Réchauffement climatique : une mobilisation aux multiples facettes

Réchauffement climatique :  une mobilisation  aux multiples  facettes

Diminution de l’eau disponible, recul de l’enneigement, fragilisation des infrastructures… les conséquences du réchauffement climatiques sur la montagne sont concrètes. Les réponses apportées sont-elles à la hauteur du péril ?

Dans son rapport “spécial” approuvé le 24 septembre, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est clair : la planète est en danger, et la montagne tout autant. Selon la centaine de contributeurs, « les populations montagneuses sont de plus en plus exposées aux aléas et à la diminution de l’eau disponible » ; « les glaciers, la neige, la glace et le pergélisol (la partie du sol qui reste en permanence gelée dans les régions arctiques et subarctiques, ndlr) sont en déclin et continueront de l’être » ; les glaciers que l’on trouve notamment en Europe « devraient perdre plus de 80 % de leur masse actuelle d’ici 2100 selon les scénarios d’émissions les plus élevés » ; « à mesure que les glaciers de montagne reculent, ils modifient également la disponibilité et la qualité de l’eau en aval »…

Outre la raréfaction de l’eau, le réchauffement climatique dérègle l’enneigement (réduction visible dès 2000 mètres d’altitude aujourd’hui, contre 1500 il y a quelques décennies), écourte les saisons hivernales et fragilise les remontées mécaniques, gares, refuges et autres pylônes.

Dans les Alpes françaises, sur les 947 installations construites sur le permafrost 148 présenteraient un « risque fort de déstabilisation » selon le géomorphologue Pierre-Alain Duvillard, et l’évolution prévue du climat pour les prochaines décennies ne ferait qu’aggraver cette situation. Un enjeu d’autant plus délicat que les travaux nécessaires ont un coût – parfois l’équivalent du budget annuel d’une station – sans pour autant les financements qui vont avec.

Plus d’infos : https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/3/2019/09/SROCC_PressRelease_FR.pdf

Sauver un écosystème et une économie

Face à ces menaces, des actions fortes doivent être engagées sans tarder. Mais pour les montagnes, mettre en oeuvre des solutions implique de résoudre une équation particulière car s’ils sont biens communs, les massifs constituent aussi une économie. D’après France montagnes, en 2018, l’Hexagone totalise le plus grand nombre de remontées mécaniques au monde (3 210) ; 33 % des 205 millions de nuitées annuelles sont enregistrées l’hiver (51 % en été), soit 11 milliards de chiffre d’affaires, et 620 000 emplois directs.

Parmi les 350 stations ou sites de ski du territoire national, 112 stations et 78 sites d’activité nordique sont situés en pays de Savoie. Un territoire qui comptabilise par ailleurs 1,2 million de lits touristiques et 41,1 millions de nuitées l’hiver, d’après Savoie Mont-Blanc tourisme. « Nous sommes tout à fait conscients des enjeux environnementaux, d’autant plus que ces territoires de montagnes sont des territoires fragiles, qui supportent une économique fragile, et que nous avons envie de transmettre et de préserver, rappelle Jean-Marc Silva. Il y a des bonnes pratiques mais le chemin est long ».

Et le directeur de l’association qui réunit les principaux acteurs du tourisme de montagne en France de faire la liste – en toute « humilité » – des actuelles initiatives. Ainsi, au programme « pédagogique » Fais ta trace sans laisser de trace animé par les moniteurs de l’École du ski français et autre plan Montagne pour les collégiens du Conseil départemental de la Savoie, on peut ajouter : l’utilisation de dameuses hybrides (nous n’en serions qu’au début) équipées de GPS pour optimiser leur tracé, et de sonar pour connaître l’exact profondeur de neige à enlever ; la consommation raisonnée d’énergie (Les Contamines-Montjoie) ou le recours aux solutions renouvelables (solaire, éolienne, hydro-électricité) pour les remontées mécaniques ou la production de neige de culture (Les Sybelles).

Pour préserver la faune, des balises de vision sont installées sur les câbles pour les oiseaux, on construit des abris (hibernaculum pour les reptiles à Saint-Gervais).

« Les glaciers, la neige, la glace et le pergélisol sont en déclin et continueront de l’être. »

Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

Labels, certifications, chartes de bonne conduite…

Les stations s’inscrivent aussi dans un élan collectif, à travers de multiples regroupements, des think tank… ou encore la promotion de labels comme Flocon vert (Mountain riders, lire par ailleurs), Station verte (délivré par la Fédération française des stations vertes de vacances et des villages de neige, sept stations de pays de Savoie lauréates : Albiez-Montrond, Châtel, Courchevel, Peisey, Samoëns, Thollon-les-Mémises, Valloire), de certification (Green globe…) ou encore le trophée Cimes durables (charte élaborée par l’Association nationale des maires des stations de montagne, ANMSM, lire par ailleurs) … les professionnels agissent tous azimuts, même si selon la Cour des comptes, ils auraient pu le faire dès 2011.

Quant au recours à l’enneigement artificiel, bien que coûteuse, la solution est plutôt vue comme vertueuse. « La neige de culture, c’est de l’eau, de l’air et un peu d’électricité, rappelle Jean-Marc Silva avant d’ajouter que « cela permet de sécuriser le domaine skiable » et que les réserves peuvent être « multi-usage ». En été « elles viennent compléter l’offre touristique » et peuvent être une solution de secours pour les alpagistes et les habitants en cas de sécheresse.

Des atouts que les collectivités ont bien compris. Ainsi, dans son plan Montagne, la Région Auvergne- Rhône-Alpes finance la création de retenues d’altitude et l’installation d’enneigeurs à hauteur de 30 % du coût du projet (plafonné à 600 000 €). En mars dernier, 140 projets avaient déjà bénéficié du plan soit 41 millions d’euros de subvention attribués.

De son côté, le Conseil départemental de Haute-Savoie agit à travers son plan Tourisme 2013-2023 dont un volet est consacré à la modernisation et la requalification de domaines skiables. Jusqu’ici, 58 dossiers ont été soutenus, à hauteur 19,70 millions.

Chasser les voitures hors des stations

Quid du volet transport, reconnu comme le plus gros poste d’émissions de CO2 dans les stations de ski (57 % contre 2 % pour la pratique du ski) ? Là aussi, professionnels et acteurs publics s’emparent de la question en creusant la piste de la mobilité douce. L’idée, ou voeu pieux, c’est selon, est de limiter « tant que faire se peut » l’accès des stations aux voitures. « Certaines sont équipées de funiculaires ou de transports par câble », décrypte Jean-Marc Silva en citant Bourg-Saint- Maurice et Les Arcs.

Outre de « nombreux » projets d’ascenseurs valléens à l’étude, dont l’Express Morzine-Avoriaz et Funiflaine – soutenus par le Département haut-savoyard – ou encore entre Val Thorens et Orelle ; les stations, quand elles ne sont pas “sans voiture”, encouragent le covoiturage (Synchro, dispositif reliant Chambéry aux stations des Bauges), mettent à disposition des navettes nouvelle génération (Val Thorens), des bus propres (Valmorel) … En en s’associant à quatre opérateurs, Savoie Mont Blanc tourisme travaille en parallèle sur les “séjours décalés“. Objectif : limiter les pics de trafic du samedi.

Lorsqu’il s’agit de limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES), réfléchir à des moyens de déplacements plus propres est évidemment une démarche pertinente. Mais ne serait-il pas tout aussi judicieux de se pencher aussi sur l’afflux de visiteurs ? Et par là-même sur la multiplication des constructions immobilières à l’image du Club med qui annonçait, il y a tout juste trois ans, l’ouverture d’un resort par an dans les Alpes ? Des projets qui ne sont pas pour économiser une ressource en eau déjà fragile, sans compter l’énergie consommée pour le chauffage, le traitement des eaux usées, l’impact sur les déplacements…

« Les stations possèdent toutes des lits qui peuvent être occupés par des propriétaires mais pas forcément loués, alerte Jean-Marc Silva. Cela vient rompre l’économie de la station et oblige les stations à trouver des investisseurs qui créent de nouveaux lits à louer. On peut faire mieux avec ce que l’on a (rénover l’existant) mais quand il n’y a pas ces possibilités-là et qu’il y a une demande, les investisseurs sont là.

En sachant qu’on en fera beaucoup moins que ce que l’on a pu faire par le passé, dans le respect des normes environnementales. Il faut aussi se souvenir que la montagne française représente 23 % du territoire dont 1 % est aménagé et que son économie a permis à l’homme de rester “au pays”. C’est une chance pour une station que d’avoir des investisseurs. »

« Si l’on poursuit l’investissement et le travail engagé (préparation de piste, neige de culture…), on maintiendra l’activité ski jusqu’en 2050. »

Jean-Marc Silva, directeur de France montagnes

“Sauver la montagne”

En novembre 2019, à l’occasion du lancement de la saison hivernale, Alexandre Maulin, le président de Domaines skiable de France (DSF), a de son côté invité les acteurs de la montagne française à s’unir pour la préserver, plan d’actions à l’appui. Suite au congrès d’octobre, le président et ses pairs travaillent sur l’élaboration d’une feuille de route, qui devrait être dévoilée au printemps 2020 et qui s’articule autour de quatre axes : les GES, la ressource en eau, la biodiversité et les déchets. Parmi les outils pressentis figure la création d’un fonds au service de l’innovation (dameuses décarbonnées…).

Cette mise en marche n’exclut pas l’appui de l’État, bien au contraire. Le Conseil national de la montagne doit d’ailleurs être saisi. Largement relayé, cet appel est lancé alors que depuis la fin de l’été, l’antenne Auvergne-Rhône-Alpes de France nature environnement a décidé « d’entrer en action » en lançant une collecte pour financer des opérations – y compris judiciaires – contre des projets dans l’Oisans et la Maurienne (Croix du Sud, Albiez Montrion – Les Karellis, Aussois, Val Cenis).

« Néfastes », « projet pharaonique et anachronique », les extensions de stations (par liaisons câblées et pistes associées) ou de domaines et les créations de remontées mécaniques décriées le sont au motif qu’elles sont envisagées sur des « territoires vierges » voire des « zones à protéger », ou présentées « sans données économiques à l’appui ».

Si ces deux appels ont le même objectif – « sauver la montagne » -, on ne peut s’empêcher d’y voir un paradoxe. Les projets remis en cause par l’association environnementaliste ne sont-ils pas le fait de ces mêmes acteurs qui s’épanchent ?

« Pour les stations de basse montagne, préparer la reconversion est dès à présent nécessaire. »

Cours de comptes, Rapport public annuel 2018

Diversification, reconversion : les clés

Solutions plébiscitée par l’ANSMS – dont le président, Charles-Ange Ginesy, alerte contre une potentielle « fuite en avant avec les enneigeurs » – déjà explorées et même encouragée par des collectivités comme le Département haut-savoyard (luge quatre saison aux Carroz, “montagne douce” au Biot, démontage des remontées mécaniques à Bonnevaux…), la diversification de l’offre (ou pluriactivité) et la reconversion de stations sont des voies résolument prometteuses.

La création de ce nouveau « modèle économique » permettrait sans doute d’éviter l’effondrement de la rentabilité qui est promis si la température augmente de plus de deux degrés, tout en étant en accord avec le baromètre CSA-MMV 2019 qui indique que la tendance des activités hors glisse se confirme.


Par Alexia Bastide

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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