À l’heure où le secteur traverse une nouvelle crise, la Fédération Nationale du Bâtiment a annoncé que la baisse d’activité pourrait entraîner la suppression de 150 000 emplois d’ici 2025. État des lieux dans nos départements.
Des banques qui ne prêtent plus et des permis de construire qui ne sont plus accordés : le secteur de la construction va mal et un effet boule de neige est à craindre : les emplois pourraient être menacés alors même que tout le BTP souffrait d’une pénurie de main-d’oeuvre il y a à peine quelques mois.
Pour autant, nos départements restent peu touchés… pour l’instant. « Savoie et Haute-Savoie sont atypiques pour le bâtiment du fait des saisons, et la part des intérimaires qui travaille dans le BTP y est beaucoup plus élevée : 25 % en Savoie et 19 % de Haute- Savoie contre 17 % en moyenne dans l’Hexagone », souligne Philippe Giraud, président de Prism’emploi Auvergne- Rhône-Alpes, organisation professionnelle des entreprises de recrutement et d’intérim.
L’activité reste beaucoup plus importante que sur le plan national où un ralentissement se fait sentir depuis le début 2023. Au mois d’août, elle n’avait pas encore baissé par rapport à 2022 à la même époque (+0,8 % pour la Savoie et -1 % pour la Haute-Savoie).
« Depuis, le climat s’est dégradé. Les entreprises embauchent moins en raison des prévisions pour 2024. Quand l’avenir est incertain, elles préfèrent recourir au travail temporaire. Les CDI, encore préservés, pourraient être impactés. », explique le président de Prism’emploi Auvergne-Rhône-Alpes..
Des compétences transposables
L’emploi intérimaire fait face à un revirement de situation. Auparavant, les personnes qualifiées et compétentes étaient une denrée rare, aujourd’hui les agences essaient de placer ces profils disponibles auprès des entreprises. « On voit en effet des plombiers qui viennent s’inscrire et chercher du travail dans nos agences, et c’est un phénomène très récent », constate Philippe Giraud.
Mais selon lui, la baisse d’activité des entreprises devrait être de l’ordre de 4 à 5 % en 2024 ; rien de comparable avec les -20 % que l’on a pu connaître lors des crises passées. Des portes de sortie existent pour les travailleurs : le chantier du Lyon-Turin va alimenter un besoin en main d’oeuvre très important en Savoie.
Et tout le bâtiment n’est pas touché de la même manière. Le secteur de la rénovation connaît toujours une pénurie de main-d’oeuvre. Si les compétences d’un électricien ou d’un plombier sont aisément transposables, il n’en va pas de même pour la maçonnerie. Le travail des bancheurs, qui réalisent les grands coffrages dans les bâtiments neufs, n’existe pas dans la rénovation.
Les enjeux de la formation
Une partie des 500 millions d’euros dépensés dans la formation en France par Prism’emploi est consacrée à ce transfert de compétences d’une activité à l’autre dans le bâtiment. Pour sa part, le Geiq BTP Ain & Pays de Savoie, qui recrute du personnel en alternance pour le placer dans l’une de ses 600 entreprises, ne connaît pas de baisse de ses effectifs (voir aussi article page 14). « Dans le BTP, on a l’habitude des crises et on a appris à faire le dos rond », commente David Mattina, responsable d’exploitation.
Un constat cependant : dans les métiers qui recrutent le plus comme la maçonnerie ou le gros oeuvre, un candidat potentiel était placé dans la semaine. Aujourd’hui, le Geiq commence à avoir des refus en Savoie. S’il reconnaît que 2024 s’annonce plus inquiétante, David Mattina reste lui aussi optimiste : « Il y aura toujours de l’activité dans les chantiers qui sont en cours. » Le Geiq a anticipé les difficultés en créant une antenne en Maurienne en prévision des besoins du chantier Lyon- Turin : « Si on doit organiser des navettes pour que les salariés puissent aller travailler dans le tunnel, on le fera. Il faut qu’on se montre imaginatif. » I
l a également mis en place son propre centre de formation pour mieux « coller » à la demande. « À nous d’être meilleurs sur le recrutement et de trouver des solutions », poursuit David Mattina. Le Geiq bénéficie aussi de la force de son réseau pour maintenir les personnes dans l’emploi, quitte à les faire changer d’entreprise. Il a même créé un groupement d’employeurs afin de garder les salariés en attendant que la crise passe, et qu’ils puissent ensuite être embauchés dans la société où ils ont été formés.
Sylvie Piaget
Cet article est issu de notre Panorama économique du BTP 2024, disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.









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