Pascal Viallon : « Le meilleur recyclage, c’est le déchet que l’on ne produit pas »

Pascal Viallon : « Le meilleur recyclage, c’est le déchet que l’on ne produit pas »

Comptant parmi les ténors locaux de la gestion des déchets, Pascal Viallon revient sur les enjeux de son secteur d’activité, les obligations réglementaires assorties d’une nécessaire adaptation de son entreprise et, plus globalement, sur la problématique du recyclage des matières.

Pascal Viallon, la société que vous codirigez, Quinson Fonlupt, évolue dans le secteur des déchets. Quelles sont précisément ses missions ?

L’entreprise a trois métiers : la collecte, le traitement (tri, conditionnement en vue de recycler la matière) et la valorisation des déchets (achat et vente des matières). Arrivés dans nos murs, tous les déchets sont triés avec soin.

Nous travaillons le bois, les gravats, le cuivre, le laiton, l’aluminium, la ferraille, le carton, le papier, le plastique… Nous traitons ainsi différents types de déchets, sauf quelques catégories particulières, comme le nucléaire, l’explosif, les déchets hospitaliers, et l’équarrissage. Suivant les déchets, le conditionnement est adapté (mise en balle, cisaillé, broyé), afin d’optimiser le transport et mettre le moins de camions possible sur la route. Nous sommes partie intégrante de la chaîne de recyclage.

Une chaîne de recyclage soumise à de multiples évolutions…

Notre métier évolue beaucoup du fait, principalement, de trois éléments. Tout d’abord, l’aspect réglementaire est en perpétuelle mouvance et nécessite de l’adaptation de notre part.

Les produits, également, se transforment, avec l’arrivée sur le marché de nouvelles matières. Enfin, les outils changent : on est passé d’un métier où l’on travaillait les matières à la main, à un métier qui s’automatise de plus en plus. Aujourd’hui, nous sommes 80 personnes, et notre politique d’investissements – de l’ordre de 600 000 à 800 000 euros par an – est conséquente.

Quelle sont la philosophie de votre entreprise et votre point de vue en matière de gestion des déchets, intrinsèquement liés ?

Notre ligne de conduite, “Recyclons pour nos enfants”, nous guide véritablement. Notre dessein, serait de recycler pour contribuer à limiter la pollution.

Depuis plus d’un siècle, la société dans laquelle nous vivons évolue beaucoup. Par conséquent, notre métier doit savoir s’adapter également. Ces évolutions sont dues à différentes raisons mais j’en identifie quatre principales.

Tout d’abord, on constate un changement du mode de consommation et de production : comme par exemple, le marketing pour mieux vendre, des nouveaux emballages (donc des nouveaux déchets) pour faciliter la vie des consommateurs, des matières innovantes afin de répondre à des contraintes de conditionnement et de coût.

Ensuite, l’arrivée de nouvelles technologies dans notre métier, améliore les conditions de travail et la productivité. Troisièmement, l’évolution de la réglementation permet de mieux recycler, de réduire les déchets et d’imposer aux producteurs d’assumer leur obligation de “pollueur-payeur”. Enfin, on remarque une prise générale de conscience en matière de production et de recyclage des déchets.

À mon avis, pour ceux (particuliers ou entreprises) qui ne trient pas ou mal, il est encore temps de changer leurs habitudes… Et de réfléchir à leurs méthodes de consommation, de recyclage, etc. Ils doivent prendre conscience des déchets qu’ils produisent et combien il est important de mettre en place un recyclage efficace. Je dirai même que le meilleur recyclage est le déchet que l’on ne produit pas ! C’est aussi le plus économique !

Les entreprises jouent-elles le jeu du recyclage ?

D’une manière générale, je pense qu’elles essaient vraiment de jouer le jeu en matière de tri des déchets. Certaines, il est vrai, ne s’embêtent pas à trier et préfèrent avoir une benne avec un mélange de déchets. Mais cela reste rare.

Pour certains secteurs, comme le BTP, ce n’est pas évident du fait de l’organisation des chantiers. Les entreprises de ce secteur ont également une obligation réglementaire de recyclage. Elles placent généralement sur les chantiers une benne à disposition, où toutes les sociétés présentes déposent leurs déchets. Le tri à la source est dès lors extrêmement difficile, du fait de la multiplicité des intervenants. En outre, un producteur de déchets doit s’assurer de leur complète destruction. Aujourd’hui, de nombreux professionnels pensent qu’en passant par un prestataire, ils sont dégagés de la gestion et du suivi de leurs déchets. À notre niveau, nous sommes en train de conduire un important travail de dématérialisation, afin que nos clients puissent avoir accès, via un site, à la traçabilité de leurs déchets.

Certains déchets peuvent-ils poser problème au moment du recyclage ?

Les produits qui arrivent de plus en plus fréquemment chez nous sont les produits composites, et peuvent effectivement poser problème au recyclage, tout comme les plastiques complexes. Pour pouvoir recycler une matière, il est nécessaire d’en engranger une assez grande quantité, de qualité similaire. Lorsque l’on collecte 100 tonnes de ferraille de qualité équivalente, c’est simple. En revanche, lorsque l’on collecte 100 tonnes de matières plastiques, avec cinquante qualités différentes, la problématique n’est plus du tout la même.

S’il est primordial de collecter suffisamment de matières pour les recycler, il est également indispensable de pouvoir travailler avec des filières dédiées. Les plastiques composites (notamment élaborées avec des retardateurs de feux), les panneaux solaires peuvent être délicats à recycler, du fait du coût engendré, faute de filières organisées. Les professionnels du secteur, par exemple de la plasturgie, tentent au maximum de trouver des solutions.

Vous évoluez dans un environnement contraint, notamment du fait du contexte législatif et réglementaire…

Tout à fait. Plusieurs textes de loi encadrent notre métier. La loi de 1975 prévoit que les producteurs de déchets doivent les traiter (collecte, transport, élimination ou recyclage). En 1991, le législateur s’est intéressé aux déchets dangereux, et la loi de 1992 insiste sur les emballages cartons : ceux-ci doivent désormais être recyclés.

Ce sont les principales réglementations concernant l’évolution de la gestion des déchets.

De plus, un décret de 2016 marque l’obligation faite aux plus importants producteurs de déchets, de trier le métal, le plastique, le verre, le bois et le papier. Et ils doivent s’assurer de leur recyclage.

Aujourd’hui, l’évolution de la réglementation va tourner une nouvelle page avec la loi sur l’économie circucirculaire qui vient d’être votée. Cette dernière va imposer à une grande partie des fabricants de produits de mettre en place des filières pour recycler les déchets. Elle va aussi imposer aux entreprises du bâtiment de mieux les trier.

Mais le point le plus dur de cette loi, demeure la volonté de réduire les capacités d’enfouissement des centres dédiés.

Pour cela, l’État va agir sur deux points : le premier en réduisant les autorisations annuelles d’enfouissement et le deuxième, en augmentant les taxes comme la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes, NDLR). Cette situation aura comme conséquence, dans les années à venir, d’une part de provoquer des difficultés pour évacuer les déchets non recyclables, et d’autre part, d’induire une augmentation des coûts que nous allons payer sur les sites qui les accepteront encore.

Enfin, les centres d’enfouissement se font de plus en plus rares en France, car les zones qui pourraient être identifiées et s’y prêter ne sont finalement pas exploitées, du fait des nuisances. De nombreux centres arrivent à saturation en France, et donc ne prennent plus de tonnage. Cela est en train de se produire sur le secteur de Bourg. Que fait-on ensuite des déchets qui ne peuvent plus être enfouis ? Il devient plus que primordial que les entreprises trient encore mieux leurs déchets, pour envoyer moins de déchets ultimes en décharges. Par conséquent, il est urgent d’agir…


Repères

Pascal Viallon codirige Quinson-Fonlupt, entreprise de collecte, traitement et valorisation des déchets à Bourg-en-Bresse

Pascal Viallon codirige la société familiale Quinson-Fonlup avec son frère, Laurent. Membre du Centre des jeunes dirigeants depuis 2009, il a été président de la Jeune chambre économique en 2008. Conseil technique à la Chambre de commerce de l’Ain depuis les années 2000, il est devenu élu associé à la CCI depuis 2018.

Quinson-Fonlup est une entreprise emblématique dans le secteur du tri, du transport et du traitement des déchets. La société existe depuis 139 ans, soit depuis 1880. Son chiffre d’affaires (10 M€) est réalisé à 70 % en France et 30 % à l’international.


Propos recueillis par Myriam Denis

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