L’intelligence artificielle (IA) est en passe de révolutionner la médecine avec des solutions ouvrant sur une offre de soin plus ciblée et personnalisée. Exemple avec Tune Insight qui construit un espace fédéré de données santé.
Tune Insight, qui emploie une vingtaine de personnes, a l’ambition de réconcilier deux exigences longtemps présentées comme contradictoires : la protection des données de santé d’une part, et l’amélioration de la recherche et des soins grâce à ces mêmes données d’autre part. « Notre objectif est de faire circuler la connaissance, mais jamais les données individuelles », résume le PDG Juan Ramon Troncoso-Pastoriza, l’un des fondateurs avec le professeur Jean-Pierre Hubaux, Frédéric Pont et Romain Bouyé.
Concrètement, les données restent toujours hébergées au sein de l’établissement de santé qui les a collectées. Tune Insight permet uniquement d’en extraire des connaissances et des informations agrégées, afin de faire avancer la recherche médicale de façon plus agile. L’entreprise est née comme start-up issue de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), avant de rejoindre le parc d’innovation attenant à l’école.
Cette proximité lui permet de conserver des liens étroits avec le monde académique, via les technologies de pointe issues de la recherche médicale et technologique, et des échanges continus avec les équipes de l’université.
Une aire d’influence européenne
Tune Insight est aujourd’hui présente en Suisse et en France, et travaille actuellement à renforcer sa présence en Allemagne et en Espagne, avec la volonté de rester résolument européenne afin de respecter les principes de protection de la vie privée propres au continent.
L’entreprise, signataire de l’AI Pact, revendique une conformité stricte au RGPD ainsi qu’à l’AI Act européen, dont la complexité illustre la difficulté à réguler un domaine qui évolue aussi vite que la technologie elle-même. Selon Juan Ramon Troncoso-Pastoriza, l’AI Pact propose une voie pour que les entreprises responsables s’alignent dès à présent sur les grands principes de gouvernance et de contrôle de l’intelligence artificielle, avant même que le texte ne soit pleinement transposé dans les législations des États membres et n’entre en application.
Parmi les applications concrètes de cette approche figure un projet phare, NAIPO (National AI Initiative for Precision Oncology), financé à l’échelle nationale suisse, consacré à une intelligence artificielle responsable appliquée à l’oncologie. L’une de ses applications vise à soutenir les réunions de concertation pluridisciplinaire, au cours desquelles une équipe de professionnels de santé décide collégialement du traitement le plus adapté à un patient, dans l’objectif d’améliorer la qualité de vie de ce dernier.
Pour y parvenir, le projet mobilise davantage de données que celles disponibles au sein d’un seul établissement : une véritable intelligence collective, construite à partir de cohortes provenant de plusieurs établissements, collectées en réseau fédéré.

Taille critique
En France, un partenariat a été noué en février dernier avec Softway Medical, l’un des plus grands éditeurs de systèmes d’information hospitaliers, dont les logiciels équipent environ 1 400 établissements de santé. Tune Insight intègre sa solution afin de faciliter la participation des établissements à des projets de recherche et le partage de données, toujours avec la garantie que celles-ci ne quittent jamais leur périmètre d’origine. La principale difficulté de la recherche médicale reste l’accès à des données réellement représentatives des populations européennes.
En effet, de nombreux traitements et médicaments sont développés à partir de données issues de populations américaines ou d’autres régions du monde, pas toujours adaptées aux réalités des populations européennes ou suisses. « Ce que nous faisons, c’est rendre possible la réutilisation de données réellement représentatives des populations européenne et suisse, dans une démarche responsable, pour obtenir des résultats applicables au développement de médicaments et de traitements », explique Juan Ramon Troncoso-Pastoriza.
Cette approche s’inscrit pleinement dans la logique de la médecine personnalisée, qui consiste à développer des traitements adaptés à chaque individu. « L’idée, poursuit-il, est que n’importe quel hôpital puisse traiter ses patients avec une information qui vient de partout, afin que l’efficacité du traitement et le niveau de connaissance disponible pour les médecins en réunion de concertation soient les mêmes, que l’on soit dans un centre universitaire ou dans un petit hôpital cantonal qui reçoit peu de patients. »

Les HUG à l’heure de l’IA
L’usage des solutions d’IA proposées par les éditeurs de logiciels est encadré par une charte et une liste de solutions recommandées. L’enjeu est de respecter le secret médical et la législation sur la protection des données personnelles. Les résultats doivent toujours faire l’objet d’une analyse humaine. Les HUG disposent aussi d’une gouvernance des données, chargée des décisions en la matière.
En août 2024, la Commission stratégie des données a défini des usages prioritaires pour l’IA dont le diagnostic, le traitement et le monitoring des patients, la documentation clinique. Un centre de l’innovation accompagne par ailleurs le développement de projets liés à l’IA. Depuis début 2025, plusieurs projets innovants s’appuient sur l’IA. Le chatbot ConfIAnce, un agent conversationnel qui informe la population et les médecins à partir de la documentation du Service de médecine de premier recours (SMPR).
SOFIA, application santé pour les patients atteints de maladies chroniques, facilite leur suivi et la gestion personnalisée des traitements. Trial Match 2 rend interopérables les données cliniques et les essais en cancérologie du bassin transfrontalier. GESICA (GEstion des SItuations de Crises sAnitaires) gère les situations sanitaires exceptionnelles et les données météorologiques ou sociétales de part et d’autre de la frontière, pour proposer des scénarios d’optimisation des moyens et améliorer l’efficacité des soins.
Les HUG, le Département de la santé et des mobilités du canton de Genève et le Wyss Center for Bio and Neuroengineering ont aussi signé une convention tripartite créant un pôle de référence en IA pour les soins, la santé et la neuromodulation, afin d’améliorer les traitements et la prévention des troubles neurologiques et psychiatriques.
Sandra Molloy
Photo de Natanael Melchor sur Unsplash
Cet article est issu de notre magazine L’Extension Automne 2026, accessible gratuitement au format liseuse en ligne.









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