Si les montagnes ne se rencontrent pas, la proximité de leurs cimes et de leurs combes enneigées ont amené les offices de tourisme des Contamines-Montjoie et d’Arêches-Beaufort à imaginer un périple de quatre jours en ski s de randonnée entre les deux stations. Une aventure inédite de 50 km pour 3 600 m de dénivelé cumulé.
Le ski de randonnée a le vent en poupe. C’est heureux et les initiatives des stations autour de la discipline se multiplient. En témoigne cette nouvelle traversée imaginée par les directions des deux offices de tourisme lors d’une discussion sur leur proximité et proposée par les compagnies des guides locales. Pour la première fois ce printemps, une trace entre les deux villages a été ouverte par Yannick Ardouin, guide professionnel (et photographe) à la Compagnie des Guides du Beaufortain et Mathias Dunand , à la Compagnie des Guides de Saint-Gervais – Les Contamines. Une découverte inédite des paysages sauvages et variés du Val Montjoie et du Beaufortain. Un conseil avant de se lancer : prendre seulement l’essentiel dans son sac à dos pour l’alléger au mieux. La course n’exige ainsi aucun crampon ; pas de duvet ni d’habits de rechange pléthorique… Éviter aussi le coton sur la peau pendant l’effort sous peine de stocker la transpiration.
Jour 1 / 4 heures / D+ 1 100 m / D- 1 300 m / Contamines-Montjoie vers Refuge des Prés
Réveil dès 7 heures pour débuter ce périple inédit dont les premiers mètres sont avalés par les remontées mécaniques. Direction la télécabine Montjoie au départ du hameau du Lay aux Contamines- Montjoie, puis le télésiège de Bûche Croisée qui dessert le col du Joly. Là, les traces horspistes abondent, il suffit de les suivre dans les pas des guides. Une aimable descente permet de se mettre en jambes. Hop, fixation des peaux et place à la première ascension vers le col de la Cicle (2 377 m). La montée est un peu raide et attend que la conversion soit maîtrisée : les deux pieds arrivent au même niveau, un bâton devant, un bâton derrière, on lève le pied amont avec un petit coup de talon pour remettre le ski à l’horizontal. Rotation, appui et le ski aval suit le même rituel. La marche peut reprendre. Une fois franchi le col, la descente, la première de ce beau voyage, est aisée dans un paysage vallonné aux reflets nacrés, en direction du confortable refuge des Prés. La bâtisse a été rénovée. Elle offre des chambrées confortables et même la possibilité d’apprécier une douche avec modération, car l’eau et la chaleur sont comptées. Les installations sont en autonomie. Cet itinéraire introductif est assez court : quatre heures environ d’où l’ajout d’une escapade complémentaire l’après-midi vers le col de la Fenêtre.

Jour 2 / 6 heures / D+ 900 m / D- 900 m / Refuge des Prés vers refuge Plan de la Lai

Réveil raisonnable à 7 heures pour cette deuxième journée de découverte. Direction le refuge du Plan de la Lai, une destination sans gardien au terme d’une course nourrie de paysages de toute beauté. Cap tout d’abord sur La Balme au Sud, par le vallon du réputé col du Bonhomme (2 329 m) dans une température d’autant plus supportable que le corps se réchauffe. La descente est ensoleillée. Yannick Ardouin et Mathias Dunand observent ; identifient le meilleur parcours vers le col de la Sausse (2 307 m), afin de rester en crête, délaissant les Roches Merles en rive droite. À l’heure de la pause pique-nique, les yeux s’écarquillent devant ce panorama immaculé. Pas une trace. Du blanc, du roc, du beau. Un vrai bonheur. La descente est d’une douceur savoureuse. Bien pentue d’abord, elle s’adoucit progressivement au beau milieu du vallon du Nant des Lautarets. Un peu d’élan n’est pas de refus pour se rapprocher au mieux du refuge : isolé l’hiver, blindé l’été à cause de sa proximité avec la route du Cormet de Roselend (évidemment fermée) lors de notre périple. Les bancs collés au mur extérieur sont d’un accueil douillet pour récupérer. Exposé plein Sud, plein soleil, l’endroit est atteint vers 15 heures.
Jour 3 / 6 heures / D+ 800 m / D- 170 m / Refuge Plan de la Lai vers refuge du Presset
Le troisième jour, c’est la journée de « grande grande” aventure ; un tour sauvage d’environ six heures en direction du col du Grand Fond (2 671 m) par la belle combe de la Neuva. La montée commence doucement. Elle se muscle plus tard en transitant ponctuellement par le territoire de La Plagne Tarentaise, sous la Pointe du Presset et le lac éponyme, invisible sous la glace et la neige. Plusieurs passages requièrent les bons conseils des guides, celui d’Arpire notamment. Les pros ouvrent la voie et sécurisent les zones de conversion. À l’avant col de la brèche de Parozan, un portage des skis est nécessaire. La descente est superbe, fractionnée, avec un premier passage au pied de la pointe de Presset (2 836 m) puis une courte descente dans une belle poudreuse. Nous franchissons alors le col du Grand Fond qui ouvre l’accès vers le refuge de Presset. Le puissant bâtiment , implanté en crête à 2 509 m, apparaît à l’horizon. Sa terrasse et ses chambres cathédrales offrent un tour d’horizon à 360 ° juste époustouflant. Le refuge est habité, chauffé, confortable et accueillant. Ses pop-corn au curry sont immanquables, accompagnés d’une bière fraîche appréciée. Les grandes tables encouragent les rencontres et les jeux de cartes sans écran, en apprenant parfois les règles des randonneurs venus de toutes les régions du globe.

Jour 4 / 4 heures / D+ 300 m / D- 1 500 m / Refuge du Presset vers Arêches (ou retour via Col du Joly)
Ultime journée de cette traversée inédite : la jonction vers Arêches. La traversée par le col du Bresson (2 469 m) tout proche marque l’entrée en Beaufortain. La descente en face Ouest vers les Conchettes laisse le temps d’admirer la Pierra Menta (2 684 m) dont la silhouette caractéristique a donné son nom à une course en ski de randonnée réputée. L’itinéraire est agréable, même si la qualité de la neige est plurielle, alternant entre petite croûte fine et épaisseur tendre. Il longe le “lac des Chamois”, encore gelé et recouvert d’une épaisse couche de neige, avant de grimper en rive droite du lac de Saint-Guérin vers le col du Couvercle (2 296 m), ultime seuil avant de rallier par des pentes agréables les Daves et le Darbelay, hauts hameaux d’Arêches. La route d’été est transformée en piste qui dessert la station par le vallon aval du lac. C’est déjà fini ! Ou presque car il reste possible de revenir aux Contamines-Montjoie par le domaine de Hauteluce, via le col du Joly ; ou sinon d’envisager un taxi retour.
Au final, ces quatre journées dans les pas de Mathieu Dunant et Yannick Ardouin réservent 50 km de randonnée pour 3 600 m de dénivelé cumulé ; une aventure à vivre assurément. Info : Compagnie des guides Saint-Gervais / Les Contamines (guides-mont-blanc.com) et Bureau des guides du Beaufortain (https://guides-beaufortain.com/).

Raphaël Sandraz
Cet article est issu de notre magazine Naturez-vous Automne-Hiver 2025, disponible gratuitement au format liseuse en ligne >>









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