Sacha Rosenthal : «Notre modèle économique et social est durable»

Sacha Rosenthal : «Notre modèle économique et social est durable»

Comment un self-made man tutoie aujourd’hui les plus grands de son secteur ? Sacha Rosenthal, dirigeant de Xefi, spécialiste ès informatique, fait découvrir, via son parcours et la progression de son entreprise, sa vision du business.

Sacha Rosenthal, pourquoi vous-êtes vous lancé dans l’informatique ?

Je suis tombé dedans très jeune ! Dès l’âge de 15 ans, j’avais ma première machine (un Oric Atmos pour les connaisseurs, NDLR), j’y passais un temps considérable.

Autodidacte, j’ai commencé à travailler dès l’âge de 17-18 ans en tant que vendeur informatique. Après quelques années où j’ai été militaire et où j’avais rejoint la Valbonne, ce qui m’a propulsé dans la région, j’ai créé mon entreprise en 1995, surtout dédiée au dépannage informatique, à l’origine. J’ai démarré par 7 mètres carrés à Lyon, un bureau situé au fond d’une agence immobilière. Très rapidement, j’ai décidé d’appliquer trois préceptes : le service client, la qualité d’accueil qui se doit d’être irréprochable et la rapidité d’exécution garantie. Toute ma boîte est gérée avec ces trois préceptes… On forme même les collaborateurs à cela.

J’ai fait en sorte que le taux de satisfaction de mes clients soit total, avec un dépannage en 24 à 48 heures maximum. Ceci a fait boule de neige, j’ai ensuite pu embaucher mes premiers collaborateurs en 1997. Mon premier salarié est d’ailleurs aujourd’hui toujours mon directeur technique. Je suis un homme de process et, toujours avec cette simplicité d’action, nous gagnons du terrain d’année en année…

Vous avez connu plusieurs virages marquants dans votre vie d’entrepreneur, notamment celui qui vous a permis de dupliquer votre modèle économique…

Tout à fait. En 2007, j’ai racheté une société à Bourg, l’aube une nouvelle grande aventure entrepreneuriale. Notre modèle fonctionne ainsi : nous devons être à maximum trente minutes du client, afin de proposer un service rapide et pertinent. Je crois à bien des titres à la proximité. Pour moi, cela n’avait pas de sens écologique, économique et humain, de prendre la voiture pour effectuer des interventions “de proximité” à une heure de route. Je crois fondamentalement que l’on peut lutter contre les grands du marché, si l’on est proche de nos clients. C’est notre modèle économique et social, et il est durable. Ce premier rachat nous a confortés dans notre vision des choses. Et si cette entreprise est une filiale, elle est également autonome. C’est ce qui a participé à notre croissance : on ne s’est pas contenté de modéliser le service apporté au client, mais d’aller plus loin dans la relation. Cette structure autonome a plus que triplé de taille depuis son rachat en 2007, elle est structurée autour de son patron et de l’équipe en place. Le projet de développement de cette entreprise est local et les gens se l’approprient. C’est l’équipe en place qui propose chaque année, le projet de l’année suivante. Ce que l’on duplique, ce sont les modèles : que délivre-t-on comme service et pourquoi.

Cela implique une notion de confiance très forte, mais il y a également beaucoup de transparence : nous fonctionnons sur le partage et les comptes de résultat sont visibles, au jour le jour et en direct, par l’ensemble des collaborateurs. Outre le rachat de confrères, nous avons par la suite, franchisé notre modèle. Or, dans notre métier, cela n’existait pas. Aujourd’hui, nous comptons 65 franchises.

Pourquoi se lancer dans le cloud ?

Le cloud – la centralisation des données informatiques des clients, qu’il s’agisse de PME ou de grands comptes – concentre les plus grosses entreprises du marché. Est-ce que l’on se contente d’être un acheteur et un revendeur du produit, comme le suggère Microsoft ? Est-ce qu’en local, nous avons un rôle à jouer ? Xefi a décidé de se lancer dans la bataille. Nous avons investi très lourdement, soit trois fois et demie nos fonds propres, pour élaborer nos propres solutions, nos propres data centers, notre propre cloud. C’est une aventure de fou ! Nous avons remis notre société sur la table. Nous avons fait le choix de rester indépendants aussi. Ce projet a nécessité quatre ans de travail. Et pour répondre aux enjeux de ce projet industriel de grande ampleur, il nous a fallu grandir, nous avons donc accéléré le rachat d’entreprises locales (Bourgoin-Jallieu, Mâcon, Vienne, etc.) Nous avons décidé de nous étendre en spirale, tout en restant non loin de nos bases, afin de pouvoir s’entraider entre agences. En 2013, le premier data center est sorti de terre à Civrieux, dans l’Ain. Et nous venons d’inaugurer le second…

Comment garantir la sécurité des données informatiques ?

Cette question est effectivement fondamentale. En réalité, le data center n’est “que” la phase émergée de l’iceberg. Si l’on prend la totalité des investissements réalisés pour le data center et le cloud dans notre entreprise, cela s’élève à 22 millions d’euros, depuis 2014. Sur cette somme, 7 millions d’euros sont dévolus aux bâtiments, soit la partie visible. Le reste est dévolu à l’IT : la sécurité des données passe par de l’informatique de très haut niveau. C’est précisément cela qui sécurise les données, et non le data center uniquement, même s’il s’agit d’une sorte d’enveloppe sécuritaire. Le plus technologique, c’est l’informatique. Sur le réseau et la sécurité du réseau, nous avons par exemple investi deux millions d’euros, uniquement pour l’achat de matériel, même pas pour les compétences. Tout cela ne se voit pas…

L’informatique “durable” existe-t-elle ?

Oui. Et nous fonctionnons très factuellement en la matière. J’utilise le mot “durable” depuis 1995. Je n’aime pas les choses non pérennes. Tout d’abord, dans notre entreprise nous créons des emplois durables. Nous recrutons les gens en CDI, sauf les alternants, qui reçoivent dans 80 % des cas une proposition d’embauche en CDI temps plein. J’ai toujours pratiqué cette politique : pas d’intérim, pas de CDD, pas de sous-traitance. Cela fait partie de notre culture d’entreprise. De plus, nos performances énergétiques sur nos datacenters sont élevées. Et puis, d’une façon pragmatique, nous avions intérêt à travailler de la sorte ! En effet, lorsque l’on vend une offre à une PME, il s’agit d’une offre forfaitaire, simple, facile à comprendre avec un prix ferme. Derrière, j’ai intérêt à optimiser mon prix, ma durabilité. Consommer le moins possible pour refroidir les serveurs, par exemple, est donc une évidence. De plus, nous sommes certifiés norme ISO 14001, avec l’un des datacenters les plus avancés sur la question énergétique en Europe.

L’entreprise durable, cela passe aussi par le sport, un sujet de prédilection pour vous…

J’ai initié un programme “sport” mais je ne m’en occupe pas directement. Je suis un mauvais exemple ! Je fais du triathlon ironman : 3 800 m de natation, 180 km de vélo et 42 km à pied, neuf sur les treize dernières années. J’ai embauché une kinésithérapeute, qui est devenue notre responsable “sport santé”. Elle a mis en place ce système et une vingtaine de coachs sont disponibles pour les salariés du groupe, avec un programme personnalisé par agence. Certaines vont préférer la sophrologie, le yoga, le cardio, d’autres vont privilégier des projets de groupes. Le tout, pris en charge par le groupe, pour un budget annuel de l’ordre de 400 000 euros. Pourquoi ? Parce qu’il est important de prendre soin de soi !

Est-ce de la responsabilité de l’entreprise ?

Je ne me pose pas la question de cette manière. Cela fait partie de mon obsession du durable ! Prendre soin de soi, de sa machine, être bien, c’est primordial. Cela n’enlève rien à l’exigence qui me caractérise… En outre, l’ambiance de travail va de pair avec la compétitivité hors norme de notre entreprise.


Repères

Sacha ROSENTHAL, dirigeant de Xefi
  • Sacha Rosenthal, 49 ans et natif de Toulon, est installé dans la région depuis 1995. Autodidacte, il a travaillé très jeune « par nécessité », en tant que vendeur informatique, à Nîmes.
  • Après avoir été militaire quelques années, il crée Xefi à Lyon, société spécialisée en informatique. L’entreprise aujourd’hui, compte 80 agences, 17 en propre et 63 en franchise. Xefi emploie 520 salariés, un peu plus de 800 avec les franchises. CA : 110 M€ en propre, et 30 M€ de plus avec les franchises. Elle vient d’ouvrir un second datacenter, à Civrieux.
  • Sportif de haut niveau, Sacha Rosenthal est par ailleurs, reconnu pour ses performances en triathlon ironman.

Propos recueillis par Myriam Denis

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