La fédération du BTP 74 traverse une période inédite marquée par des problèmes d’approvisionnement, de hausse des prix et d’annulation en chaîne des permis de construire. Les explications de son président Olivier Aubert.
« Nous n’avons jamais connu une telle envolée des prix : toutes les matières premières sont fortement touchées et nous ne savons pas combien de temps cela va durer », constate Olivier Aubert (photo), le président de la fédération BTP 74. Dans un contexte mondial où la production repart trop faiblement pour satisfaire une forte demande, la hausse des prix observée depuis fin 2020 est aggravée par des problèmes de disponibilité, voire de pénurie pour certains matériaux. « Les délais de livraison se sont considérablement rallongés depuis le printemps 2021, tout du moins quand le fournisseur est en mesure de donner un délai », ajoute Thierry Terbins, le secrétaire général du BTP74.
Pour un mécanisme obligatoire de révision
Le phénomène désorganise toute la chaîne de la construction et compromet donc le déroulement général des chantiers, le retard pris dans certaines travaux se répercutant forcément sur les suivants. Il épuise par ailleurs la trésorerie des entreprises contraintes d’absorber le différentiel. « Douze à 18 mois s’écoulent entre le moment où l’on consulte nos fournisseurs pour établir un devis et la réalisation du chantier. Dans un secteur comme la pose de parquets où les matériaux représentent 50% des coûts, plus on travaille et plus on perd de l’argent », calcule Anne-Claire Coutin, membre du bureau de la fédération. Pour remédier au problème, les professionnels demandent à l’Etat la mise en place d’un mécanisme obligatoire de révision des prix pour tous les marchés (publics, privés, particuliers) en cours et à venir. Ou à défaut l’instauration d’un crédit d’impôt.
Une triple peine pour les entreprises
La filière de la construction qui avait été plutôt épargnée en 2020 est désarmée face à cette répercussion tardive et long terme de la crise sanitaire. « Cette situation entraîne des tensions avec les clients et donne lieu, sur certains chantiers, à l’application de pénalités de retard. C’est une double peine et même une triple peine car des entreprises risquent de devoir se séparer de salariés qu’elles ont eu tant de peine à recruter« , poursuit Olivier Aubert.
Vers une baisse des carnets de commande
Le contexte est compliqué et les perspectives ne sont guère plus réjouissantes. La fédération BTP 74 s’inquiète d’une baisse à venir des carnets de commandes en raison du brusque coup de frein décidé par des municipalités comme Annecy. « Du 16 juin 2020, date de l’élection de François Astorg, au 10 mars 2021, 24 permis de construire représentant 1270 logements dont 420 locatifs sociaux ont été annulés« , regrette-t-elle en redoutant des difficultés à venir sur l’emploi. Les professionnels de la construction contestent moins la démarche amorcée par la Ville pour « bien construire à Annecy » que « la brutalité du coup de frein » : « Nous sommes tout à fait favorables à un urbanisme plus durable, plus acceptable. En revanche, le temps de la construction n’est pas celui de la politique. Si on arrête la machine, elle ne pourra pas redémarrer. »
Crédit photo : Sophie Boutrelle








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