Malgré la crise, le Léman Express a rencontré son public

par | 18 Déc 2020

En dépit d’une litanie d’avaries et de la pandémie, le RER transfrontalier, qui fête son premier anniversaire, a trouvé sa place au coeur de la mobilité du Grand Genève.

Le Léman Express (LEX) a sans doute connu la pire mise en service de l’histoire du transport ferroviaire. Rien ou presque n’aura été épargné au plus grand réseau transfrontalier d’Europe, qui se déploie sur 230 kilomètres de voies ferrées de part et d’autre de la frontière franco-suisse. Inauguré le 15 décembre 2019, en plein mouvement social français, le LEX n’a véritablement pu déployer ses six lignes qu’à partir du 22 janvier. Et s’est très vite heurté à une avalanche d’avaries qui ont entraîné une cascade de retards et d’annulations.

Lancement contrarié

Après deux mois de rodage, le RER transfrontalier commençait à peine à trouver la cadence quand l’impensable arriva. Qui aurait pu imaginer que le lancement de ce projet pharaonique, qui a nécessité près de 2 milliards d’investissements, coïnciderait avec l’irruption de la première pandémie du XXIe siècle ? Covid-19 oblige, le nouveau service s’arrête, puis reprend au ralenti jusqu’à la fin du premier confinement. Depuis, la persistance du trouble sanitaire a érigé la distanciation sociale et le télétravail en dogmes.

Pourtant, « nous transportons, depuis septembre, un peu plus de 30 000 voyageurs par jour », note Armelle Laugier, directrice générale adjointe de Lémanis, la structure helvético-française (60 % CFF, 40 % SNCF) qui pilote l’exploitation du LEX. « C’est une source de satisfaction car cela démontre que notre offre répond à un besoin réel des habitants du Grand Genève. Les tronçons transfrontaliers ont retrouvé des niveaux de fréquentation analogues à ceux observés en février-mars. Globalement, nous sommes en ligne avec nos objectifs de fréquentation initiaux, et ce, malgré la crise. »

Un constat que partage Martial Saddier, député haut-savoyard et conseiller régional en charge du dossier : « Le bilan est très positif sur l’essentiel : les chiffres montrent que cette offre de mobilité a trouvé son public, et qu’elle prendra de l’ampleur quand un retour à la normale sera possible. » Le fait d’avoir séduit plus de 45 000 clients par jour avant le premier confinement permet en effet d’envisager de tutoyer plus rapidement que prévu le seuil des 50 000 voyageurs par jour, qui constituait initialement un objectif à moyen terme. Pour cela, il faudra stabiliser le service, un impératif si l’on considère que l’offre nominale n’a été proposée que pendant huit semaines en 2020.

Si cette situation est en partie imputable à la crise sanitaire, elle résulte aussi de difficultés opérationnelles. « La plupart des dysfonctionnements techniques ont été réglés. Le rodage est derrière nous », veut croire Armelle Laugier. « Il ne reste que deux sujets : le manque de conducteurs CFF et la fiabilité du matériel roulant Flirt, sur lequel des améliorations sont en cours. »

Concernant la pénurie de conducteurs CFF, qui touche toute la Suisse, des recrutements ont été effectués et les formations complémentaires nécessaires pour maîtriser les spécificités du LEX ont été lancées. De quoi envisager un retour à l’offre nominale à partir d’avril 2021, sous réserve d’une évolution favorable de la situation sanitaire. En outre, les progrès sont d’ores et déjà notables. Depuis le 24 août, 230 trains sur les 240 prévus circulent chaque jour dans les horaires des Léman Express entre Annemasse et Genève et « le taux de régularité dépasse les 90 % sur l’ensemble des lignes », relate la responsable.

Modernisation de l’axe La Roche-Sur-Foron/Saint-Gervais

Lémanis se prend donc à rêver d’un avenir plus radieux. Et cela d’autant plus que la situation semble se décanter autour de son véritable talon d’Achille : la vétusté du réseau ferroviaire haut-savoyard. Dans la continuité des annonces présidentielles de février dernier, les discussions autour des travaux de modernisation de l’axe La Roche-sur-Foron – Saint-Gervais seraient en voie de finalisation, avec une enveloppe qui devrait être comprise entre 150 et 200 millions d’euros, pour un livrable attendu à l’horizon 2025-2026.


Par Matthieu Challier

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