BTP Nord-Isère : un colosse aux pieds d’argile

BTP Nord-Isère : un colosse aux pieds d’argile

Les modifications du crédit d’impôt transition énergétique, du prêt à taux zéro et la suppression du gazole non routier fragilisent le BTP Isère.

«Lorsque le bâtiment va, tout va ! », célèbre maxime de Martin Nadaud, élu creusois et ancien maçon, a traversé les époques. Ce secteur fort de ses 394 000 entreprises, 1 104 000 salariés et 140 milliards d’euros HT de travaux, demeure un poids-lourd de l’économie française. Sa voix compte ! En particulier celle du Berjallien Jacques Chanut, le président de la Fédération Française du Bâtiment, que consulte régulièrement l’exécutif.

« Cette année 2019 sera bonne, grâce à l’assouplissement des conditions de crédit et à la résilience de l’économie française », note le patron de la FFB, et d’ajouter, « L’activité s’inscrira à minima en hausse de 1,5 %, hors effet prix, avec la création nette de 30 000 postes ». À l’échelle de l’Isère, le chiffre d’affaires en volume restera très bon, malgré une baisse des permis de construire accordés pour les bâtiments non résidentiels estimée à -20 et -25 % en glissement annuel.

Avec 8 492 logements mis en chantier à fin juillet, l’Isère enregistre néanmoins une baisse de 7,5 % sur douze mois glissants. En revanche, on observe une légère hausse des logements autorisés, 11 000 à la fin juin et +3,9 % en un an (Sit@del2). Les taux moyens des prêts immobiliers aux particuliers atteignant les 1,18 % au troisième trimestre 2019 sont de sérieux incitateurs (12 fois moins élevés qu’à la fin des années 80, sources : Observatoire Crédit Logement/CSA).

Moins de défaillances d’entreprises

« Notre activité reste très bien orientée. Nos carnets de commandes sont bien remplis, allant de 4 à 12 mois », souligne pour sa part Thibault Richard, président de la Fédération BTP Isère.

Les défaillances d’entreprises de la Construction dans le département affichent un recul de 14,1 % sur un an. À surveiller, toutefois, la fragilité de certaines professions comme les maçons dont les marges se détériorent en raison de niveaux de prix trop bas pour compenser la hausse du coût des matières premières.

Thibault Richard rappelle que « l’Isère est solide économiquement dans l’immobilier, grâce, notamment, au dynamisme du Nord-Isère et de l’Isère Rhodanienne qui profitent de l’attraction lyonnaise ».

Inquiétudes sur la formule 2020 du CITE

Les voyants sont donc au vert, mais pour Jacques Chanut, cette embellie repose sur « le facteur clé de l’élargissement très net du marché du crédit auprès des artisans, PME et ménages accédants modestes ». Les Travaux Publics isérois devraient conserver une belle dynamique dans les prochains mois avec une activité soutenue par le début des travaux de l’A480 et ceux du Rondeau dans l’agglomération grenobloise. La croissance mondiale, qui ne devrait pas dépasser les 3 % en 2019, selon le FMI, est aussi scrutée par Thibault Richard.

« La production industrielle en baisse avec un secteur automobile montrant des signes de faiblesse aura un impact pour la sous-traitance ». Plus encore, deux sujets cristallisent les réserves de la profession dans le projet de loi de finances 2020. Le premier est la non reconduction du prêt à taux zéro (PTZ) pour un logement neuf dans les zones rurales et villes moyennes. Pour une économie de 31,2 millions d’euros, avec ce nouveau coup rabot sur un dispositif qui, pour le gouvernement, a des conséquences sur l’artificialisation des sols, « la fracture territoriale va s’accentuer », prédit Thibault Richard.

Le deuxième est la transformation du Crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) en prime. « Une aide versée immédiatement plutôt que 12 à 18 mois plus tard, c’est une bonne idée », concède Jacques Chanut. « Mais on en a fait un monstre complexe, moins efficace au plan écologique, alors que la France peine déjà à tenir ses objectifs en termes d’abaissement des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement coupe la branche sur laquelle il est assis ! ». Le BTP exigerait un sérieux élagage dans ce volet du projet de loi de finances, sous peine de subir un 2e trimestre 2020 compliqué.

La construction de la nouvelle maison médicale du quartier de la Grive à Bourgoin-Jallieu figure parmi les nombreux chantiers nord-isérois.

Par Jérémy Durand


Cet article est paru dans votre magazine ECO Nord Isère du 8 novembre 2019. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.

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