Viticulture : objectif “Haute Valeur Environnementale”

Viticulture : objectif “Haute Valeur Environnementale”

Peu connue jusqu’à présent, la certification nationale Haute valeur environnementale (HVE) intéresse de plus en plus de vignerons. Après l’agriculture raisonnée, elle vient attester de démarches respectueuses de l’environnement, sans toutefois interdire l’utilisation de produits autorisés sur le marché.

Dans l’Ain, l’Isère et les deux Savoie, des agriculteurs de toutes les filières se sont engagés dans cette labellisation pour faire connaître et reconnaître leurs préoccupations environnementales. Pour certains, il ne s’agit que d’une première étape vers le bio.

«Tout est prêt ? Alors on y va ! » La vingtaine de vendangeurs finit d’avaler une dernière bouchée de pain et remonte dans la fourgonnette. Direction une parcelle particulièrement pentue où tout le raisin devra être remonté vers le tracteur à dos d’homme. Arrivée sur place, l’équipe fonce dans la vigne. Chacun prend sa place : deux coupeurs face à face, seau au pied ; un porteur par rang qui aura la lourde tâche de remonter et vider les seaux dans une caisse située au bout du rang. On s’affaire, le soleil cogne dur, la transpiration perle sur tous les fronts. Mais en moins d’une heure, les ceps sont délestés de leurs fruits et chargés dans la benne du tracteur. Mission accomplie, tout au moins jusqu’à la vigne suivante.

Un millésime prometteur

Le ballet des vendangeurs a ainsi débuté autour de la mi-septembre en Isère, dans l’Ain et dans les deux Savoie pour un petit mois. Et cette année, la promesse d’un vin de qualité est dans toutes les têtes. « Même s’il y a des disparités énormes en quantités d’un secteur à l’autre, confirme Philippe Angelot, président des Vignerons indépendants Savoie-Bugey, ce devrait être un très bon millésime en qualité. »

Même son de cloche du côté du Syndicat régional des Vins de Savoie (80 % produits en Savoie, 8 % en Haute-Savoie et en Isère, 4 % dans l’Ain) dont le président, Michel Quenard, parle d’un « millésime de grande classe » pour ceux qui ont la chance de faire une récolte. « Certains secteurs ont été durement impactés par la grêle à la mi-juin, poursuit- il. Une centaine d’hectares a été sinistrée sérieusement, dont certaines parcelles à 100 %, à Apremont, Myans et sur une partie de Chignin. »

Un jeune exploitant, qui s’était installé il y a un an et demi, a subi 95 % de dégâts. Pour lui, les vendanges n’ont pas eu lieu. « Une soixantaine de vignerons a été concernée par cet épisode, indique le président. Ceux qui comptent plus de 70 % de dégâts ne pourront pas passer le cap sans aide. »

Dans le Cerdon, c’est le gel du printemps qui a grillé les fleurs. Là aussi, la situation pourrait bien être critique pour quelques-uns, d’autant plus que ce mousseux se commercialise rapidement. « On a très peu de stocks, confirme Philippe Angelot, car il est préférable de le vendre d’une année sur l’autre. »

Prise de conscience envrionnementale

Globalement, la profession tire cependant les fruits du réchauffement climatique. Alors que les vignes brûlent sous l’effet de la chaleur dans le Sud ou qu’elles y produisent un raisin trop chargé en sucres, celles de nos départements atteignent des maturités idéales depuis quelques années. Reste que dans la filière viticole aussi, la prise de conscience environnementale devient sinon une urgence, tout au moins une réalité.

« De plus en plus d’exploitants partent vers le bio, confirme Franck Berkulès, responsable communication et export à l’interprofession des Vins de Savoie. C’est aujourd’hui 9 % de la surface totale des vins de Savoie. » Un autre mouvement monte en puissance partout en France : la Haute valeur environnementale (HVE). Un label qui concerne toutes les filières agricoles et qui a en particulier été poussé par les Vignerons indépendants après le Grenelle de l’environnement.

“LA CERTIFICATION HVE PERMET DE MESURER L’IMPACT ENVIRONNEMENTAL DU DOMAINE DANS SA GLOBALITÉ.”

Philippe Angelot, président des Vignerons
indépendants Savoie-Bugey

Pionniers de la démarche dès 2015, 60 % de leurs adhérents sont déjà labellisés au plan national. Localement, la fédération Savoie- Bugey, qui regroupe 630 hectares de vignes, une cinquantaine de domaines (34 en Savoie, 3 en Haute-Savoie, 6 en Isère et 6 dans l’Ain) pour une production de 35 500 hectolitres en quatre AOP (Bugey, Crémant de Savoie, Roussette de Savoie, Savoie), deux IGP (Vin des Allobroges et Vin des Balmes dauphinoises) et en Vin de France, milite elle aussi pour cette certification.

« C’est une alternative entre le bio et le conventionnel raisonné, schématise Philippe Angelot, et cela permet de mesurer l’impact environnemental du domaine dans sa globalité. » Dans l’Hexagone, le nombre d’exploitations agricoles certifiées a augmenté de 80 % en un an !

Normes à respecter

Créée par l’État pour « répondre aux attentes de la société en matière environnementale, fédérer et rendre lisibles les démarches existantes et valoriser les pratiques plus respectueuses de l’environnement », la certification HVE est construite autour de quatre thématiques : la protection de la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et celle de la ressource en eau. Pour chacune d’entre elles, des normes à ne pas dépasser ont été établies et sont vérifiées lors de l’audit externe et indépendant de validation. Celle-ci n’est d’ailleurs délivrée que pour trois ans.

« Si le cahier des charges HVE n’exclut aucun produit tant qu’il est autorisé par la réglementation française, explique Johanna Mamasian-Roy, conseillère viticulture et environnement à la Chambre d’agriculture Savoie Mont Blanc, il en contrôle cependant l’usage. L’objectif est de valoriser les bonnes pratiques en termes de produits phytosanitaires et en termes de maintien de la biodiversité. » Je réduis l’utilisation de produits phytosanitaires, je favorise la biodiversité, je préserve les ressources en eau et je raisonne ma fertilisation : tel doit être le credo de l’exploitant HVE.

Je réduis l’utilisation de produits phytosanitaires, je favorise la biodiversité, je préserve les ressources en eau et je raisonne ma fertilisation : tel doit être le credo de l’exploitant HVE.

« HVE retrace toute la vie de l’exploitation sur l’année entière », résume Philippe Angelot, lui-même labellisé depuis avril 2019. Après des débuts laborieux, la marque semble enfin séduire les agriculteurs. « En 2012, confirme Johanna Mamasian-Roy, 24 exploitations étaient certifiées dans toute la France, toutes filières confondues. Elles étaient 850 en 2017 et 1 578 au 1er janvier 2019. »

Dans nos départements, le mouvement commence à frémir (une exploitation certifiée en Haute-Savoie, sept en Savoie), porté notamment par les vignerons désireux qu’on reconnaisse leurs bonnes pratiques et soucieux de pouvoir l’expliquer au public. « On veut pouvoir prouver qu’on a un produit de qualité, insiste Michel Quenard, issu d’un environnement de qualité auquel on tient. Les vignerons sont en mouvement pour répondre aux attentes de la population. »

Ils en ont également marre d’être pris pour cibles et victimes d’agressions verbales. « Quand je sors mon pulvérisateur, j’entends de ces choses ! s’exclame l’un d’eux. On m’a même reproché de projeter du glyphosate sur mes vignes, ce qui est la preuve des amalgames que peuvent faire les gens. Si je mettais du glyphosate sur mes ceps, ils mourraient ! » « Dès qu’on sort un pulvérisateur, on est regardés de travers. Cela devient pénible et ça commence à décourager les jeunes, renchérit Michel Quenard.

HVE permet de rassurer le public par rapport à nos pratiques. » « Et de favoriser l’export où le consommateur est encore plus demandeur de sécurité », complète Philippe Angelot.

Les vendanges, un travail physique.

Ayze / Famille Montessuit : HVE, tremplin vers le bio

Coincée entre la route et de belles villas, l’exploitation de la famille Montessuit, à Ayze, semble jouer des coudes pour se faire une place au soleil. Pourtant, malgré l’urbanisation galopante alentour qui rend le travail de la vigne compliqué et malgré la taille modeste du domaine (9 hectares), l’entreprise tire plutôt bien son épingle du jeu.

« De 2 500 bouteilles par an en 2011, on est passés à 50 000 aujourd’hui, se félicite Nicolas Montessuit, pour un chiffre d’affaires de 500 000 euros avec trois salariés. » Une courbe croissante qui devrait se poursuivre avec la labellisation Haute valeur environnementale (HVE) décrochée en mars 2019. L’EARL Famille Montessuit est ainsi pour l’instant la première et la seule exploitation agricole de Haute-Savoie à avoir obtenu cette reconnaissance.

« Nous nous sommes engagés dans cette certification pour avoir un label et pour montrer à nos clients que nous allons au bout de la démarche environnementale. Pour nous, HVE n’est qu’un tremplin vers le bio. » D’ici 2021, l’ex-électromécanicien dans le décolletage espère bien pouvoir afficher le logo bio sur ses bouteilles. « Toutes nos parcelles sont déjà travaillées en bio, dit-il, on est passés HVE haut la main ! »

« Nous nous sommes engagés dans cette certification pour avoir un label et pour montrer à nos clients que nous allons au bout de la démarche environnementale. Pour nous, HVE n’est qu’un tremplin vers le bio. »

Retour des animaux dans la vigne

Après avoir définitivement quitté l’huile de coupe en 2011 pour le jus de raisin fermenté, Nicolas Montessuit a d’abord agrandi le domaine, le faisant passer de 33 ares à 9 hectares. Ses intimes convictions ont fait le reste : « Je veux passer en bio pour la planète et pour nos enfants. » Petit-fils de vigneron, il s’inspire des gestes vus quand il était enfant, laissant par exemple les poules gratter dans la vigne après la récolte. Et va plus loin, expérimentant le parcage de moutons sous les ceps à l’automne et au printemps.

« Ils broutent l’herbe et amènent de l’engrais naturel. 50 moutons, c’est 35 kg de matière organique en plus par jour. J’ai même envie de faire l’essai avec des chevaux. » Des traitements, il en applique, mais « beaucoup moins que les tolérances maximales autorisées ». « On est à 2,8 kg de cuivre par hectare alors que le maximum est fixé à 4 kg. Notre objectif est de baisser les doses, quitte à s’en passer complètement. »

Adepte des huiles essentielles, Nicolas Montessuit avoue s’être formé tout seul et au contact d’autres vignerons bio rencontrés sur les réseaux et lors des 34 salons où il vend ses vins chaque année. « À terme, je vise la certification Demeter, en biodynamie. » Pour l’heure, lui, son frère Fabrice (photo) et son épouse Cindy, cogérants, produisent huit types de vins différents, dont 20 % sont exportés (aux États- Unis, en Belgique et en Suisse). « Le reste est vendu en France et en direct », précise le viticulteur qui voit également dans la labellisation HVE un atout commercial.

« On produit du vin de haute montagne où beaucoup d’opérations ne peuvent être faites qu’à la main. Ici, on compte une personne à l’année pour 2,5 hectares de vigne, ce qui engendre un surcoût de 15 % à 20 %. Quand on est en bio, on ajoute encore 15 % à 20 % de plus. Au final, nos bouteilles peuvent paraître plus chères. C’est aussi cela qu’on espère faire comprendre à nos clients via HVE et, plus tard, via le label bio. Cela prouve que derrière, il y a du travail. »

Un travail qui considère l’environnement comme un tout, quitte à prendre des risques en cas d’année difficile. « C’est encore plus vrai pour nous qui devons avoir des avances de trésorerie énormes avec notre pétillant : il nous faut 24 mois pour sortir une bouteille ! »


Dossier réalisé par Sylvie Bollard

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