Philippe Le Sénéchal : « Les travaux de l’A412 devraient démarrer en septembre 2026 »

par | 14 Jan 2026

Alors que les procédures administratives se poursuivent, l’autoroute A412 reliant Machilly à Thonon-les-Bains entre dans la phase des diagnostics archéologiques. Les équipes de travaux monteront en puissance à partir du printemps, annonce Philippe Le Sénéchal, directeur d’Amedea, le concessionnaire.

Quel est l’état d’avancement de l’A412 ?

Tous les prérequis sont conformes, nous sommes en phase avec le planning fixé. En tant que maître d’ouvrage, nous avons trois grandes procédures à obtenir avant de démarrer la réalisation des 16 kilomètres de l’A412, entre Machilly et Thonon-les-Bains. Parmi celles-ci, et sans ordre de priorité : l’acquisition foncière, qui passe par une enquête parcellaire à l’issue de laquelle la préfète de la Haute-Savoie signera un arrêté de cessibilité. Les acquisitions s’effectuent de deux façons : à l’amiable ou par la voix judiciaire. Concrètement, nous allons voir les propriétaires des parcelles dont nous avons besoin et leur proposons un rachat sur la base de l’estimation des Domaines. Si la procédure ne se fait pas à l’amiable, nous passons par une ordonnance d’expropriation.

Philippe Le Sénéchal

Quels sont les enjeux en termes de surfaces et de prix ?

La surface dont nous avons besoin est assez classique pour ce type d’ouvrage puisqu’elle représente 160 hectares. Ce qui l’est moins, c’est le nombre important de parcelles cadastrales (1 300 pour 650 unités foncières), représentatif du parcellaire très morcelé en Haute-Savoie. La surface moyenne de la parcelle est de 3 000 m², ce qui est peu quand on parle de forêts et de prairies. Globalement, les prix oscillent entre 5 000 et 6 000 €/ha pour la forêt, entre 12 000 et 15 000 €/ha pour les prairies. Quelques zones bâties, très rares, seront achetées au prix du marché.

Quelle est l’avancée des discussions avec les propriétaires ?

Il s’agit essentiellement de privés. En trois à quatre mois, nous avons déjà signé 35 % des acquisitions à l’amiable, ce qui est plutôt bien à neuf mois du démarrage du chantier. La plupart du temps, ce sont des personnes qui n’ont pas vraiment l’utilité de leurs terrains et n’auraient pas forcément trouvé d’acheteurs. Nous avons confié à un opérateur foncier, Systra, la responsabilité de ces opérations foncières, y compris la constitution des dossiers pour la voie judiciaire.

Quelles sont les autres procédures menées ?

Les diagnostics archéologiques vont démarrer le 2 février, sur 55 hectares de champs et prairies. Réalisés par l’Institut national de recherches archéologiques, qui intervient sous la coupe de la préfecture de région, ils mobiliseront une dizaine de personnes. Les secteurs boisés sont exclus de cette campagne car il n’est pas question de déboiser avant l’arrêté d’autorisation environnementale, que nous attendons pour l’été. Cette autorisation environnementale est la troisième et dernière procédure sur laquelle nous travaillons.

De quoi s’agit-il ?

Dès 2024, nous avons réalisé les études “faune, flore” et poursuivi ce travail d’évaluation de l’impact de l’A412 sur les paysages, l’agriculture, l’air, le bruit, etc. Le dossier a été déposé en octobre dernier auprès de la Direction départementale des territoires, qui procède aux vérifications d’usage. La préfecture de la Haute-Savoie devrait prendre une décision dans l’été, ou à l’automne si nous devons retravailler certains points. Dans ce type d’opération, les prescriptions sont extrêmement fréquentes.

Quelles sont les compensations environnementales prévues ?

Aujourd’hui, nous devons compenser 160 ha au titre des habitats d’espèces protégées et 55 ha de zones humides. Nous avons trouvé et signé les conventions pour nos sites de compensation, essentiellement implantés sur le Bas Chablais (Lully, Allinges, Sciez, Chens-sur-Léman, Loisin…), au plus proche du tracé de l’autoroute. Nous avons établi un inventaire initial pour déterminer la typologie des populations présentes sur ces espaces et travaillons à l’élaboration de plans de gestion. Chaque année, nous dresserons un état des lieux de l’évolution quantitative et qualitative des populations établies sur ces sites, avec une obligation réglementaire de résultat et de suivi pendant plus de cinquante ans.

Concernant les travaux, quelle est la situation ?

En 2025, nous avons réalisé 400 sondages afin de définir avec précision les fondations des ouvrages d’art, les plans de coffrage, ferraillage, etc. Ces études seront terminées ce printemps. Nous prévoyons un démarrage des travaux en septembre. Entre-temps, nous répondrons aux demandes de précisions qui nous seront faites dans le cadre de l’autorisation environnementale, en sachant que le dossier passera, en avril, en phase de participation du public par voie électronique.

Comment va s’organiser le chantier ?

Nous profitons de la viabilisation de nouveaux lots, dans le cadre de l’extension des zones d’activités de Bons-en-Chablais et Perrignier, pour installer des locaux modulaires qui accueilleront nos deux bases de vie. Les terrains seront ensuite rendus à Thonon Agglomération en vue de leur commercialisation. Cette double implantation, à proximité de l’A412, est intéressante car le chantier sera linéaire. En période de pointe, entre 400 et 450 personnes appartenant à la direction, aux équipes supports et opérationnelles devraient être accueillies sur les deux bases de vie. Outre les bureaux, nous prévoyons un atelier mécanique.

Que représente Amedea actuellement ?

Amedea, l’entité concessionnaire de l’A412, emploie huit personnes aujourd’hui. Elle s’appuie sur un contrat confiant la conception-construction au groupement d’intérêt économique GIE A412. Ce conglomérat d’entreprises – dont Eiffage Génie civil est le mandataire – disparaîtra après la livraison de l’ouvrage. Il associe d’autres entités comme Clemessy, Arcadis ESG, Architecture Néel, Systra et Profils Études. Aujourd’hui, les effectifs constitués d’une trentaine de personnes se consacrent plutôt à la direction et à l’ingénierie. Les équipes de travaux vont commencer à s’étoffer au printemps, afin de procéder aux opérations de signalétique, préparation des bases de vie, mise en place des protections de l’environnement pendant la phase de travaux, déviations de réseaux…

Comment les marchés seront-ils attribués ?

Nous sommes sur une enveloppe de 340 M€ (dont 25 M€ pour le pont-rail d’Allinges) pour tous les travaux initiaux. Les entreprises seront choisies durant le premier semestre 2026. Le contrat de concession nous impose d’attribuer plus de 80 M€ en dehors du groupe Eiffage. Au-delà de son caractère réglementaire, cette obligation répond à notre volonté de travailler avec le tissu local. Eiffage n’a pas de compétences particulières en matière de déboisement, aménagements paysagers, sondages géotechniques… Ces travaux spéciaux seront confiés à des spécialistes. Nous avons, par ailleurs, des contraintes liées au plan de charge. Le béton viendra très probablement des centrales implantées localement et nous sous-traiterons certainement une partie des terrassements. Idem pour les 45 ponts que nous devrons construire en moins d’un an.

Quels seront les ouvrages les plus complexes ?

Le doublement du viaduc sur le contournement de Thonon. Cet ouvrage de 160 m de portée pour 12 m de large, qui franchit un cours d’eau, sera construit sur une plateforme située à proximité immédiate du site, et sera ensuite mis en place. Le pont-rail d’Allinges permettra à l’autoroute de passer en dessous de la voie ferrée actuelle. À l’origine, il devait être assez imposant, avec une structure métallique en forme d’arche de 30 m de haut. Nous avons finalement décidé de l’incorporer à la tranchée qui était prévue à cet endroit, par le biais d’une dalle conçue pour supporter la voie ferrée. L’A412 intercepte 14 cours d’eau mais aussi beaucoup de routes et de chemins.

Quelle sera la signature architecturale de la future autoroute ?

Six de nos ouvrages de franchissement sont en poutres en bois lamellé-collé avec des tabliers en bois. C’est une vraie innovation et une première sur une autoroute française. À Machilly, le centre d’entretien et d’exploitation, qui sera constitué de plusieurs bâtiments, sera aussi doté d’un bardage essentiellement en bois. Notre volonté est d’intégrer au mieux l’A412 dans son milieu. Végétude, notre architecte environnemental, s’emploie à définir la végétation (arbres, haies…) et les modelés paysagers qui l’habilleront.

Pour autant, la contestation demeure…

Chacun peut s’exprimer comme il le veut. Comme tout le monde, nous suivons l’initiative du collectif, installé, à ma connaissance sur un terrain privé. C’est un sujet qui relève de la préfecture. Il y a une adhésion très forte des élus du département et des maires au projet. J’ai le sentiment que cette adhésion reflète aussi l’avis d’une large partie de la population.

Amedea

Forme juridique : SAS
Date de création : février 2024
Siège social : Épagny-Metz-Tessy (bureaux à Archamps)
Présidente : Cécile Cambier
Actionnaires : Eiffage et APRR, qui se sont associés pour décrocher la concession de l’A412, soit 16 km d’autoroute en flux libre, entre Machilly et Thonon-les-Bains. D’une durée de 55 ans, la concession s’achèvera en 2079.

Philippe Le Sénéchal : CV express

2001-2006
Ingénieur “télécoms et réseaux” (EFREI)

2007-2009
Ingénieur “travaux et génie civil” (BRS)

2009-2016
Ingénieur “travaux” et chef de secteur “génie civil” (Aximum)

2017-2018
Essec Business School

2016-2022
Chef de district APRR, notamment chargé de l’exploitation de l’A79 en phase construction

2022-2024
Directeur adjoint du réseau Aréa

Depuis juillet 2024
Directeur d’Amedea A412


Propos recueillis par Sophie Boutrelle
Crédit photos : Gilles Bertrand – Eiffage tous droit réservés ©

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