur de le déplorer : « Les leçons de la crise de 2008 semblent bel et bien oubliées. Le secteur du BTP est ultra-fragile, les mesures qui nous ont aidés à relancer la machine devraient être pérennes. Conserver ce qui fonctionne pourrait éviter de passer par un énième plan de relance, le jour où la machine s’arrêtera ! »

Cependant, l’optimisme demeure chez les professionnels du bâtiment : « Il faudra continuer d’aménager, de construire et de rénover ! Le BTP offre de belles carrières, nos entreprises recrutent. Les coulisses du bâtiment, en octobre dernier, ont amené 1200 jeunes et enseignants à découvrir le chantier du conservatoire de musique de Bourg et le CFA. » D’ailleurs, la profession espère beaucoup du prochain concours mondial Worldskills 2023 à Lyon (anciennes Olympiades des métiers), pour faire briller les yeux des jeunes et de leurs familles, via des démonstrations d’excellence. Et pourquoi pas, susciter des vocations…

Sur la route des TP

Le secteur des travaux publics, quant à lui, dépend à 80 % de la commande publique. Aussi, se montre-t-il nécessairement sensible aux cycles électoraux. Après deux belles années, 2018 et 2019, où les CA ont progressé (respectivement de 3 et 10 % au niveau national, une tendance confirmée localement), les TP s’attendent à un tassement pour 2020, mais surtout pour 2021, dixit Patrice Fontenat, président de la section travaux publics de BTP Ain et dirigeant de l’entreprise éponyme.

Mais le secteur se veut également optimiste : « Les collectivités, avec des politiques budgétaires draconiennes, ont pu retrouver une certaine aisance financière. Notre prochain challenge va être de les convaincre de continuer à investir, ce qui est important et nécessaire pour maintenir les infrastructures existantes en l’état », argumente Patrice Fontenat.

Par ailleurs, l’État a demandé au Conseil d’orientation des infrastructures, de déterminer, parmi les gros chantiers, ceux qui devraient être réalisés prioritairement. Ce conseil a la charge de proposer une stratégie cohérente à l’État, en matière d’investissements dans les infrastructures de transport. Or, la région Aura a été assez peu fléchée en la matière. Aussi, la FRTP a souhaité défendre 24 projets structurants pour les douze départements de notre région. Dans l’Ain, il en a été retenu deux par la profession : le contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise et le désenclavement du Pays de Gex.

Une niche de plus en moins

Le projet de loi de finances pour 2020 et son cortège de mesures impactera les TP, notamment concernant le gasoil non routier. Si initialement, la suppression de cette niche fiscale devait intervenir au 1er janvier 2019, la profession s’est mobilisée pour que cette suppression soit progressive et accompagnée d’aménagements et de mesures de compensation. L’État de son côté argumente : cet argent irait au financement des infrastructures. Comment vérifier ce fléchage ? Là est la question. Au final, c’est l’échelonnement qui a été retenu : 45 % de la niche sera supprimée au 1er janvier 2020, 100 % au 1er janvier 2022. La répercussion ? Sur le prix. Or, l’essentiel des travaux étant commandés par les collectivités locales, ce seront-elles, finalement, qui alimenteraient l’État via ce transfert d’imposition…

Outre les mesures de compensations, et parmi l’accompagnement proposé par l’État, un élément pourrait prêter à sourire : la mise en place d’un dispositif de suramortissement pour l’acquisition d’engins de chantier utilisant un carburant alternatif au GNR. Un argument balayé du revers de la main par les professionnels : très peu d’offres de matériels existent aujourd’hui. « Des machines hybrides, il y en a très peu, de l’électrique, encore moins. » Enfin, il est à noter que la loi ne sera vraisemblablement pas la même pour tout le monde : les agriculteurs qui utilisent des machines de TP, eux, devraient pouvoir continuer à rouler au GNR… Détaxé.

Travaux publics ©Adobe Stock
Le bâtiment jouit d’un taux de croissance au niveau national, de 1,5 %, porté notamment par des taux d’intérêt historiquement bas. La profession émet un point de vigilance sur le logement neuf, qui lui est en recul de 0,2 %. Le logement non résidentiel neuf progresse de 6,4 %, tandis que l’amélioration-entretien reste stable (0,3 %). La rénovation énergétique constitue pourtant un potentiel relais de croissance.

Avec les architectes

Profession partenaire du BTP, l’architecture (re) vient sur le devant de la scène, avec la réactualisation de l’office du bâtiment et de travaux publics de l’Ain. Philippe Delers, architecte à Bourg, vient d’en prendre la présidence avec différents axes de travail.

Parmi eux, la volonté de travailler en collaboration avec les entrepreneurs et maîtres d’oeuvre, afin d’identifier les problèmes soulevés sur les chantiers et les solutions concrètes pouvant être apportées (par exemple, en matière de propreté sur les chantiers).

Des commissions d’études planchent sur des sujets spécifiques, le premier étant dédié à l’opportunité de la création de nouveau lot “zéro”, « dans le but de mutualiser les installations communes et les dispositions liées à la sécurité sur le chantier ». En outre, cet office aura vocation à rappeler aux décideurs locaux la pertinence du recours aux entreprises Aindinoises pour leurs marchés.

Construire, déconstruire

La construction neuve profite d’un été indien, même si les constructeurs aménageurs craignent la potentielle fin du PTZ.

« Du côté de la construction neuve, nous constatons plutôt une bonne surprise conjoncturelle, due notamment aux conditions de crédit actuelles. Pourtant, 2019 n’a pas été de tout repos, entre les turbulences du commerce mondial, la marche hésitante vers le Brexit, le rabotage du prêt à taux 0, passé de 40 à 20 %, la fin du Pinel pour certaines zones… » développe Virginie Di Ciocco, présidente de la section locale des constructeurs aménageurs, LCA-FFB BTP Ain. « Le secteur s’inscrit donc plutôt dans un été indien… Même si la construction neuve est à la baisse sur la région Aura », analyse-t-elle.

Au niveau du département de l’Ain, les chiffres font état d’une augmentation des ventes de biens neufs sur le printemps, +11,3 % pour la maison et +4,8 % pour le collectif.

« Un élément est cependant à prendre en considération : la perspective de la fin du PTZ va sans doute gonfler un peu artificiellement et ponctuellement les ventes, puisque certains ménages vont vouloir hâter leur projet. Car sans ce prêt, ils ne pourraient pas accéder à la propriété », complète Virginie Di Ciocco.

Tout a une fin

En effet, la loi de finances pour 2020 devrait entériner la suppression du PTZ dans les zones dites “détendues”, soit B2 et C, ce qui représente près de 93 % des communes du territoire national. « Le gouvernement souhaite favoriser les zones déjà urbanisées. Cependant, si cette suppression est confirmée, LCA craint qu’au contraire, le phénomène de l’étalement urbain ne s’accentue, les ménages s’éloignant des zones d’attractivité pour aller construire là où précisément, le foncier est moins onéreux, poursuit Virginie Di Ciocco. Supprimer le PTZ, c’est aggraver la fracture territoriale et accentuer le sentiment d’abandon de milliers de ménages français. Une étrange conception de la cohésion du territoire et de la solidarité nationale ! »

Et Pierre Convert, de souffler l’idée du “zonage de projets” : inciter les ménages à s’installer là où une activité économique est fortement présente (zone d’activité, gare, etc.). Un concept permettant d’éviter une trop grande concentration des aides uniquement sur les grandes métropoles…


Aide aux communes

Pour accompagner au mieux les collectivités dans leurs choix d’investissements, la Fédération régionale des travaux publics va éditer, d’ici la fin de l’année, un guide d’aide tout spécialement dédié à cet enjeu.


Par Myriam Denis

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