« Qu’ils viennent pas dire qu’on est pareil, on l’est pas (bis), vu qu’on est balèzes. Ils nous salissent, on les balaye. Ils nous caressent, on les baffe. Qu’ils viennent pas dire qu’on est pareil, on l’est pas », chante le rappeur Deadi dans l’un de ses derniers titres (“Courave”), en featuring avec le groupe L’Uzine.
Et c’est en substance, ce que les ténors du parti Les Républicains ont répondu à leur président Éric Ciotti et à sa décision de s’allier avec le Rassemblement National.

Selon une information du journal Le Monde, interrogé par un grand patron comptant parmi ses soutiens lors de la commémoration du 80e anniversaire des massacres de civils par les SS les 9 et 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane, Emmanuel Macron aurait répondu quant à son état d’esprit depuis la dissolution :
« Je suis ravi. Je leur ai balancé ma grenade dégoupillée dans les jambes. Maintenant, on va voir comment ils s’en sortent… »
Triste déclaration d’un Président pyromane ! Il a mis à feu et à sang une France polarisée comme jamais… Et il est content de lui ! Qu’est-ce que vous voulez que l’on vous dise, à ce stade ? On serait tenté de rejoindre les conclusions de l’Insoumis François Ruffin, lorsqu’au soir du 9 juin, il posait « un diagnostic clinique » sur la santé mentale de l’hôte de l’Élysée, non ?
Dans une certaine mesure, cependant, Emmanuel Macron a raison. Sa « grenade dégoupillée » aura eu le mérite de clarifier très vite le paysage politique national.
C’est évidemment particulièrement vrai pour les LR. Mais, il n’est pas certain que le coup leur soit fatal. Au contraire, entre les désistements au profit de la majorité présidentielle et la tentation de quelques-uns de s’associer au Rassemblement National, le parti avait sans doute besoin de lever certaines ambiguïtés. Il conserve une assise solide avec de nombreux élus locaux, ce qui, fort d’un positionnement plus net, peut lui permettre de se reconstruire.
Après tout, les socialistes ne sont-ils pas en train de refaire surface, alors qu’ils semblaient devoir rester perdus entre le centre d’Emmanuel Macron et la gauche radicale de La France Insoumise ? Ils ont même investi François Hollande. La preuve que l’on peut revenir de très, très loin ! Sans doute, le glissement à droite du camp présidentiel leur aura redonné de l’espace, mais tout de même.
Surtout, après le précédent de 2022, la gauche montre qu’elle est capable de s’unir et très largement. Et cela lui a, historiquement, toujours été favorable.
Bon, il fallait bien qu’il y eût un psychodrame. Il faut croire que c’est dans son ADN. Mais, il n’est pas certain que les débats changent franchement la donne, autour de l’investiture d’Adrien Quatennens, qui a finalement renoncé, et de la non-investiture de Rachel Garrido, Alexis Corbière et Danielle Simonnet. Ce n’est certes pas ainsi que le Front Populaire convaincra les électeurs réticents à lui accorder leur suffrage.
Mais, cela ne suffira pas à décourager les autres. Reste à savoir jusqu’où la grenade éparpillera ses éclats et le nombre de morts qu’elle fera, notamment dans le camp présidentiel. En espérant que la République elle-même n’y laisse pas des plumes.
Sébastien Jacquart
Photo à la une : Nicolas HIPPERT sur Unsplash








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