Dérèglement climatique : les agriculteurs de Maurienne tournés vers l’avenir

par | 8 Jan 2026

Deux groupements de développement agricole de Maurienne ont initié une réflexion collective pour se préparer aux changements à venir.

Confrontée aux effets du changement climatique, aux contraintes énergétiques et au défi du renouvellement des générations dans les exploitations, l’agriculture de Maurienne a décidé de prendre son avenir en main. Le Groupement de développement agricole (GDA) moyenne Maurienne et le Groupement intercommunal de développement agricole (Gida) Haute Maurienne – qui regroupent quelque 112 exploitations – ont ainsi lancé en décembre, avec le soutien de la Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, une démarche de réflexion collective autour de ces enjeux, de manière établir une feuille de route courant 2026 et à peser dans les prochains scrutins. La première réunion a eu lieu à Saint-André le 10 décembre.

Avec quelque 3 000 vaches laitières (représentant 28 % des exploitations), plus de 19 000 brebis et 900 chèvres (30 % des exploitations), la Maurienne demeure une terre d’élevage où 99 % des surfaces agricoles sont en herbe. La recherche d’autonomie fourragère y est très présente, du fait du cahier des charges AOP Beaufort.

Selon une étude des coopératives du secteur, trois quarts des exploitations achètent du foin : en 2013, 1 600 tonnes ont ainsi été acquises par la filière laitière. L’autonomie hivernale varie selon les années : quand les conditions sont jugées « normales », 69 % de l’autonomie est atteinte, mais cette dernière chute de 30% les années dites « mauvaises ». Globalement, GDA et GIDA constatent que l’autonomie fourragère de la vallée tend à diminuer.

En parallèle, entre les périodes 1976-2005 et 2021-2050, le nombre de jours où la température est supérieure à 25°C (à 1 000 m d’altitude) a augmenté de quinze. Les estimations d’ici à 2070 en rajoutent 40. Les conséquences de ce réchauffement se font déjà sentir avec une baisse des rendements de l’ensemble des cultures, des prairies moins productives, des fruits et légumes touchés par des brûlures, des animaux souffrant de stress thermique, etc.

Et alors qu’autrefois le troupeau suivait la pousse de l’herbe en alpage, force est de constater qu’aujourd’hui, la différence altitudinale sur la croissance de cette dernière s’efface. Ce qui engendre un besoin de plus d’animaux sur une courte période. Enfin, la ressource en eau est toujours là, mais pas au même moment ni dans les mêmes quantités.

Ces changements profonds s’accompagnent d’une problématique sociétale puisque 57 exploitations sont concernées (représentant un quart de la surface agricole utilisée) par des enjeux de transmission. Les questions du coût du foncier et du logement ne facilitent pas les installations hors cadre familial. La problématique de la pénurie de main-d’œuvre est en outre soulignée, notamment par les coopératives laitières, qui désignent le chantier du Lyon-Turin comme responsable d’une concurrence « très déloyale ».

« Il reste beaucoup à faire, mais la direction est la bonne », a conclu l’assemblée qui s’attelle désormais à définir les enjeux et les priorités avant de formaliser, courant 2026, un plan d’actions sur 5 à 10 ans.

La Maurienne demeure une terre d’élevage. Copyright : Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc

Témoignage d’un agriculteur « shifter »

Julien Saillet, éleveur de brebis à Burdignin (74) et « shifter » (think-tank The Shift Project), a témoigné de ce qu’il a mis en place après avoir pris conscience de l’impact de l’agriculture sur les émissions de gaz à effets de serre (20 % du total de ces émissions en France, derrière les transports et devant l’industrie).

De 155 brebis, il est descendu à 135 pour réduire les fermentations entériques. Il vise une centaine de bêtes à terme. Pour compenser ce manque à gagner, il s’est lancé dans la production de végétaux nécessaires à la sécurité alimentaire du territoire, a monté un atelier de poules pondeuses et engraisse des cochons.

« Pour moi, dit-il, il n’y a pas de solution applicable à toutes les fermes. » La démarche commence, selon lui, par l’évaluation de son bilan carbone afin d’identifier les leviers d’action principaux. Mais, poursuit-il, la population et les collectivités doivent aussi faire évoluer leurs comportements (relocaliser les productions et leur transformation, moins gaspiller, manger moins de viande, favoriser l’emploi agricole, soutenir les externalités positives…).

L’autonomie fourragère de la Maurienne tend à baisser. Copyright : Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc

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