Storengy envisage d’installer un électrolyseur sur son site de stockage de gaz naturel. Un projet qui s’inscrirait dans le cadre du développement d’une filière hydrogène locale.

Et si en plus du gaz naturel, Storengy à Étrez, premier site de stockage en cavités salines de France avec une capacité de près de 8 TWh en volume utile (l’équivalent de la consommation annuelle de l’agglomération de Lyon), entreposait de l’hydrogène ? L’entreprise, y songe sérieusement. Aussi, elle organisait le 3 décembre, une journée d’échanges et de coconstruction sur ce thème avec une centaine de représentants des collectivités locales, des institutionnels, des start-up et des industriels issus des régions Auvergne Rhône-Alpes, Bourgogne Franche-Comté et Sud.

Site pilote

Étrez est un site pilote où Storengy conduit des tests d’étanchéité et des essais sur les cycles de remplissage et de vidange. La société envisage en effet, dans le cadre du projet HyGreen, de soutenir le développement d’une industrie d’hydrogène locale avec une logique territoriale. Elle projette d’installer 20 MW de puissance d’électrolyseur en 2021 et 150 MW en 2024. Un projet qui s’appuie sur son expertise en conseil et conception, construction, exploitation et maintenance, sécurité industrielle et géosciences, en matière de production et de stockage de gaz.

D’ici deux à trois ans, un électrolyseur d’une centaine de mégawatts de puissance pourrait donc être installé à Étrez et fonctionnerait à partir d’électricité renouvelable. « Une étude est en cours pour choisir la source la plus pertinente, un mix entre éolien, solaire, hydraulique, etc., pouvant être envisagé », précise l’entreprise. L’hydrogène produit sur place (4,3 tonnes par jour, 1 440 tonnes par an) serait ensuite stocké dans les cavités salines du site, avant d’être distribué, dans un rayon d’une centaine de kilomètres, pour différents usages : sa consommation dans des process industriels, la mobilité hydrogène (train, bus, camions-bennes, véhicules utilitaires, berlines et autres chariots élévateurs), ou encore comme solution de secours, comme “back-up”, apporté à tous les projets hydrogène voisins, Zero Emission Valley notamment. Aucune utilisation pertinente ne sera négligée.

Sécurité maîtrisée

Le stockage se ferait dans une cavité de 8 000 mètres cubes, ce qui correspond à 44 tonnes d’hydrogène. Ce gaz serait comprimé et livré par transport routier à 200 bars. « Il faudrait sept camions par jour pour évacuer la production », estime Storengy qui se veut très rassurante, en termes de sécurité. « Extrêmement inflammable, l’hydrogène est également inodore et incolore. Sa flamme est invisible et doit être traitée avec précaution, mais c’est un gaz bien connu et largement utilisé et maîtrisé. Il faut une concentration d’hydrogène beaucoup plus élevé que de gaz naturel pour engendrer un accident. »

L’hydrogène issu d’une chaîne de production renouvelable occupe une place de choix dans la transition énergétique, argue par ailleurs l’entreprise. Il constitue une solution décarbonée qui peut servir à différents secteurs industriels (chimie, électronique, verre, métallurgie…) pour produire des matériaux ou comme source d’énergie. Dans le domaine des transports et de la mobilité, il peut remplacer, via des piles à combustible, les carburants traditionnels tout en présentant l’avantage de ne générer aucune émission, d’avoir une autonomie importante et un temps de ravitaillement très court.


Made in France

Pour Pierre Chambon, directeur général de Storengy France, Étrez, l’un des plus gros sites de stockage de gaz en cavité saline d’Europe, est capable de stocker de l’hydrogène en grande quantité. Il a donc le potentiel de devenir une plateforme pour un hydrogène renouvelable made in France aux multiples usages.


Par Sébastien Jacquart

Une Eco de l'AinCet article est paru dans le magazine ECO de l’Ain du 12 decembre 2019. Pour retrouver l’intégralité des articles de notre hebdomadaire, mais aussi de nos suppléments et hors-séries, c’est ICI.