Élu surprise à la présidence de Haut-Bugey Agglomération, le maire de Leyssard détaille sa vision – notamment économique – de la Plastics Vallée.
Michel Mourlevat, vous avez été élu président de Haut-Bugey Agglomération le 6 octobre, en remplacement de Jean Deguerry, qui a souhaité quitter la fonction pour se consacrer à d’autres missions, notamment au conseil départemental et à l’Assemblée des départements de France. C’est peu dire que vous n’étiez pas très attendu ?
Je ne m’y attendais pas moi-même. Vice-président des politiques contractuelles depuis 2020, j’étais plutôt parti pour rester dans les mêmes fonctions. Je garde d’ailleurs cette délégation, plus technique qu’autre chose, en tant que président. Elle consiste essentiellement à aller chercher des subventions, notamment auprès de l’Europe, pour nos communes.
Ce n’est cependant pas la première fois que vous candidatez à la présidence de la communauté d’agglomération ?
Oui, je m’étais déjà présenté, sans faire de campagne, juste parce que je considère que deux candidats, c’est mieux pour la démocratie.
Votre élection a conduit à différer la désignation des vice-présidents qui s’est finalement opérée le 20 octobre. Quelle est la configuration du bureau, désormais ?
J’ai gardé 14 vice-présidences, en créant une délégation à la ruralité et à la cohésion du territoire, en remplacement de la délégation aux politiques contractuelles. J’y tenais beaucoup et j’ai souhaité qu’elle soit confiée à Oyonnax. Si j’ai été élu, c’est peut-être que les petites communes ont eu peur de la ville centre. Il est important d’apprendre à se connaître et à travailler les uns avec les autres. Le travail en silo n’apporte rien. Je suis pour la transversalité, entre les services, entre les territoires, pour trouver des manières de fonctionner plus rapides et efficaces.
La cohésion entre les territoires constitue un vrai enjeu. Quand nous nous sommes positionnés sur les fonds européens de type Feader, les liens ville-campagne étaient déjà un sujet. Mais, il existe des solutions, des passerelles, à l’image de la Spido Cup. Fabriquée lors d’une étape du Tour de France, après l’une des premières éditions du Salon des produits innovants et du design d’Oyonnax (Spido), cette tasse faisait le lien entre nos deux principales filières. En plastique, elle se complétait d’un couvercle en bois qui en faisait un pot à crayons.
Le maire d’Oyonnax, Michel Perraud, conserve la délégation à l’économie. L’une de ses inquiétudes porte sur le maintien de l’Insa sur notre agglomération. Nous allons y travailler avec toute notre énergie. Garder l’école d’ingénieurs, c’est un enjeu d’attractivité. Une attractivité que nous devons développer avec la ville centre. De la même manière, on se bat pour que les communes gardent leurs maisons de santé ou encore, pour le développement de l’hôpital, par le financement d’équipements.
Justement, le Haut-Bugey est un territoire important pour l’économie du département. Comment voyez-vous son développement ?
Je souhaite m’inscrire dans la continuité. Les projets sont là, bien posés. Et certains sont majeurs, comme la Cité des plastiques de demain, dont les travaux pourraient démarrer à l’automne 2023. C’est important pour moi de lutter contre le “plastic bashing”, notamment à travers ce dossier. Le soutien de la filière bois est lui aussi essentiel. Un jeune de l’École technique du bois a sept propositions d’embauche à la sortie de son diplôme, même quand l’emploi ne va pas fort. Plus généralement, il faut travailler pour toutes les entreprises. Nous avons une pléiade d’artisans dont un certain nombre sont en difficulté, à l’heure de rembourser ou de faire prolonger leurs PGE (prêts garantis par l’État) et de faire face à la flambée des coûts énergétiques. Ce serait se tirer une balle dans le pied que de ne pas se préoccuper de ces sujets et en particulier, de l’économie circulaire. Nous sommes attendus sur ce thème, par ceux qui nous ont repérés comme un territoire d’innovation comme par ceux qui militent pour la fin du plastique.
Pouvez-vous nous présenter Leyssard, la commune dont vous êtes maire depuis 2008 ?
Nous comptons 150 habitants. Nous aurions pu développer davantage, construire des lotissements, mais j’ai préféré garder un esprit de village. Ce n’est pas forcément à la campagne qu’il faut développer la démographie. En revanche, il est important de revitaliser les territoires par les commerces et les services. Nous avons été l’une des premières communes fibrées du département, en 2013. Mais, je me bats depuis 15 ans pour la téléphonie mobile. Un dossier qui aboutit enfin. C’est important car nous avons beaucoup d’actifs sur la commune. On a l’impression d’être au bout du monde, mais on se trouve à 20 minutes d’Oyonnax et 15 de Montréal-la-Cluse. Et par effet covid, nous avons eu pas mal d’installations, ces derniers mois.
Bio express
- 1958 : Naissance à Nantua
- 1987-2004 : Éducateur spécialité, il intègre les services de la protection de l’enfance, aux conseils départementaux de l’Ain, du Jura, puis du Rhône.
- 1995-2008 : Premier adjoint de Leyssard
- 2004-2011 : Directeur général adjoint des politiques sociales pour l’intercommunalité du Pays de Gex, il est chargé notamment de l’accueil de la petite enfance.
- 2008 : Maire de Leyssard
- 2014-2019 : Directeur des services de la mairie de Chevry.
- 2020 : Vice-président de Haut-Bugey Agglomération
- 6 octobre 2022 : Président de HBA
HBA
Haut-Bugey Agglomération compte 42 communes, pour une population de 64 000 habitants. La collectivité emploie 220 agents.
Sébastien Jacquart









0 commentaires