Libraires en Nord-Isère : comment survivre à Amazon

Libraires en Nord-Isère : comment survivre  à Amazon

Même s’il existe beaucoup de lecteurs, une interrogation germe sur l’avenir des libraires indépendants. Pourront-ils continuer longtemps à faire le poids face aux géants de la vente en ligne tels qu’Amazon ?

Dans le Nord-Isère, six librairies se démènent comme ils peuvent face à la concurrence d’internet. Aides de l’état ou multiplication d’activités sont autant de stratégies qu’ils ont adoptées pour arriver à subsister, mais c’était sans compter sur le retrait inopportun de la somme d’argent allouée à l’achat de manuel avec le pass région. Une perte malvenue pour ces artisans de la lecture.

Avec trois magasins à Vienne, un à Bourgoin-Jallieu, un à la Tour-du- Pin et un dernier à Crémieu, le tour d’horizon des libraires indépendants du Nord-Isère est vite fait. Un chiffre relativement faible au regard de cette partie importante du département qui représente tout de même 220 communes, 479 524 habitants (Recensement INSEE 01/2016) et autant de lecteurs potentiels.

La faute à la vente en ligne qui propose aux clients à toute heure de la journée, dimanche et jours fériés compris, l’envoi gratuit et rapide de livre. Un adversaire redoutable aussi pour des librairies qui ne peuvent proposer le même service. « C’est un peu David contre Goliath, fourmi contre éléphant », confie dépité Paul Chemin, gérant de la librairie “Chemin de Crémieu”.

Un constat corroboré par son confrère Fabrice Matron, libraire spécialisé dans la BD, “Les bulles de Vienne”, qui déclare, quant à lui, « On regarde, on surveille… il peut toujours y avoir des risques, comme une désertification de la ville. ».

Dans le Nord-Isère, six librairies se démènent comme ils peuvent face à la concurrence d’internet. Aides de l’état ou multiplication d’activités sont autant de stratégies qu’ils ont adoptées pour arriver à subsister, mais c’était sans compter sur le retrait inopportun de la somme d’argent allouée à l’achat de manuel avec le pass région. Une perte malvenue pour ces artisans de la lecture.

Acheter sur internet, mais pas que !

Quant à savoir d’où vient le fait que nombre de citoyens optent pour la vente en ligne plutôt que l’achat chez un libraire indépendant, Alain Billier, gérant de la librairie “Luciole de Vienne”, y voit un phénomène de société : « Le problème, dit-il, vient du fait que les gens ne sont pas très responsables dans leurs achats. Il existe une concurrence déloyale et cela fait l’objet pour moi d’un débat de société. ».

Alors, quelles sont les vraies raisons pour lesquelles des clients se tournent spontanément vers la vente en ligne plutôt que vers leurs librairies traditionnelles, quitte à mettre en péril ces dernières ? D’abord, par facilité ! Les consommateurs de livres se plaisent à commander en ligne simplement parce que cela leur facilite la vie et préserve, parfois, aussi, leur portemonnaie – ils n’ont plus à se déplacer pour acheter.

Nous avons interrogé autour de nous des lecteurs sur ce sujet, et, ce qui ressort de nos entretiens, c’est que, pour eux, « acheter sur Amazon, c’est simple, rapide, et parfois même.., moins cher ! », même si la loi Jacques Lang régule le prix et permet qu’un livre neuf soit toujours vendu au même tarif, quel que soit son lieu de commercialisation.

Dieu merci, les librairies indépendantes ne sont pas encore oubliées de lecteurs qui les défendent contre vent et marée ! « Moi, quand je sais exactement quel livre j’ai envie d’acheter, je vais sur Amazon, c’est rapide ! Mais quand je veux découvrir un livre, je vais en librairie où je suis sûre d’être bien conseillée », explique Alicia, que nous avons interrogée à la sortie de Lucioles.

Des plus réfractaires, au contraire, sont totalement contre le fait d’acheter sur la plateforme, comme Séverine, rencontrée un peu plus tard au même endroit. « Leurs conditions de travail sont déplorables ! Je ne tiens absolument pas à encourager cela ! », nous a-t-elle avoué, sans ambages. Toutefois, pour Alain Billier, ce n’est pas uniquement la faute de la vente en ligne si la fréquentation des librairies a baissé.

« Aujourd’hui, dit-il, il y a une perte du lectorat car les gens lisent tout simplement moins. C’est un fait causé, par exemple, par l’arrivée de Netflix. Mes filles y passent énormément de temps ! Il faudrait redonner goût à la lecture, parce que tout passe par le virtuel aujourd’hui ! ».

“Humain et chaleureux”

En dépit de cela, des librairies nord-iséroises indépendantes sont fort heureusement toujours actives sur le territoire et continuent à avoir une clientèle très fidèle. Quelles voies empruntent-elles pour y parvenir ? Si elles résistent, c’est avant tout parce qu’elles apportent une plus-value… “humaine”. Le contact, le sourire, le conseil, bien sûr, sont des termes qui ne conviennent pas forcément à la plateforme du Net, et pour cause !

Alors, pour renforcer cette relation avec la clientèle, nos libraires du terroir doivent être forces de propositions. « Il faut être innovant, professionnel, avoir du choix, créer des animations… Nous possédons une newsletter, nous réalisons des partenariats et maintenons des relations de proximité avec les collectivités locales… », confie Fabrice Matron, des Bulles de Vienne, qui fait feu de tout bois. Une stratégie qui permet de proposer à ses clients plus que le simple achat d’un livre.

D’autres proposent des activités pour les enfants, des rencontres d’auteurs, la participation à des salons littéraires, organisent un prix littéraire, des apéro-littéraires… et la liste n’est pas exhaustive. Autant d’initiatives qui leur permettent de recevoir des aides de l’état pour des animations jugées « culturelles et vivantes ».

La région, cause directe de perte financière

Malgré cela, les libraires ont vu la région Auvergne-Rhône-Alpes prendre une décision qui risque d’impacter leurs finances déjà fragiles. Depuis quelques années, le Pass Région, une carte délivrée aux étudiants de 15 à 25 ans leur permettant de bénéficier d’avantages scolaires et culturels, proposait une aide financière pouvant aller de 50 à 100 € pour l’achat de manuels scolaires dans les librairies.

Pour cette rentrée, les élèves en possession du pass peuvent bénéficier dans leur établissement scolaire de la remise gratuite de manuels scolaires. La mesure a pour but de favoriser le pouvoir d’achat des familles. Nicolas Spitz, gérant de la libraire La belle Histoire de La Tour du Pin, déplore l’initiative.

« Il est probable, dit-il, qu’on perde un salarié à cause de la baisse d’environ 20 % de notre chiffre d’affaires ». Mise en place progressivement, tous les départements ne sont pas affectés pour l’instant par la nouvelle mesure. L’Isère, pour le moment, y échappe. Le temps, peut-être, pour les libraires du territoire, de trouver un moyen de palier cette source de revenus. Peut-être en faisant paraître leur propre « Manuel du système D », ou, « Comment s’en sortir quand on n’a plus que la passion »…

Alors, quelles sont les vraies raisons pour lesquelles des clients se tournent spontanément vers la vente en ligne plutôt que vers leurs librairies traditionnelles, quitte à mettre en péril ces dernières ? D’abord, par facilité ! Les consommateurs de livres se plaisent à commander en ligne simplement parce que cela leur facilite la vie et préserve, parfois, aussi, leur portemonnaie – ils n’ont plus à se déplacer pour acheter.

Vienne : Passerelles multiplie les animations

« Si mon fils voulait devenir libraire, je lui dirais non ! » Lise-Marie Dolenc, cogérante de la librairie viennoise Passerelles, ne mâche pas ses mots quant à l’avenir de la librairie indépendante. Niché dans un imposant bâtiment au 19 du cours Brillier voilà déjà 20 ans, le négoce a été racheté en 2014 par Lise-Marie et son associée, Murielle Gobert. Deux employées qui ont franchi le pas de l’entreprise.

On trouve aussi dans les lieux de la papeterie, du matériel pour réaliser des arts plastiques, des CD et des vinyles. Mais être une librairie qui propose un large choix d’articles ne suffit pas à faire oublier le poids de la concurrence de la vente en ligne que représente Amazon. Selon Lise-Marie Dolenc, cette plateforme sur le net est même devenue « un concurrent féroce qui est présent partout, pour les particuliers, les professionnels, l’école… ». Bref, pour exister, les deux femmes ont du s’adapter en jouant la carte de l’animation.

En effet, la librairie propose régulièrement des rencontres avec des auteurs, des activités avec les enfants, ou encore, des apéros littéraires qui recueillent beaucoup de succès auprès des lecteurs. « Pas une semaine sans événement », assure la libraire. Notons que tout ce versant animation est soutenu par des subventions issues de la Région.

Pour les animations régulières, c’est 30 % du coût maximum, plafonné à 10 000 € ; pour les aides ponctuelles, c’est 50 % du coût du projet maximum, plafonné à 7 000 €. C’est toujours bon à prendre ! La librairie a innové en créant son propre prix littéraire, le Prix Passion Passerelles, décerné par un jury de 30 lecteurs pour 8 romans uniquement français.

« Si mon fils voulait devenir libraire, je lui dirais non ! » Lise-Marie Dolenc, cogérante de la librairie viennoise Passerelles, ne mâche pas ses mots quant à l’avenir de la librairie indépendante.

“Le métier de libraire est en mutation constante !”

Pour ce qui est de s’adapter au marché d’Internet, la librairie a décidé de proposer du “Click and Collect” où les clients peuvent réserver et/ou commander un livre en ligne et venir le chercher ensuite en magasin. Passerelles est également présente sur www.lalibrairie.com, plateforme regroupant plusieurs libraires indépendants, et permettant aux clients de commander des livres en lignes, se les faire envoyer et livrer par un des libraires indépendants.

Mais, selon les cogérantes, cette stratégie n’est pas la plus payante : cela rapporte peu. Il est en effet difficile pour elles de faire face à Amazon, de ce point de vue, car le géant de la vente en ligne offre des livraisons rapides et gratuites, ce qu’elles n’ont pas les moyens de proposer. Se pose alors la question de savoir ce qu’il en sera de l’avenir de ce métier. Le constat pourrait s’avérer pessimiste, mais Lise-Marie Dolenc veut continuer à y croire : « La littérature sera toujours présente ! Le métier de libraire, il est en mutation constante ! ».

Signe encourageant, la librairie qui sait mettre en avant ses nombreux atouts, et qui compte aujourd’hui 5 salariés, en plus des deux gérantes, a réalisé en 2018, un chiffre d’affaire de 1,4 millions d’euros.

Le Nord-Isère adore les livres. Le club des lecteurs de la médiathèque Claudie Gallay à Saint-Savin en est l’exemple.

Bourgoin-Jallieu : Ma petite librairie

« L’humain, selon Esther Duclercq, cogérante de Ma petite Librairie située au 2, place de la Halle à Bourgoin-Jallieu, ça à toute son importance, et c’est pour cela que les librairies indépendantes existent encore ! ». Le négoce berjallien a été créé après le “remerciement” des deux cogérantes, Marie- Laure Ndoye et Esther Duclercq, d’une autre librairie.

Depuis son ouverture, les deux femmes travaillent seules et arguent d’un chiffre d’affaire annuel de 400 000 €. Sur la problématique Amazon, Esther Duclercq préfère voir la multinationale comme un « concurrent contre lequel il faut se battre, mais un concurrent qui manque d’humanité… », et d’ajouter, « c’est pour cela que l’entreprise ne prend pas tant de parts de marché que ça ».

Selon elle, le géant de la vente en ligne se serait lui-même rendu compte de ce besoin de contact et de relation sociale, et c’est pourquoi il aurait créé, en Californie, un espace de vente. La libraire ajoute, pour étayer son point de vue, que, « rien que pour les papiers cadeaux, en librairie indépendante, on peut les faire gratuitement, alors que sur Amazon, ce n’est pas possible, ou, alors, c’est payant ! ».

Même si Esther Duclercq ne considère pas que son métier soit un domaine professionnel qui a de l’avenir, elle se rassure après avoir constaté que, « les librairies qui ont été mises à mal, de tous temps, s’en sont toujours sorti. ».

“Les librairies s’en sont toujours sorti”

Même si Esther Duclercq ne considère pas que son métier soit un domaine professionnel qui a de l’avenir, elle se rassure après avoir constaté que, « les librairies qui ont été mises à mal, de tous temps, s’en sont toujours sorti. ».

Adhérentes au Syndicat de la librairie française (SLF), leur adhésion leur apporte un soutien : « ils répondent aux questions et interrogations des libraires sur la loi, et sur les droits ». Pour la libraire, « Savoir que nous sommes plusieurs dans un syndicat comme ça, c’est bien ».

Si la librairie propose des animations, des rencontres, des salons, des conférences débats… elle n’a reçu d’aides que lors de sa création. Heureusement, elle s’est renforcée depuis d’une association, “Les ami-es de ma petite librairie”, qui lui permet de faire rayonner ses actions sur tout le territoire berjallien.


Dossier réalisé par Charlène Robert et Éliséo Mucciante

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