Fonds d’investissement : carburant de croissance des PME

Fonds d’investissement : carburant de  croissance des PME

Le financement bancaire est essentiel pour soutenir la croissance des PME. Mais ces dernières peinent souvent à trouver des crédits pour accompagner leur développement par manque de fonds propres. C’est là que les fonds d’investissement ont un rôle à jouer : en investissant dans leur capital, ils rassurent les banques sur la solvabilité des PME.

Dix ans après la crise financière mondiale de 2008-2009, qui a profondément transformé l’environnement d’affaires pour les entreprises et tari leurs sources de financement, la situation s’améliore lentement. En France, la crise avait particulièrement touché l’accès au crédit des PME, alors que les banques se retiraient des activités à risque. Aujourd’hui, la situation s’est améliorée, mais l’épisode a mis en lumière la dépendance des PME envers les instruments classiques de la dette – les prêts bancaires, les découverts et les lignes de crédit – pour satisfaire leurs besoins de trésorerie et d’investissement.

Les crédits bancaires sont en général accessibles à partir du moment où une entreprise possède suffisamment de capital, c’est-à-dire de fonds propres. Cependant, nombre de PME n’affichent pas une capitalisation apte à rassurer les banques. De plus, celles qui ont une croissance rapide et ont des besoins de financement importants peuvent constituer un risque trop important aux yeux des banques de détail.

« Je constate que beaucoup trop d’entreprises en France sont surendettées. Donc, on ne peut pas dire que les banques ne font pas leur travail. À un moment donné, elles doivent dire : “Stop, on peut ne plus vous prêter parce que vous manquez de fonds propres.” Il existe des investisseurs pour accompagner les PME », explique Xavier Chappelon, qui est à la tête du Fonds régional d’investissement (FRI) Auvergne-Rhône-Alpes.

Des partenaires privilégiés des banques

Les fonds d’investissement ont un rôle prépondérant à jouer pour faciliter l’accès au crédit bancaire en renforçant le capital des entreprises. Ils interviennent à différents moments de leur vie et sont souvent spécialisés dans un secteur. Sous forme de société privée ou publique, ils investissent du capital dans des projets d’entreprise. Ils peuvent faire partie de banques, d’organismes de financement, mais aussi appartenir à des personnes individuelles.

Ce sont en fait de véritables partenaires des banques. En co-investissant avec d’autres partenaires en fonds propres, ils rassurent les établissements bancaires et facilitent l’obtention de nouveaux emprunts. De nombreuses banques possèdent d’ailleurs leurs propres fonds d’investissement ou ont une participation dans un ou plusieurs d’entre eux.

Le FRI Rhône-Alpes-Auvergne est un acteur majeur du financement des PME dans la région. Il comprend deux fonds d’investissement, détenus à 49,9 % par la Région et Bpifrance, et à 50,1 % des souscripteurs privés, dont la Caisse d’Épargne, le Crédit Agricole, la Banque Populaire, ainsi que des assureurs, mutuelles et fédérations professionnelles. Ces fonds ciblent principalement les PME industrielles de la région avec des chiffres d’affaires compris entre 1 et 100 millions d’euros.

« Nous réalisons un diagnostic, une analyse de l’entreprise, et nous discutons avec le chef d’entreprise de sa stratégie : où il veut aller, et s’il rencontre des difficultés, comment peut-on les résoudre. Et puis, on réfléchit aussi avec les banquiers sur ce qui peut être financé par la dette, et sur ce qui doit être finançable par nous, si bien sûr le projet tient la route dans la durée, explique Xavier Chappelon. Nous sommes là plus spécifiquement pour financer un rebond de l’entreprise, lorsqu’elle investit dans une machine, ou si elle fait une restructuration ou une réorganisation, par exemple en regroupant deux sites sur un seul, ou bien si elle va embaucher des commerciaux pour aborder un nouveau marché, ou encore si elle lance un nouveau produit. Tout cela doit normalement améliorer sa rentabilité, mais il faut financer ces opérations. L’investisseur va permettre de passer une étape, il accompagne des mutations. »

Selon un rapport 2018 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les PME se tournent de plus en plus vers des sources de financement « alternatives ». Toutefois, de nombreuses PME dépendent encore trop du crédit bancaire. L’institution voit une pro gression du financement par les fonds d’investissement, notamment des opérations de capitalrisque et de l’investissement privé ayant visé les PME en 2016, et une croissance rapide des prêts collaboratifs, des apports de fonds propres participatifs et des rachats de créances.

« L’accès des PME à des financements continue de poser des problèmes, mais cet essor visible des solutions de financement “alternatives” est une nouvelle très positive », a indiqué le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, à l’occasion de la Conférence ministérielle de l’OCDE 2018 sur les PME organisée à Mexico.

La problématique des TPE

Toutefois, l’accès aux fonds d’investissement demeure problématique pour certaines catégories de petites entreprises, et notamment les microentreprises. « En ce qui concerne la TPE, c’est vrai qu’il y a de moins en moins d’acteurs en fonds propres, constate Xavier Chappelon. Les investisseurs en capital étant montés en puissance en investissant des montants minima plus élevés, il en découle que les grosses PME lèvent plus facilement de l’argent que les TPE. Mais c’est normal qu’il y ait un peu moins d’opérations avec les TPE parce qu’une entrée au capital génère des frais fixes minimums, et ceux-ci ne doivent pas peser trop pour que l’opération reste rentable. »

Paradoxalement, les start-up lèvent beaucoup plus facilement qu’autrefois de l’argent, mais pas toutes, car 90 % d’entre elles ne trouvent pas d’investisseurs parce que leurs projets n’ont rien de palpitant ou de différenciant. « La petite PME peut ainsi souffrir d’un manque d’acteurs, admet Xavier Chappelon. Néanmoins, dans notre région, les business angels et le crowdfunding viennent compléter les sources de financement pour les petites opérations. »

Pour Xavier Chappelon, directeur du Fonds régional d’investissement Auvergne-Rhône- Alpes, banques et fonds d’investissement sont complémentaires.

Si les TPE préfèrent généralement se tourner vers le financement participatif, les fonds d’investissement deviennent de plus en plus incontournables pour financer la croissance des PME. Le secteur est plus que jamais au beau fixe : selon le rapport annuel du cabinet de conseil américain Bain & Company, le montant des capitaux en réserves dans les fonds investissant dans les entreprises non cotées en bourse a atteint un niveau historique. Fin décembre, toutes catégories confondues et à travers le monde, ils disposaient de 2 000 milliards de dollars d’argent pour investir.

« Les cinq dernières années, entre 2014 et 2018, ont été les meilleures de l’histoire. […] Les fonds de capital-investissement sont inondés de capitaux et font face à un besoin croissant de mettre d’importantes sommes d’argent au travail », note le rapport. Le marché des fonds d’investissement a donc encore de beaux jours devant lui…

Opinion : « les fonds d’investissements sont le réseau de croissance des entreprises de demain »

Dirigeant de l’entreprise plasturgiste Bestone, à Arbent, qui intervient dans les secteurs du médical, de l’automobile et de l’électroménager, Nicolas Tonin s’intéresse depuis longtemps aux fonds privés. « Ils sont l’avenir du financement des entreprises, estime-t-il. Si l’on en croit de nombreux économistes (et même d’anciens dirigeants de la banque centrale européennes !), nous vivons une période de pré-crise. Les taux bas ne relancent pas l’économie mais alimentent des bulles spéculatives considérables et génèrent un endettement pharaonique des états et du secteur privé.

Dirigeant de l’entreprise plasturgiste Bestone, à Arbent, qui intervient dans les secteurs du médical, de l’automobile et de l’électroménager, Nicolas Tonin s’intéresse depuis longtemps aux fonds privés.

Cette situation fait peser un risque croissant sur les groupes bancaires européens, qui sont tous plus ou moins exposés. Et ce risque se répercute nécessairement sur les entreprises, ne serait-ce qu’à travers la volonté des banques de sécuriser leurs investissements. La moindre ligne de crédit s’accompagne d’un contrat de dix pages qu’il convient de lire très attentivement, voire de soumettre à un avocat spécialisé avant de signer. Le système bancaire a, de fait, montré ses limites. »

Bien qu’il ne soit pas encore possible de se passer des banques, pour le chef d’entreprise, la finance privée constitue une alternative plus sécuritaire pour l’emprunteur. « C’est le réseau de croissance des entreprises de demain. La seule raison pour laquelle je n’y ai encore jamais fait appel, c’est que nous disposons de suffisamment de fonds propres pour financer notre croissance à notre rythme. Mais, si nos projets futurs le nécessitaient, nous ferions appels à des fonds d’épargne spécialisé dans le développement des entreprises », assure-t-il.

Et celui-ci de relever que l’on trouve également de plus en plus “d’alternatives bancaires”, de fonds créés par les banques, mais indépendants. « Certaines banques ont bien compris que cette voie va se développer », ajoute-t-il citant October, la fintech Arkea Landing Services – qui dépend du Crédit Mutuel – ou encore, La Banque Postale. « On ne devrait pas confondre financeur et banquier. Ce sont deux métiers bien différents. »

Pourvu que l’on s’adresse au fond le plus adapté, la finance privée permet d’obtenir des fonds avec un temps de réponses rapides, « de l’ordre de 72 heures, contre plusieurs mois, parfois, pour les banques traditionnelles, assure-t-il encore. Et cela, avec moins d’exigences de contreparties, pas de cautionnement par exemple. Les fonds sont plus ou moins structurés, selon le type de projet financé et les sommes en jeu. Sur de l’accompagnement à la création ou à la reprise, on sera forcément sur des montants plus élevés et dans la nécessité de présenter un dossier plus étoffé. On n’est pas obligé de faire intervenir les fonds sur la totalité. Sur une opération de croissance externe de 300 000 à 400 000 euros, par exemple, ils peuvent financer la totalité, la moitié ou le tiers. Cela peut être un moyen d’apporter la mise de fonds de départ qu’exigent les banques pour vous accompagner ».
Propos recueillis par Sébastien Jacquart


Dossier réalisé par Romain Fournier

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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