Environnement : la RSE, un enjeu d’avenir

Environnement : la RSE, un enjeu  d’avenir

Même si elle n’est pas obligatoire, la responsabilité sociale des entreprises (RSE) devient incontournable. De plus en plus d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs se lancent dans une politique de développement durable.

Pour générer des économies, gagner des parts de marché, mais aussi pour mieux respecter l’environnement. Un aspect d’autant plus important qu’il devient un critère de choix des jeunes générations de salariés. Le phénomène Greta Thunberg en est une illustration : les adolescents qui aujourd’hui manifestent avec elle refuseront demain de s’engager auprès d’entreprises non-écoresponsables.

Tel Monsieur Jourdain dans Le bourgeois gentilhomme de Molière, qui faisait de la prose sans le savoir, sans doute faites-vous de la RSE en l’ignorant. Vous télétravaillez ? Vous utilisez du papier recyclé ? Vous préférez le train à la voiture pour vos déplacements professionnels ? Vous ne laissez pas les ordinateurs en veille le week-end ? Vous triez vos déchets de production ? Vous traquez le gaspillage ? On vous l’avait dit, vous êtes déjà dans le développement durable.

La RSE, ou responsabilité sociale de l’entreprise, c’est une multitude d’actions de ce genre qui, au final, sont bonnes pour la société et pour la planète et qui répondent aux besoins d’aujourd’hui sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. L’environnement, auquel ce dossier s’intéresse plus particulièrement, est l’un de ses trois piliers, avec le social et l’économie.

Pas d’obligation

C’est en 2011 que la Commission européenne la définit comme « la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société ». Plus prosaïquement, il s’agit de la contribution des firmes au développement durable. Une contribution qui doit, selon la norme internationale ISO 26 000, aborder sept questions centrales : la gouvernance de l’organisation, les droits de l’homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs, les communautés et le développement local.

Bien avant cette institutionnalisation de la RSE par les pouvoirs publics, le concept faisait déjà parler de lui aux États-Unis dans les années 1950, mais c’est dans la seconde moitié du XXe siècle qu’elle a pris la forme d’un réel enjeu.

En France, les lois sur les Nouvelles régulations économiques (NRE), Grenelle ou de Vigilance ont largement incité les entreprises à se lancer dans la RSE. La mondialisation a fait le reste. Car qui n’en fait pas aujourd’hui a peu de chances de survivre demain. Les consommateurs sont par exemple de plus en plus vigilants à la façon dont ont été produits les biens qu’ils consomment. Et, selon une logique vertueuse, les donneurs d’ordre engagés dans une démarche RSE choisissent en priorité des fournisseurs qui ont fait de même.

Ceux des constructeurs automobiles le savent bien, qui doivent de plus en plus souvent fournir leur bilan carbone pour être sélectionnés. Pourtant, la RSE n’est pas obligatoire. Seules les entreprises de plus de 500 salariés doivent produire un rapport annuel RSE donnant des informations sur leur responsabilité sociétale.

Pour toutes les autres, il s’agit d’une démarche volontaire allant plus loin que les prescriptions réglementaires. Même si, comme le souligne le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Savoie, Bruno Gastinne, « elle est souvent vécue comme punitive car bon nombre d’obligations relevant du Code de l’environnement et du Code du travail sont de nature RSE. Des entreprises vivent cela comme une punition alors qu’en fait, cela génère des économies ».

Objections et bénéfices

Réduire ses déchets, consommer moins de ressources, être vigilant à ses émissions de gaz à effet de serre, recycler ses rebuts, inciter ses salariés à penser covoiturage… tout cela signifie consommer moins ou mieux, et donc dépenser moins. Pourtant, des freins persistent au sein du tissu économique. « On nous objecte que c’est trop compliqué, détaille Bruno Gastinne, alors que non, il suffit de choisir les thématiques qu’on juge importantes pour soi, qui sont en résonance avec l’activité de l’entreprise. » Le coût est également avancé comme obstacle.

« La plupart des thèmes RSE ne coûtent pas cher, poursuit-il. Au contraire, le retour sur investissement est souvent rapide et cela rapporte même de l’argent. Quand vous consommez moins d’électricité, votre facture diminue… » Troisième frein, avéré celui-là : la RSE demande qu’on y consacre du temps. Il faut d’abord définir ce qu’on veut faire, puis bâtir un plan d’action et, enfin, le mettre en place. « Pour réussir, il ne faut pas hésiter à faire appel à des ressources en plus, comme des stagiaires, des alternants, des partenaires universitaires ou tout simplement s’adresser à sa CCI qui a un service dédié. »

Une fois tous ces caps franchis, quels que soient la taille et le secteur de sa société (la RSE s’applique à toutes), et une fois la démarche amorcée, les bénéfices se font rapidement sentir. « Ils sont de trois ordres, indique le président. Cela permet de faire baisser ses coûts, notamment par le biais du rendement matière ou de l’efficacité énergétique. L’écoconception fait gagner des parts de marché très vite : c’est vrai pour les produits grand public (les produits bio en sont un exemple), mais aussi pour l’industrie où améliorer son empreinte carbone ouvre des portes. Enfin, une entreprise qui a adopté une démarche RSE est plus attractive, cela facilite le recrutement et la fidélisation des salariés. »

La RSE comme fondement

Une preuve ? Alpes contrôles, dont le siège est à Annecy-le-Vieux, mais qui a quarante-six agences en Savoie, en Isère, dans l’Ain… Forte de plus de 500 salariés, l’entreprise familiale créée en 1988 par Michel Vignoud, qui en est toujours le président et le seul actionnaire, a fait de la RSE sa raison d’être. Dès sa conception, tout a été mis en oeuvre pour qu’elle soit plus humaine, respectueuse de l’environnement et « non violente », c’est-à-dire qu’elle ne rentre pas dans la logique du profit à tout prix.

“LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DES ENTREPRISES DEMANDE QU’ON LUI CONSACRE DU TEMPS.”

Bruno Gastinne, président de la CCI de Savoie

Les principaux axes de sa politique RSE sont une gestion partagée du pouvoir (les collaborateurs sont amenés à prendre part aux décisions stratégiques), l’amélioration de la sécurité physique des salariés et la réduction des sources de pollution. En matière d’environnement justement, plusieurs de ses bâtiments, dont le siège, sont des locaux à haute qualité environnementale. Les véhicules de société sont choisis pour leurs faibles émissions de CO2 et le personnel nonsédentaire est systématiquement formé à l’écoconduite.

Le télétravail et le covoiturage sont encouragés. Des vélos électriques sont disponibles au siège. Les achats sont en priorité effectués en circuit court et les produits écologiquement responsables sont privilégiés. Les produits et matériels obsolescents partent au recyclage. L’électricité consommée est verte sur l’ensemble des agences. La Fondation Alpes Contrôles ne finance que des projets dédiés à l’agriculture biologique et à l’environnement. Enfin, cerise sur le jardin secret de la société, des fruits et légumes bio sont cultivés pour le personnel au sein de son potager collectif.

Créée en 2013 pour mettre en lien les personnes et structures intéressées par la RSE, l’association FORSE (Villeurbanne) organise chaque année ses Trophées RSE Auvergne-Rhône- Alpes. Les candidatures pour la prochaine édition seront ouvertes en novembre pour une remise des prix au printemps 2020.

Revolta-Blaudeau : une PME précurseur

Ce n’est pas parce qu’on a plus de 150 ans qu’on ne se sent pas concerné par les problématiques actuelles. À ce grand âge, on peut même encore être précurseur. C’est le cas de l’entreprise chambérienne de second oeuvre (peinture, plâtrerie, façade) Revolta- Blaudeau qui, dès 2013, s’est lancée dans une démarche Iso 14 001, puis RSE. « À l’époque, se souvient Stéphane Revolta-Blaudeau, responsable du groupe familial, on était en avance. Maintenant, ces pratiques se sont généralisées. »

Concrètement, la PME d’une quarantaine de salariés et une dizaine de millions de chiffre d’affaires a mis en place une plateforme de tri des déchets. À chaque retour de chantier, les différentes bennes accueillent la ferraille, le plâtre, le carton, le bois et les déchets industriels banals. « Cela nous a permis d’être plus respectueux de l’environnement, mais aussi de générer des économies, poursuit le dirigeant. On a diminué les chutes et donc les dépenses inutiles. Une benne triée est également moins coûteuse à évacuer. »

L’objectif était aussi commercial : « L’entreprise est de facto plus attrayante aux yeux de nos donneurs d’ordres. » Des actions RSE, telles que des formations à la sécurité ou à la prévention des troubles musculo-squelettiques, ont également eu lieu.

Ugitech va chauffer Ugine

C’est l’un des gros chantiers relatifs à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) en projet chez Ugiteh (1 900 salariés dont 1 200 à Ugine, 642 millions de chiffre d’affaires en 2018) : dès l’été 2020, les premiers travaux devraient être lancés pour raccorder un four de traitement thermique au réseau de chaleur de la ville d’Ugine. Au lieu de partir dans l’atmosphère, une partie des calories produites par l’activité de l’aciériste servira alors à chauffer les Uginois.

« Cela faisait très longtemps qu’on y pensait, explique Bruno Henriet, directeur de site et directeur technique, mais on n’avait pas trouvé comment le faire. Avec l’extension du réseau prévue en 2020, tout est plus simple car il se rapproche de notre usine. » Un investissement conséquent pour l’industriel (de l’ordre de 700 000 euros) qui sait ne devoir rien attendre de pécuniaire en retour. « Ce qui est important, c’est de le faire, poursuit-il. Pour l’image de l’entreprise et pour son intégration dans le tissu local. »

La démarche RSE n’est donc pas toujours synonyme de recherche d’économies. « Pour nous, c’est une notion de plus en plus importante car nous devons faire face à deux enjeux : rester attractifs auprès des jeunes pour lesquels la gestion des ressources, le sens donné au travail, la qualité de vie au travail, l’honnêteté, la protection de l’environnement… sont des critères majeurs ; pérenniser notre présence en Savoie, dans une vallée des Alpes située à seulement quelques kilomètres de sites touristiques emblématiques. On ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi ! »

Même si, selon le dirigeant, Ugitech fait de la RSE sans le savoir depuis toujours (elle recycle par exemple de la ferraille pour en faire de l’acier et s’inscrit dans la durabilité avec ses produits en inox), un tournant a été pris depuis trois ans avec l’élaboration officielle d’une politique dédiée, déclinée autour de quatre axes : éthique et gouvernance, développement social et qualité de vie au travail, environnement et ressources, implication dans les collectivités et ancrage territorial.

Concernant le volet environnemental, de nombreuses actions sont menées et évaluées tous les ans. En 2018, un essai a ainsi été réalisé pour transporter la marchandise vers l’Europe du Nord via le rail-route. 6,53 % des volumes ont été expédiés de cette manière en 2018, soit 13 050 tonnes, « et cela a augmenté en 2019 », affirme le responsable.

« Nous nous battons aussi pour maintenir le rail entre Albertville et Ugine. La ligne nous a permis de recevoir 41 % de nos matériaux en 2018 (37 % en 2017) : c’est autant de camions en moins. » Gros consommateur d’énergie et d’eau, le site uginois d’Ugitech travaille tous azimuts pour réduire ses besoins. Sa consommation d’eau est ainsi passée de 14 millions de mètres cubes en 1990 à moins de 4 millions en 2018, grâce à la mise en place de circuits fermés et grâce au double usage. Côté électricité (306 619 MWh consommés en 2018), les économies passent par du matériel plus performant et par la capacité du site savoyard à stopper sa production en 30 secondes si Réseau de transport d’électricité (RTE) le demande.

« Ce service d’effacement que nous offrons à RTE permet de sauver le réseau électrique quand la demande est forte, mais peut générer des rebuts pour nous. » Activé deux fois en 2019, il en a occasionné plus de 15 tonnes. « Mais on est rétribués pour cela. » La firme ne néglige en outre aucune piste, même celles qui peuvent paraître insignifiantes : « On a réussi à obtenir un gain de 0,2 % par an grâce à des gestes simples (diminuer les éclairages, mettre le chauffage en veille le week-end, etc.). »


Dossier réalisé par Sylvie Bollard, avec Patricia Rey

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