Pour soutenir le commerce local, la CAPI lance son schéma de développement commercial. Cela suffira-t-il pour contrer l’ogre The Village ?

Drôle de pays que la France où, en même temps que le Black Friday bat tous les records, un déluge de critiques s’abat sur lui. Toujours est-il que cette promotion gigantesque de la vente en ligne est une nouvelle pierre dans le jardin d’un commerce traditionnel, qui, au rythme où les pierres arrivent, pourra bientôt ouvrir une carrière.

L’avènement de The Village à Villefontaine, il y a plus d’un an, s’est fait parfois en dressant des gens les uns contre les autres, comme le montre la vingtaine de recours tous gagnés par le promoteur, mais il s’est fait ! Et s’il provoque le malheur du commerce de proximité, il fait aussi le bonheur de demandeurs d’emplois peu qualifiés, qui, mercredi encore, avaient l’occasion de décrocher l’un des 50 emplois proposés par les différentes enseignes lors d’un nouveau job dating.

Le bonheur des uns, comme on dit… Tout en ménageant chèvre et chou, la Communauté d’Agglomération Porte de l’Isère (CAPI) réfléchit à l’avenir du petit boulanger du coin et de sa place dans le commerce d’aujourd’hui. La Loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) a rendu la Capi compétente en matière de « politique locale du commerce et soutien aux activités commerciales d’intérêt communautaire ».

Les nouveaux quartiers-gares : un atout

À ce titre, et en accord avec les communes, elle intervient en tant qu’« organisatrice du commerce sur son territoire pour des missions d’observation des dynamiques commerciales, l’élaboration de schémas ou chartes de développement commercial, etc. ». C’est donc en application de la loi mais aussi pour se rendre utile au “peuple” (n’est-ce pas là le sens premier de la politique ?) que l’intercommunalité a planché, avec plusieurs partenaires économiques, sur un Schéma de développement commercial.

L’objectif : définir une stratégie permettant un développement équilibré du commerce. Vaste réflexion, qui ne s’est pas faite en deux coups de cuiller à pot ! Comme tout patient en souffrance, on commence par le diagnostic, celui du petit commerce, donc. Parmi les symptômes les plus significatifs, son carnet de santé fait apparaître « un volume de surface de vente important rapporté à la population, conjugué à des pôles commerciaux forts à proximité ».

Constat qui saute aux yeux quand on sillonne le territoire. Ensuite, il ressort que « les projets développés ces dernières années n’ont pas toujours offert de la valeur ajoutée pour le territoire, et peuvent être sources de concurrence ». Voilà qui est dit ! Enfin, le réseau automobile, qui sature aux heures de pointe, empêche la fluidité et n’encourage pas, on le comprend, à se rendre chez son petit épicier. Quitte à trouver en rentrant chez soi son frigo vide.

Le commerce de proximité aurait toutefois des raisons de croire en sa convalescence. Par exemple, les quartiers-gare, pôles d’activité par définition, « se (re)développent » et, avec eux, des moyens supplémentaires de consommation.

Les enjeux sont de taille

Le territoire dispose aussi d’une attractivité commerciale forte vis-à-vis de ses voisins qui, pour certains, font partie intégrante de sa zone de chalandise. Car les enjeux sont de taille ! Il s’agit ni plus ni moins que de maîtriser le développement commercial, en commençant par « assurer l’apport de valeur ajoutée des nouveaux projets », en mettant en place « des règles favorables au retour du commerce dans les centres villes et centres bourgs ».

Quand à l’ogre “The Village”, l’intercommunalité, qui a pour ville centre Bourgoin-Jallieu, souhaite par ce schéma « définir le niveau de développement commercial permis sur les espaces fonciers aux abords pour préserver les équilibres et les niveaux de complémentarité des polarités voisines ». Tout un programme, presque électoral, serait-on tenté de dire, à l’approche d’échéances électorales cruciales en mars prochain. D’ailleurs, Vincent Chriqui, candidat à sa succession à Bourgoin-Jallieu, ne s’y est pas trompé, en voulant voir dans ce Schéma « une réflexion qui répond à des attentes ».

Les enseignes sont nombreuses et de qualité. Le nouveau schéma commercial va tenter de leur donner un élan nouveau.

Un vendredi fou !

Des commerçants ont fait leur chiffre du mois en trois jours. Voilà 5 ans que la déferlante venue des USA a déboulé en France. C’est une aubaine pour le e-commerce, un raz-de-marée pour la vente se pratiquant sur internet, mais qu’en est-il pour le commerce de proximité, où le Black Friday a débuté vendredi matin, et pour une semaine ? Cette promotion commerciale n’est pas identique chez tous les commerçants. De plus, tous n’adhèrent pas à cette démarche.

À Bourgoin-Jallieu, comme dans les communes avoisinantes, la journée du vendredi 29 novembre était un tantinet différente… même si, pour les adeptes, le moment était venu de traquer la bonne affaire. Pour Amandine Chatelus Audéoud, co-présidente de l’association Passion Commerces, ville sourire, par exemple, il n’est pas question de manquer cet événement commercial.

Pour le chausseur Audéoud, le Black Friday « fait du bien au commerce de proximité ».

Afin de ne pas léser leur clientèle, les commerçants locaux ont démarré l’événement sur le site Enbasdemarue. fr dès le jeudi soir. Pour l’acheteur, il suffisait de saisir le code promo choisi par le commerçant.

Cyber Monday

De belles affaires ont été réalisées dans des catégories aussi diverses que variées : accessoires de mode, chaussures, décoration, habillement, maroquinerie… C’était Noël un peu avant l’heure ! Pour les commerçants, il y a la bonne surprise de la fin de weekend. Sur trois jours, certains ont atteint leur chiffre d’affaire réalisé habituellement sur le mois !

Et comme une animation en appelle une autre, lundi 2 décembre, c’était Cyber Monday. Il s’agit du lundi qui suit le Black-Friday. Une sorte de seconde chance pour réaliser des économies. Et à minuit, rideau ! À présent, il faudra attendre les soldes d’hiver qui se dérouleront du mercredi 9 janvier au mardi 4 février 2020, pour le département de l’Isère, pour réitérer.


Par Éliséo Mucciante et Carole Muet.


Cet article est paru dans votre magazine ECO Nord Isère du 6 décembre 2019. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.