Robolution / Bruno Bonnell : « Rester réaliste sur notre capacité à sauter dans le wagon robotique »

Robolution / Bruno Bonnell : « Rester réaliste sur notre capacité à sauter dans le wagon robotique »

Multi-entrepreneur, Bruno Bonnell, également député dans le Rhône, a publié avec Catherine Simon, consultante-experte en robotique, un rapport sur les actions à mener pour relever le défi de la robolution. Ni optimiste, ni pessimiste, juste pragmatique. Interview.

La France est-elle capable de prendre le virage robotique ?

Le rapport robotique, écrit avec Catherine Simon, fait le pari que la France va relever le défi robotique, avec une stratégie politique. Nous pouvons être très optimistes sur la tendance long terme. Nous avons un manque au niveau des techniciens de maintenance, de mise en place. Nous avons une excellente base de formation qui est mal identifiée, très éclatée. Les gens n’ont pas de diplômes de robotique, mais de systèmes embarqués, d’automatisation. Il faut rester réaliste sur notre capacité à sauter dans le wagon robotique.

Ce que vous appelez robolution est réellement en train de se réaliser ?

Nous sommes en train de faire sauter les verrous. J’espère que notre rapport sera suivi d’effets. Ce qui est important, c’est de créer une dynamique. Moi, je la résume de la manière suivante : très longtemps, avec l’outil, l’homme a amélioré sa dextérité. Un peu plus tard, la révolution industrielle a amplifié les forces, les nouvelles énergies, les machines, de faire des choses de dimensions supérieures, du gratte-ciel au paquebot. Là, nous rentrons dans une nouvelle étape, où nous allons augmenter l’intelligence. Nous allons déléguer à ces robots des parties totales de process. Cette évolution de l’intelligence, c’est la suite logique des deux étapes précédentes. C’est une lame de fond.

Créateur d’entreprises et auteur de Viva la Robolution, Bruno Bonnell était invité à partager sa vision de la robotique lors du salon Progiciels 2019.

A-t-on véritablement pris la dimension révolutionnaire de la robotisation ?

Pendant longtemps, on a cru que la robotique était un sous-produit d’autres métiers, ou d’abord et avant tout du logiciel. Nous vivons un moment un peu exceptionnel au niveau mondial. La robolution implique un changement de paradigme, avec des conséquences sociétales. La révolution industrielle a engendré l’utilisation de nouvelles énergies et leur développement, des nouvelles technologies et de nouveaux systèmes politiques, c’est-à-dire de nouvelles manières de vivre. La révolution industrielle a amené le capitalisme qui maximise tout : le profit, le rendement, le produit, l’utilisation des ressources. La transformation digitale porte sur l’optimisation. Mais évidemment, ça ne va pas se passer du jour au lendemain.

“LA ROBOLUTION IMPLIQUE UN CHANGEMENT DE PARADIGME, AVEC DES CONSÉQUENCES SOCIÉTALES.”

Bruno Bonnell

Quels sont les risques ?

La robotique va réinventer les process, ce qui engendre trois risques possibles. Vous allez avoir un phénomène de nouveaux entrants dans tous les métiers industriels. Ces entreprises vont investir dans des technologies révolutionnaires qui, même si la mise au point prend un peu de temps, leur donneront une longueur d’avance par rapport à des sociétés plus anciennes. Le deuxième risque est qu’il faut absolument former et intégrer dans les entreprises d’aujourd’hui des gens qui vont proposer des solutions totalement innovantes. Nous allons assister à une inversion du sablier sur les compétences, avec des jeunes qui vont entrer dans les entreprises et challenger les anciens sur d’autres façons de procéder. Il va falloir avoir une ouverture d’esprit au niveau du management. Le troisième élément de risque, c’est que nous avons un déficit énorme d’intégrateurs, des gens capables de proposer aux entreprises de véritables solutions, adaptées à leurs activités. Aujourd’hui, en France, les carnets de commandes moyens dans l’intégration sont supérieurs à quinze mois.

Et les freins ?

Quand on regarde où sont les grands constructeurs de robots industriels, il n’y a pas beaucoup d’Européens. À part des start-up qui créent des prototypes pour lesquels elles ont besoin de réaliser des investissements initiaux. Mais elles ne trouvent pas de financements à la hauteur de leurs ambitions. Et encore moins quand elles doivent passer à la production industrielle dont le modèle est totalement différent. En plus, la plupart des start-upers n’ont pas intégré la dimension industrielle, avec comme règles du jeu la sécurité, le contrôle, les process. Ils ont du mal à organiser leurs ateliers et à passer à la production en séries. Créer une start-up industrielle, c’est donc très compliqué, mais essentiel pour une raison de souveraineté. Il faut soutenir ce type d’activité et garder en tête que ça va prendre un petit peu de temps. Mais il y a des raisons objectives. C’est une tendance de fond. Il est important que les entreprises industrielles fassent le pari de la robotique.

Les robots font peser des craintes sur l’emploi. Sont-elles fondées ?

Il y a plusieurs manières de répondre à ce mythe du remplacement. La première est d’ordre statistique : les pays les plus robotisés du monde présentent un meilleur taux d’emploi que les autres. Il y a entre deux et demi et trois emplois créés par robot installé dans les pays tels que la Corée du Sud, le Japon ou l’Allemagne… La deuxième réponse est à mon avis plus intéressante car elle intègre le fait qu’il y a de la place pour tout le monde. Ce serait une énormissime erreur de penser que la robotique ne serait qu’un problème économique. On n’installe pas un robot pour gagner sur les coûts, mais pour augmenter la compétitivité de l’entreprise, ce qui va contribuer à augmenter les marges, mais par le haut. Avec un meilleur rendement, une meilleure capacité de production, avec un meilleur objectif de développement commercial. Si je récupère ces marges-là, je pourrai m’occuper de la requalification des personnes qui sont “menacées” par ces robots.

C’est donc surtout une question de compétences ?

Pour moi, la responsabilité du chef d’entreprise qui bascule dans les systèmes robotisés est d’imposer cette réflexion au sein de son entreprise : non pas l’élimination des gens remplacés par des robots, mais au contraire l’augmentation de leurs qualifications. La robotisation va de pair avec la formation. L’accompagnement politique de la formation est nécessaire dans ce type de révolution. Un phénomène qui ne concerne pas que les gens hors de l’emploi et sous-qualifiés, mais aussi ceux qui sont dans l’emploi à requalifier pour évoluer vers d’autres métiers.

Il y a aussi une question d’éthique…

On augmente notre intelligence, mais on ne la délègue pas totalement. Il faut des barrières, des garde-fous. Il faut s’interroger sur l’opportunité de développer certaines applications, notamment avec l’intégration d’électronique dans la biologie. La robotique ne doit pas s’affranchir de l’éthique. C’est un choix de société qui va dépendre des pays et de leurs politiques.


Propos recueillis par Sandra Molloy

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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