CAPEB 38 / Jean-Noël Antoine : « Le bâtiment connaît une pénurie de candidats»

CAPEB 38 / Jean-Noël Antoine : « Le bâtiment connaît une pénurie de candidats»

Le président de la CAPEB Isère est un fervent défenseur de l’environnement, et cela se ressent jusque dans la manière où l’organisation se développe aujourd’hui. Cela, même si la loi sur les déchèteries communales ou l’isolation à 1 € ne lui facilite guère la tâche. Interview.

Comment la Capeb Isère, que vous présidez, prend-elle en compte la nouvelle donne de l’environnement ?

Elle est très active sur tout ce qui tourne autour de la problématique des déchets. Un bâtiment, par définition, c’est beaucoup de matériaux qu’il faut savoir gérer d’un bout à l’autre du chantier. Mais, quand on traite désormais de la protection de l’environnement, on s’attache d’abord à la performance énergétique. Si ma maison n’a pas d’isolation correcte, toute la chaleur s’en ira, quid alors des économies d’énergie ? La mobilité des artisans qui parcourent de nombreux kilomètres pour se rendre chez leurs clients fait également partie de la problématique environnementale.

Comment agit la Capeb 38 face à cela ?

Elle informe et conseille d’abord sur tout ce qui existe. Elle est aussi présente dans les commissions de réflexion, à tous les niveaux. La CAPEB Isère a participé, notamment, au lancement du Contrat de Transition Énergétique (CTE) en Nord-Isère, qui concerne 225000 habitants et trois communautés de communes.

Comment réagit la Capeb 38 face à la mise en place des Zones à émissions restreintes dans certaines villes comme Grenoble ou Lyon, interdisant la circulation de véhicules dits polluants ?

C’est une contrainte avec laquelle nous devons forcément travailler. La Capeb Isère est aux côtés des autorités compétentes, des partenaires économiques et politiques, pour prendre en compte le problème. Il convient de pouvoir continuer à travailler normalement dans ces zones réglementées. Sachez que nous, artisans du bâtiment, sommes les premiers à nous soucier de la qualité de l’air, mais un artisan ne peut changer de véhicule professionnel tous les trois ans.

Un peu comme les chasseurs, vous pouvez être les premiers à défendre l’environnement, mais vous pouvez être aussi les premiers que l’on montre du doigt ?

Nous sommes souvent parmi les premiers concernés, en effet. Et à ce titre, nous travaillons depuis quelques temps avec les filières pour trouver des solutions vertueuses de réemploi et de limitation maximale de matériaux que l’on ne peut pas recycler. Nous nous mettons autour de la table, nous travaillons toutes les réflexions et les mises en oeuvre de solution et de projets.

Est-on passé de l’artisan qui subit les contraintes écologiques à celui de protecteur de l’environnement ?

L’artisan a toujours été soucieux de la qualité environnementale. Le client voit bien comment, celui qu’il a engagé pour des travaux, oeuvre chez lui. Cela fait partie de la qualité intrinsèque de l’artisan que d’avoir une bonne manière de travailler. Dans les programmes de formation que la Capeb Isère met en place avec des partenaires, la gestion des déchets est un thème parmi d’autres.

Malgré toute votre bonne volonté, la loi du 1er Janvier 2019, qui ferme les portes des déchèteries aux professionnels, n’est pas faite pour vous arranger. Elle favorise même le dépôt sauvage !

Les dépôts sauvages ne sont que la conséquence d’une loi insuffisamment anticipée. Pour moi, la loi s’est faite dans la concertation, certes, mais en tenant compte d’un calendrier trop rapide et sans solution entre le moment d’interdiction du professionnel dans les déchèteries intercommunales et la mise en place d’un réseau de déchèteries privées. On demande aux artisans de se retourner vers les acteurs privés de la récupération de déchets, mais, pour pouvoir faire cela, il faudrait un maillage des déchèteries privées suffisamment fin pour coller aux besoins des professionnels : un lieu de tri privé à 20 mn environ de l’entreprise, c’est loin d’être le cas !

Vous avez lancé avec succès la plateforme “360 Travaux” qui met directement en relation l’artisan et le client. Tient-elle compte elle aussi de l’environnement ?

“Aujourd’hui, les offres à 1 euro, telles qu’elles ont été présentées dans le cadre des économies d’énergie, correspondent à une situation fiscale spécifique. C’est donc une notion Marketing plus qu’une action d’industrialisation de la rénovation énergétique.”

Oui, car la première réponse est la proximité, ce qui permet de limiter les déplacements, avec toutes les conséquences environnementales induites. Pour mémoire, 360 Travaux est une place de marché permettant de professionnaliser la relation commerciale entre le client final et l’artisan, par la qualification de la demande client, la transmission à deux artisans selon les compétences techniques et géographique de la demande… Cette plateforme a été créée par les artisans avec des partenaires financiers comme le groupe COVEA.

Selon la Capeb régionale, près de la moitié des entreprises artisanales envisagent de recruter en CDI. Qu’en dit le président de la Capeb 38 ?

En proposant un CDI, un artisan peut mieux mettre à profit les efforts de formation et de fidélisation de son salarié. C’est une vraie volonté que d’avoir un savoir-faire et de le garder. Le CDI est un contrat parmi d’autres, mais il permet d’avoir un horizon un peu mieux dégagé, même si tout cela reste bien fragile. Si, aujourd’hui, nous avons ces chiffres là, nous n’avons pas les mêmes concernant les mises en chantier. Ils sont pourtant révélateurs de l’avenir. Sur la fin de l’année, ils vont plutôt vers une diminution.

“AUJOURD’HUI, CE N’EST PAS LE DIPLÔME LA SEULE PORTE D’ENTRÉE, MAIS LE SAVOIR-ÊTRE.”

Le taux de chômage du Nord-Isère se situe 2 points en dessous de la nation (7,5 % pour 9,5 %). Peu de gens, finalement, sont sur le marché de l’emploi. Est-ce pour cela que l’artisanat a autant de mal à recruter ?

J’étais ce matin encore avec un charpentier- couvreur qui me demandait si je connaissais quelqu’un de disponible… Oui, comme dans beaucoup de secteur d’activité, le bâtiment connaît une pénurie de candidats, malheureusement. Ce qui pousse la CAPEB à renforcer son rôle auprès des écoles et des jeunes pour promouvoir nos métiers et susciter des vocations. Aujourd’hui, ce n’est pas le diplôme la seule porte d’entrée, mais le savoir-être. Ensuite, nous accompagnons les candidats dans la formation adaptée pour qu’ils soient opérationnels pour les entreprises.

Cette difficulté à recruter peut expliquer le fait que l’artisan ne se lance pas à la conquête de plus de chantiers… et donc la diminution de mises en chantiers dont vous parliez ?

Il est évident que le marché va être autant alimenté qu’il pourra être réalisé ! Si ce n’est pas le cas, cela créera une situation d’attentisme. Les prochaines élections, comme la préparation de la Loi de Finances, participent à cette situation d’attente.

Pour finir, on entend tout et son contraire à propos de cette fameuse campagne d’isolation à 1 euro. Qu’en est-il au juste ?

Aujourd’hui, les offres à 1 euro, telles qu’elles ont été présentées dans le cadre des économies d’énergie, correspondent à une situation fiscale spécifique. C’est donc une notion Marketing plus qu’une action d’industrialisation de la rénovation énergétique. Nous avons déjà alerté à plusieurs reprises sur ces effets d’aubaine dans lesquels s’engouffrent des éco-délinquants, au détriment d’une rénovation énergétique efficace.

Est-ce vraiment quelque chose de négatif, quand on sait que cela participe à isoler des foyers peu enclin à le faire eux-mêmes, financièrement ?

Si le travail est bien fait, bien sûr que c’est une bonne chose ! Mais ces effets d’annonce correspondent à vendre un prix et non une prestation. Cette isolation financée par la collectivité, donc par nos impôts, sous réserve exclusivement de rentrer dans les conditions fiscales strictes, répond de surcroît à un modèle économique d’industrialisation de l’isolation. C’est une déstabilisation du marché. Mais, en réalité, il faut tenir compte de la spécificité des lieux pour isoler correctement et arriver aux résultats escomptés. Les artisans du bâtiment ne vendent pas un prix mais une prestation de qualité avec des résultats garantis.


Propos recueillis par Éliséo Mucciante


Cet article est paru dans votre magazine ECO Nord-Isère du 22 novembre 2019. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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